l’Humanité des débats. Entre les murs
Prendre acte du rapport positif aux élèves
Par François-Régis Guillaume, membre du bureau de l’Observatoire des zones prioritaires.
Ce film provoque des débats d’une qualité telle qu’il a certainement touché quelque chose de profond dans notre société. Ce débat réunit surtout des enseignants, souvent critiques sur l’image qui est donnée de l’école et de leur métier. Les uns, appelons-les pédagogues, en reconnaissent la qualité, mais craignent que le public ne le voie comme un modèle pédagogique. Les autres s’en prennent à un enseignant qui manquerait d’autorité et reprennent le discours sur la difficulté du métier et même, pour certains, sur l’impossibilité de faire réussir les élèves « difficiles ».
D’une manière inhabituelle, des médias s’engagent : les uns pour soutenir le film, les autres pour stigmatiser les élèves, impossibles à éduquer, et demander le rétablissement de l’autorité (Darcos et Chevènement sont sur ce même registre). Ce film permet d’engager un débat à trois titres : il est représentatif de « l’expérience scolaire » de beaucoup d’élèves, il montre des situations et des pratiques pédagogiques fréquentes dans la réalité et il aborde positivement la mixité sociale et ethnique. Du point de vue de beaucoup d’élèves, le collège est d’abord un lieu de vie entre jeunes et la classe est autant un lieu de recherche des limites dans l’affrontement avec les adultes qu’un lieu d’apprentissage.
Ensuite, ce film ne montre pas un modèle pédagogique. Philippe Meirieu a raison : le film montre un « cours magistral dialogué » et la pédagogie en tant que « travail sur les médiations » permettant de dépasser les affrontements personnels est presque absente. Le film, comme le livre, ne propose donc pas de « solution ». Mais il est représentatif de la réalité de notre enseignement : est-il si fréquent pour les élèves d’être « mis en face d’une situation d’apprentissage vraiment construite, avec des contenus exigeants, des activités précisément encadrées », comme le demande Meirieu ? La réalité, c’est la pédagogie « frontale », mais sans le dialogue. Enfin, la mixité : Laurent Cantet déclare qu’il a eu envie de filmer « le collège, qui est un des derniers lieux où la mixité peut trouver sa place ». C’est cette acceptation de la mixité sociale qui a provoqué l’adhésion de certains médias et sans doute du jury de Cannes. Au moment où l’ethnicité tend à devenir la grille de lecture principale de la société française et de son école, ceux qui refusent de désigner les jeunes des banlieues comme source de la difficulté scolaire se réjouissent du succès d’un film montrant la possibilité d’un rapport positif. Voilà un sujet à traiter : ce non-dit de notre société qui sous-tend beaucoup de stratégies de recherche de la bonne école (par les parents et par les enseignants) et qui pourrit les rapports sociaux. Quitte à rappeler qu’une attitude positive d’accueil des élèves tels qu’ils sont, quelles que soient leurs origines sociales et ethniques, ne dispense pas de recourir aux pratiques professionnelles nécessaires pour réussir scolairement.
Le débat devrait donc porter sur deux points : comment faire de la classe un lieu d’apprentissage ? Montrer qu’il y a d’autres solutions pédagogiques que celles que montre un film, quitte à rappeler que la politique actuelle ne facilite pas leur diffusion. Et prendre acte du rapport positif aux élèves dans ce film, rappeler que l’école a aussi une mission d’éducation et de socialisation, et aborder la question de l’ethnicité.
Voir également :
- Entre les murs : fiction ou réalité ?
- Récit d’un enfermement par Sophie Audoubert, professeure de lettres au collège Elsa-Triolet de Saint-Denis
- Un écran de stéréotypes par Charlotte Nordmann, essayiste, traductrice et professeure de philosophie dans un lycée de banlieue parisienne
- On a peine à se reconnaître… Par Valérie Sultan, professeure de lettres en ZEP.
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