Face à la crise :
Pas de milliards contre la faim
Les ONG craignent que les pays émergents paient lourdement la crise. Les fonds manquent alors que l’urgence pointe dans plusieurs régions du monde.
Depuis plusieurs semaines, les banques centrales de la planète ont remis aux établissements financiers impliqués dans une spéculation catastrophique des milliers de milliards de dollars, d’euros et d’autres monnaies nationales pour leur permettre de se refaire. De leur côté, les ONG se battent pour assurer une solidarité aux pays pauvres. Action contre la faim n’arrive pas à rassembler les 3 à 4 milliards d’euros qui permettraient de venir en aide aux 925 millions de personnes victimes de la faim dans le monde, a récemment expliqué son directeur général, François Danel, lors d’un débat à Paris.
Selon Jean-François Bradol, ancien président de - Médecins sans frontières, « 180 millions d’enfants sont dénutris dans le monde, essentiellement en Asie du Sud et en Afrique. Parmi eux, un sur quatre va mourir avant d’avoir cinq ans. Plusieurs pays de la corne de l’Afrique connaissent également une pénurie alimentaire pour cause de sécheresse. Laquelle atteint aussi certaines régions rurales de la Syrie. Alors que faire pour mettre fin à cette hécatombe ? » Au-delà des transferts de nourriture sous forme d’aide alimentaire, qui ne sont pas une solution de long terme, 3,5 milliards d’euros sont indispensables pour sauver de la famine et de la mort 180 millions d’enfants. Seraient-ils introuvables quand on vient de claquer 500 fois plus d’argent pour réparer les dégâts causés par quelques milliers d’individus empocheurs de gros bonus sur les places financières et dans les banques ?
Pour Henri Rouillé d’Orfeuil, président de la coordination Sud, plate-forme des ONG françaises de développement, « c’est précisément dans les moments de crise qu’il faut manifester de la solidarité. Évidemment, les pays du sud sont aussi affectés par la crise. Le contexte ne leur est pas favorable. Traditionnellement, le système les affecte : par le traitement inégal de la dette, leur manque de pouvoir au sein des institutions ou encore la logique des donateurs qui prime dans l’aide publique au développement. Plus ils sont pauvres, moins ils ont la capacité de réagir et d’imposer leur souveraineté. Nous étions invités à la rencontre informelle des 29 et 30 septembre dernier par les ministres du Développement. Nous y avons soutenu l’idée d’un Bretton Woods II pour reformater le système international, avec une participation des pays à faibles revenus : il faut que ce soit la conférence de tout le monde. Les pays émergents sont dans le système, ils essayent de sauver ce qu’ils peuvent chez eux. Aujourd’hui, la crise est mondiale, il faut passer par des solutions mondiales ».
Marie Barbier et Gérard Le Puill
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