Editorial par Pierre Laurent
Le pouls de La Courneuve
« La Fête de l’Humanité, j’y suis chez moi. C’est le festival des combattants. » Tiken Jah Fakoly, qui ouvrait la Fête hier soir, a trouvé les mots justes. Cali, qui la conclura
dimanche avec un concert qui promet des étincelles, nous livre le même message avec les siens. « Ne nous laissons pas marcher sur les pieds », nous lance le bouillant Catalan. C’est
effectivement d’abord pour cela qu’on va se presser par centaines de milliers ce week-end dans les allées de cette fête unique en son genre. Pour ne pas se laisser écraser, pour redresser la
tête, parce que ce nvraiment pas le moment de laisser faire un pouvoir sarkozyste qui veut tout régenter, tout imposer, tout décider, jusqu’à nous ficher.
La Fête de l’Humanité est un événement politique et culturel qui déroute bien souvent nos commentateurs attitrés de la vie politique, qui ne peuvent s’empêcher de le prendre par le petit bout de leur lorgnette politicienne. Ne leur en déplaise, le pouls de La Courneuve se prend d’abord dans les allées. On ne vient pas à la Fête de l’Humanité pour flatter le bal des ego, pour adhérer au club des fans de tel ou tel leader. On y vient pour prendre la parole, être écoutés, respectés, entendus, pour confronter ses idées avec celles des autres, pour se donner de la force et de l’énergie pour les combats à venir, pour construire des réponses neuves aux défis qui nous attendent. La dimension citoyenne et populaire de la Fête, l’engagement et le désintéressement de celles et de ceux qui l’organisent sont la principale raison de l’énergie qu’elle dégage.
La question de la reconstruction d’un espoir politique de changement face à la politique de l’UMP sera évidemment au centre des conversations tout le week-end. Le Figaro désignait hier matin dans une enquête qu’il avait commandée les deux meilleurs opposants à la droite actuelle : Olivier Besancenot et François Bayrou. Un casting, qui, s’il se vérifiait, fermerait pour longtemps la porte à toute majorité de changement. Il y a donc vraiment de quoi discuter à La Courneuve avec toutes ces femmes et ces hommes de gauche qui cherchent une porte de sortie aux impasses actuelles, avec tous ces jeunes qui sont ouverts à de nouvelles formes d’engagement politique, mais qui pour le moment ne savent pas comment les prendre en main.
Ne pas abandonner le terrain du rassemblement de toute la gauche, mais le reconstruire sur du solide : le défi n’est pas mince, et semble aujourd’hui parfois inaccessible. Les communistes, eux-mêmes engagés avec leur Congrès dans un grand débat sur la transformation de leur projet et de leur parti, peuvent verser beaucoup d’idées dans le pot commun. Ils ne manqueront de le faire dans tous les débats de
La Courneuve, et lors du meeting avec Marie-George Buffet, dimanche après-midi. C’est à ce bouillonnement qu’il va falloir être attentif durant ces deux jours, car la Fête a souvent donné des clés pour l’avenir. Si la Fête de l’Humanité 2008 remplit son contrat : donner du plaisir, partager de la culture, faire vivre la solidarité, mettre les grandes affaires politiques, les grandes affaires du monde entre les mains des citoyens, elle aura une nouvelle fois fait la preuve de son utilité. Ce n’est pas rien par les temps qui courent. On va aussi à La Courneuve avec cette idée en tête : un journal comme celui-là, capable d’une pareille prouesse, décidément, ça se Fête.
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