L’Humanité des débats
Il faut des marchés communs par zones géographiques
Par Xavier Beulin, vice-président de la FNSEA.
La France dispose d’une agriculture diversifiée et je la revendique. Nous devons être en phase avec certains grands marchés internationaux en céréales, en vins, en viandes et en produits laitiers. Notre marché intérieur est caractérisé par une distribution très concentrée qui exige des gros volumes d’approvisionnement. Il faut en tenir compte et, en même temps, répondre à une demande plus diversifiée, y compris sur des marchés « de niches », avec des produits plus typés, dont ceux de l’agriculture biologique. Il y a vingt ans, produire et acheter bio était surtout une philosophie. Dès lors que la demande progresse sur un marché identifié, il faut y répondre, ce qui suppose de trouver des agriculteurs motivés et techniquement pointus. Car le paysan bio ne dispose pas de l’apport des molécules dont bénéficie l’agriculteur conventionnel pour l’assister dans la conduite de ses cultures. La progression de l’agriculture biologique sera aussi fonction de la demande, en sachant que les coûts de production sont plus élevés alors que les rendements sont plus faibles, dans un écart qui peut varier de moins 30 % à moins 60 %, selon les années.
Je suis pour une agriculture plus écologique et je pense que nous devons raisonner dans une perspective de trente à quarante ans, en intégrant l’augmentation de la demande en produits agricoles, qui va doubler, tandis que l’évolution climatique risque de poser de gros problèmes. Je suis effrayé de constater que certains veulent faire du Brésil « la ferme du monde » quand le GIEC (Groupe interministériel pour l’étude du climat) nous dit que ce pays pourrait connaître un climat semi-aride dans quelques décennies.
En France, l’agriculture conventionnelle va devoir diviser par deux l’utilisation de certains intrants pour respecter les engagements du Grenelle de l’environnement. L’agriculture conventionnelle va donc entrer dans une phase de recherche qui s’inspire de l’agriculture biologique avec l’obligation de réduire le volume des produits phytosanitaires. Il y a donc des ponts à construire entre ces deux types d’agriculture.
Au niveau européen, nous avons besoin de politiques d’orientation avec des aides différenciées pour éviter des spécialisations régionales trop poussées sur des productions comme les céréales, le lait ou la viande porcine. Je plaide depuis des années pour un meilleur soutien aux plantes protéagineuses. Elles ne sont pas assez aidées au point que leur culture est passée de 700 000 hectares à 200 000 hectares en France. Ces productions présentent pourtant l’intérêt de réduire nos importations de soja et d’améliorer les assolements par la rotation des cultures en utilisant moins d’engrais.
Si on veut une agriculture plus écologique, il faut que Peter Mandelson et Pascal Lamy (1) arrêtent de préconiser cette fuite en avant dans la libéralisation des échanges, via la baisse des tarifs douaniers dans le cadre du cycle de Doha. Pour l’Europe, cette dérégulation entre en totale contradiction avec les exigences que formule la Commission européenne sur des questions aussi diverses que la taille des cages pour poules pondeuses et le respect des directives agri-environnementales quand des grands pays concurrents de l’Europe ne sont pas soumis aux mêmes règles.
Je suis partisan d’une agriculture plus écologique. Mais, pour y parvenir, il faut des marchés communs par zones géographiques avec des protections tarifaires vis-à-vis du reste du monde. C’est ce qui nous permettra d’avoir une alimentation diversifiée tout en nous évitant de détruire l’outil de production dans certaines régions de la planète. En France, l’agriculture génère encore trois millions et demi d’emplois lorsque l’on intègre l’amont et l’aval de la production agricole. Préservons notre outil de production si nous voulons répondre à la demande alimentaire dans sa diversité.
(1) Respectivement commissaire européen
en charge du Commerce et directeur général de l’OMC.
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)