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Un Festival qui résiste



mercredi 1er octobre 2008 / "le Patriote"




Le festival de Mouans-Sartoux n’est pas un festival du livre comme les autres. Portant haut et fort une thématique, cette année "Résistances ; l’origine du futur", ce festival est un lieu de débat de société, un espace d’expression citoyenne. Quand le livre prend la parole. Mouans-Sartoux, lui tend le micro. Dans ce dossier nous retrouverons à la fois une présentation du festival, des critiques et présentations de livres et débats. Tout cela n’est évidemment pas exhaustif mais totalement subjectif au gré de nos envies, un peu comme propose le Festival du livre de Mouans Sartoux du 3 au 5 octobre. Venez nombreux.

Le Festival de Mouans-Sartoux en dehors de ses chiffres élogieux et gigantesques n’en reste pas moins une manifestation de proximité. Tout d’abord parce qu’il ne cède pas aux sirènes du promotionnel. Les auteurs invités ne viennent pas pour une sortie, pour vendre leur soupe. Non, ils sont invités pour ce qu’ils représentent et pour ce qu’ils ont apporté et continue d’apporter à la littérature, pour leur regard sur la société et le monde qui nous entoure. C’est ainsi que l’on retrouve des écrivains comme Pierre Michon ou l’auteur antillais Patrick Chamoiseau qui a travaillé sur l’identité créole et l’ouverture des cultures. Parmi les grands témoins, on retrouve Jean Ziegler, Naomi Klein, auteur, cinéaste et activiste altermondialiste qui vient de sortir chez Actes Sud un ouvrage qui fera date La Stratégie du choc. Il y aura aussi le lancement du Mouvement pour la Terre et l’Humanisme initié par Pierre Rabhi qui sera présent.

Le Festival de Mouans-Sartoux s’investit aussi dans l’édition avec la sortie d’un livre depuis 2005 et Etre humain d’Albert Jacquard ; en 2006 La Part du colibri de Pierre Rabhi ; en 2007, Toujours la vie inventé de Gilles Clément. Cette année, à la suite de l’affaire du mariage annulé à Lille et du lancement du Manifeste des Menteuses, ce petit livre s’intitulera Est-ce ainsi que les femmes vivent ? Recueil de courts textes comme autant de témoignages sur le rôle et la place des femmes dans notre monde. Les auteurs sont Malika Mokhedem, Benjamin Stora, Pierre Joxe… Chaque texte détient sa particularité propre et son angle d’analyse parfois philosophique, parfois sentimental.

Soutenir les éditeurs.

Ce festival permet aussi de mettre en lumière certains éditeurs méconnus, que ce soit en BD ou en littérature. Cette année, les projecteurs se tourneront sur la très belle maison d’édition de L’Olivier travaillant beaucoup sur une politique des auteurs exigeante et précise. Pour les bande-dessinées, il y a aura 6 Pieds sous Terre et Les Enfants rouges qui défrichent une nouvelle voie de la bande dessinée. (voir article ci-contre). Mais le festival, ce n’est pas seulement des livres, c’est aussi du cinéma et des débats. Des rencontres.

Des rencontres et des avant-premières.

Il existe depuis 2001 un complexe culturel cinéma-médiathèque de 2500 m², en plein cœur de la ville : La Strada. Il comprend trois salles qui accueillent plus de 8500 personnes pendant les trois jours du festival. L’idée est de faire dialoguer et se rencontrer les différentes formes d’écriture. La programmation, en corrélation avec le thème de la manifestation, donne lieu à des projections de films et de documentaires suivis de débats en présence de réalisateurs, acteurs et spécialistes du monde cinématographique. Cette année, le président sera Jean-Claude Carrière, scénariste d’une cinquantaine de films dont certains grands classiques de Luis Buñuel (Le Journal d’une femme de chambre, Belle de jour, Le Charme discret de la bourgeoisie). Plus récemment, il scénarisa Les Fantômes de Goya de Milos Forman ou encore Ulzhan de Volker Schlöndorff qui sera d’ailleurs projeté samedi 4 octobre à 22h. D’autres films scénarisés par Jean-Claude Carrière seront projetés comme Le Tambour de Volker Schlöndorff.

Parmi les autres films, on pourra voir de belles avant-premières qui rebondissent très bien avec le thème Résistances. Il y aure le très attendu Coluche, l’histoire d’un mec d’Antoine De Caunes et Il Divo de Paolo Sorrentino. La Crise et La Belle verte en présence de la réalisatrice Coline Serreau, ou la palme d’or Entre les murs de Laurent Cantet,

Mais le festival n’oublie pas les documentaires, haut lieu de résistances. Ainsi, seront projeté Attention danger travail en présence du réalisateur Pierre Carles, ou encore Résister, toujours en compagnie du metteur en scène Franck Pavloff ou Cautiverio… Otages en Colombie en présence du réalisateur Alberto Muñoz Moncayo.

Julien Camy et Bertrand Dhorne

Quelques questions à Marie-Louise Gourdon Président du festival

Comment est venue la thématique de cette année ?

Après le festival 2007, on a ressenti un fort questionnement sur le monde. Aujourd’hui beaucoup de monde résiste. Mais on voulait explorer le pourquoi, le qui et le comment ; à la fois au passé, au présent et au futur. C’est pour cela que l’on évoque notamment la résistance allemande et mai 68. Et les résistances sont multiples. Elles peuvent être écologiques comme l’action de l’association Kokopeli [14 h- rencontre avec Jean-Pierre Berlan et Raoul Jacquin, “Kokopelli” - Salle Léo Lagrange] qui résiste face aux très importants semenciers comme Monsanto. [ndlr : Kokopelli commercialise des graines anciennes non stériles] Nous avons voulu mettre en avant leur travail car nous aimons aussi l’idée du pot de fer contre le pot de terre. Mais, le festival va aussi s’interroger sur les résistances sociales avec la place actuelle du salarié lors d’un débat : « Le salarié est-il capital ». L’école sera aussi un sujet évoqué lors d’un débat. Sans oublier les femmes autour de la sortie de l’ouvrage Est-ce ainsi que les femmes vivent ?

Le livre est en fait une excuse…

Nous avons créé ce festival pour susciter des débats et des discussions. Dans le livre, il y a tout cela. Il y a beaucoup de façon de s’exprimer et chacun choisit la sienne. Nous voulons avant tout résister à la pensée unique, à cette mondialisation libérale qui détruit et augmente les inégalités. On ne se donne pas de limites. Par exemple, le cinéma aujourd’hui est devenu un élément très important du festival.

En parlant de limites, le festival ne semble pas assujetti à une façon de pensée ou des impératifs commerciaux ?

Notre choix se portent à la fois sur les petits et les grands éditeurs. Nous réfléchissons en termes de qualité, d’intérêt et surtout de nos envies. On regarde aussi les sorties de la rentrée littéraire. Mais nous fonctionnons avec des avis pluriels et on aime à encourager les éditeurs indépendants et agitateurs. Nous voulons être tout le contraire d’un lieu élitiste. Le festival de Mouans-Sartoux se veut avant tout un lieu populaire avec de très belles choses pour tout le monde.

Propos recueillis par Julien Camy

Quelques chiffres 50 000 visiteurs 8500m2 d’espace d’exposition. 200 exposants éditeurs et libraires 3 salles de cinéma et de conférence 50 débats 100 entretiens aux cafés littéraires 8500 élèves de la maternelle au lycée

Pour plus de renseignements : www.lefestivaldulivre.fr ou 04 92 92 47 24


http://www.le-patriote.info/spip.php?article1894
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Tag(s) : #CULTURE
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