Sarkozy préfère la saignée dans les hôpitaux
Santé . Le président de la République défend le projet Bachelot en préconisant des méthodes de gestion bien éloignées du serment d’Hippocrate…
Le président Sarkozy est plus prolixe pour défendre un projet de loi sur l’hôpital, critiqué par les professionnels, les organisations syndicales et les associations, que pour réagir aux répercussions de la crise financière sur la France.
Hier, donc, lors d’un déplacement dans la commune jurassienne de Bletterans, Nicolas Sarkozy a renoué avec l’outrance et la
provocation, posture dont il semblait s’être dégagé depuis la défaite de la droite aux élections locales du printemps dernier. D’emblée, il n’a pas hésité à se montrer insultant à l’égard des
centaines de milliers de Français qui se sont mobilisés contre les franchises médicales : « Ceux qui sont contre les franchises sont contre le financement du plan Alzheimer, contre
l’ouverture de nouveaux lits de soins palliatifs, contre l’argent qu’on va donner au plan cancer. » Ces franchises suscitent, à bon droit, une opposition massive des Français, qui les
placent en tête des mesures les plus impopulaires du gouvernement.
Une mesure très injuste
Les Français, en effet, n’ont jamais été dupes de l’argumentation compassionnelle et culpabilisatrice du gouvernement pour tenter de faire accepter une mesure profondément injuste : une
taxe sur le fait d’être malade prélevée sur les médicaments, sur les transports en ambulance. Au nom de la lutte contre des maladies graves, ce sont les malades qui sont
imposés.
Le ton est donné. Celui d’une offensive contre le système de santé fondé sur la solidarité nationale. « Aujourd’hui, a-t-il
déclaré, l’assurance maladie assure le financement des trois quarts des dépenses de santé. Dans quinze ou vingt ans, la part de la santé dans la richesse nationale pourrait se rapprocher de
15 %. » En d’autres termes, l’allongement de l’espérance de vie, la plus haute technicité et les performances médicales, qui mobilisent des moyens financiers importants, sont
davantage considérés dans le discours présidentiel comme une charge insupportable que sous l’angle d’un progrès de la civilisation. Nicolas Sarkozy, affirmant qu’il veut ramener l’équilibre de
l’assurance d’ici à 2011, se garde bien d’énoncer de pistes pour de nouvelles ressources, leur préférant la saignée et la bourse des malades.
Amputation des services
Les hôpitaux, dont beaucoup sont menacés de fermeture ou d’amputation de services (maternités et urgences, notamment) sont présentés comme des entreprises incitées à la profitabilité et à la
concurrence. Le président ne recule pas devant la démagogie, jouant de l’angoisse des malades et des familles et entretenant la suspicion à l’égard du personnel soignant. Dans cet esprit il
souhaite que les établissements rendent publics « leurs taux de mortalité ou d’infections ».
Alors que les établissements manquent de personnel, Nicolas Sarkozy préconise que « les hôpitaux qui sont à l’équilibre » puissent redistribuer une partie des excédents à leurs salariés. Travailler plus, moins nombreux, toucher une part des « bénéfices »…
On a peine à imaginer que le chef de l’État parle d’établissements publics dont la mission est de sauver des vies humaines. À propos des patients, Nicolas Sarkozy a surtout insisté sur la lutte contre les « gaspillages, les abus et les fraudes », annonçant des peines planchers contre les fraudeurs à l’assurance maladie. Amalgame, soupçon, culpabilisation, Nicolas Sarkozy renoue avec ses vieilles habitudes.
Jean-Paul Piérot
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