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Politique - Article paru le 18 septembre 2008 dans l'Humanité


Un débat public version Élysée sur La Poste



Privatisation . Nicolas Sarkozy a créé hier une commission d’élus, experts et syndicalistes pour plancher sur le changement de statut de l’opérateur public.

La privatisation ne passera pas comme une lettre à la poste, l’Élysée est en train de le comprendre. Hier, à quelques jours de la grève des postiers de mardi, et alors que les initiatives syndicales et politiques sur le sujet se multiplient, le président de la République s’est vu contraint d’apporter une première réponse à la mobilisation contre le projet de transformation de l’entreprise publique en société anonyme et d’ouverture du capital présenté par son président Jean-Paul Bailly. Après une réunion avec les ministres concernés (Emploi, Industrie, Aménagement du territoire), Nicolas Sarkozy a annoncé la création d’une commission chargée d’examiner le projet de Bailly, avant que le gouvernement ne fixe officiellement sa position.

Répondre aux besoins des usagers


Composée de 22 parlementaires, élus locaux, personnalités qualifiées et représentants syndicaux, la commission devra « évaluer l’impact sur La Poste » de l’ouverture totale du secteur postal à la concurrence au 1er janvier 2011, et examiner le projet de Bailly « et les différentes options envisageables pour le développement de l’entreprise ». Les termes d’ouverture du capital et de privatisation sont soigneusement évités. Le communiqué de l’Élysée précise même que la commission devra « dans tous les cas veiller au maintien des droits et des statuts du personnel et conforter les missions de service public de La Poste ». Détail presque cocasse, la présidence de cette commission censée rassurer sur l’hypothèse d’une privatisation est confiée à François Ailleret, ancien dirigeant d’EDF de 1980 à 2002, qui a participé à ce titre à la préparation de l’entreprise publique à la libéralisation du secteur de l’énergie, notamment par le développement d’EDF à l’international. La commission devra rendre un rapport au gouvernement le 30 novembre prochain.

Pour l’Élysée, la création de cette instance de réflexion vaut ouverture de ce « débat public » tant réclamé par les syndicats et partis de gauche. « Le débat public ne peut se limiter aux travaux de cette commission, mais doit permettre aux usagers de faire valoir leurs besoins et leurs propositions », a réagi hier la fédération CGT-FAPT. Dans ce contexte, la grève du 23 est « plus que jamais une étape importante », estime le syndicat, qui a recueilli 133 600 signatures sur sa pétition « Touche pas à ma Poste » lancée en juillet. De son côté, SUD PTT voit dans l’annonce de Nicolas Sarkozy une « manoeuvre dilatoire » et surtout un « formidable encouragement » pour la grève du 23.

Boîtes à lettres contreprivatisation


Sur le terrain, « le rejet du projet par les postiers est très fort, vu les autres privatisations chez France Télécom et EDF », témoigne Sylvie Bayle, du syndicat CGT de Paris. « Malgré toute la communication de Bailly sur l’actionnariat salarié, pas un postier ne pense que la privatisation peut lui apporter quelque chose de positif. Tous sont conscients que ça va aller dans le même sens que toutes les réorganisations qui ont aggravé les conditions de travail ces dernières années. » Aujourd’hui, le comité national pour l’organisation d’un référendum sur la Poste organise sa première expression publique. Mardi, jour de grève, les communistes de Paris entameront une série de rencontres avec les usagers dans la ville, avec mise à disposition de 100 boîtes aux lettres pour adresser au président de la République des messages contre la privatisation de La Poste.

Fanny Doumayrou

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Tag(s) : #Politique
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