Article paru dans la Marseillaise du jeudi 11 septembre
Les difficultés de la rentrée démentent les déclarations du ministre de l’Éducation nationale. Trois profs héraultais d’établissements très différents racontent leurs problèmes et ceux de leurs
élèves.
Saint-Clément-la-Rivière, banlieue résidentielle de Montpellier. Le collège du Pic Saint Loup est selon la vox populi, la « Rolls-Royce des collèges héraultais ». « Nous sommes favorisés sur le plan du recrutement et des résultats, confirme Catherine Kawa, prof d’histoire-géo, et pourtant nous avons des problèmes. » Ces problèmes, ils viennent d’abord de la disparition progressive des contrats aidés. Qui n’ont jamais été remplacés par des titulaires. « Un exemple avec l’intendance. La gestionnaire est désormais seule avec un secrétaire qu’elle partage avec le principal pour 740 élèves dont 90% sont demi-pensionnaires. Cantine, achats, commandes, agents… Elle doit tout gérer ». L’autre exemple est celui du CDI*. « Un emploi jeune aidait la documentaliste notamment entre midi et deux. Son contrat est terminé ». Résultat : le CDI est fermé le mercredi matin et le sera forcément à l’heure du repas, « puisqu’il faut bien qu’à un moment ou un autre la documentaliste mange ». Un vrai manque à étudier pour des élèves venant pour la plupart en bus de zones périurbaines et ne rentrant pas chez eux à midi.
Mais il y a plus grave. « Jamais en 15 ans dans ce collège, je n’ai vu des classes aussi chargées ; Toutes les 6e sont
à 28 ou 29 élèves. C’est la même chose en 3e et 4e. Cela pose des problèmes de discipline, de suivi individualisé... » Dans cet établissement dont la construction remonte au début des années 80,
les classes sont prévues pour 24 élèves. « On ajoute trois tables… et on bloque les issues de secours. Et je ne vous parle pas de la qualité de l’air après six heures de cours. »
Autre phénomène, qu’on retrouve un peu partout en cette rentrée, les enseignants qui sont à cheval sur plusieurs établissements. « Auparavant c’était exceptionnel. Cette année, sept collègues
sont dans cette situation ». Il y en a même un qui travaille à la fois à Saint Clément, au Nord de Montpellier et à Lattes de l’autre côté de la ville au Sud et qui habite à Bédarieux à 80
kilomètres de là. « Alors quand le ministre dit que la rentrée est réussie, tout est relatif ». Aujourd’hui les parents de Saint-Clément vont recevoir sous pli fermé une lettre des syndicats. «
Peut-être ainsi l’opinion publique nous soutiendra-t-elle, » espère Catherine Kawa.
Autre quartier, celui des Cévennes à Montpellier. Autre réalité, autre image. Las Cazes est l’un des deux collèges « Ambition réussite » de l’Hérault. Entendez par là qu’il concentre assez de
difficultés pour que l’Académie ait jugé bon de lui donner plus de moyens qu’aux autres. Si les établissements classés en Zep se sont émus de cette nouvelle politique d’éducation prioritaire, les
collèges élus en « ambition réussite » avaient beaucoup espéré. Hélas !
« On a su dès le printemps qu’on perdait sept classes rapporte Catherine Garabedian, prof d’anglais. L’Académie avait fait des prévisions drastiques en pensant que beaucoup de parents allaient
profiter de la disparition de la carte scolaire pour demander une dérogation. On est allé voir trois fois l’inspecteur d’Académie, les parents ont bloqué le collège. Certes l’inspecteur a décidé
de moyens supplémentaires, mais pas question, a-t-il dit, de les utiliser pour créer des classes. » La grande mode, c’est le soutien.
Alors dans ce collège où les élèves cumulent toutes les difficultés … trois classes de 6e ont 27 élèves quand
elles en avaient 21,25 l’an dernier en moyenne. « Tout en sachant qu’il y a encore des élèves en attente d’inscription. On nous avait prévenu qu’à force de dire que tout allait mal à Las Cazes,
les familles fuiraient… ironise l’enseignante. Mauvais pronostic.
« C’est ingérable, insiste la prof. Je l’ai dit aux parents, on ne peut pas enseigner les langues vivantes dans ces conditions. Nous avons à peine de quoi faire asseoir les élèves. » Deux cours
d’espagnol sont à 31 en 6e et à 32 en 4e. Je suis à Las Cazes depuis dix ans, jamais nos conditions de travail et les conditions d’études des élèves n’ont été aussi catastrophiques. Ce qu’on
demande, c’est une division de plus sur tous les niveaux. Pour faire du bon travail en classe sans avoir besoin d’en sortir les élèves - le dada du ministre -. » Pour cela il faut avoir le temps
de regarder chaque cahier, de laisser les élèves s’exprimer, de réexpliquer, une fois, deux fois … A 30 élèves par classe, c’est impossible. « On est rentrés depuis une semaine et demi et déjà on
est épuisés et très énervés. »
A l’autre bout de l’Hérault, s’étend le lycée Jean-Moulin de Béziers. Une ville dans la ville. Près de 4 000 élèves entre le lycée professionnel, le lycée général, le Greta. Deux proviseurs se
partageaient la tâche jusqu’à cette rentrée. Il n’y en a plus qu’un. « Et nous avons des inquiétudes sur la mutualisation des moyens », confie Françoise Lubat, prof de lettres. Comme partout
ailleurs, les classes sont chargées. Par exemple une classe de 1ère en génie mécanique a 33 élèves. En atelier, c’est pratique ! « En terminale littéraire, j’ai entre 30 et 36 élèves par classes.
» La disparition de la sectorisation a produit des mouvements qui ont posé problème pour préparer la rentrée : « On constate un retour d’élèves du privé, mais en revanche une fuite vers Agde pour
le technologique et vers le lycée Henri IV pour les sections générales ». Toujours ces réputations d’établissements qui poussent les familles à choisir certains, à éviter les autres et produisent
à terme gros déséquilibres.
Les suppressions de postes de cette rentrée ont amené à « comprimer les élèves » tout en poussant les profs à faire des heures sup. « Les réactions des collègues ne sont pas homogènes, rapporte
Françoise Lubac. Certains ne sont pas en position de refuser. 70% sont des femmes souvent seules. » Acceptant seulement les heures sup qui « permettent d’ajuster les services », beaucoup refusent
cependant par principe malgré la prime de 500 euros annuelle. « J’ai calculé c’est le prix d’une baguette par jour. Un quignon qu’on nous jette… »
Rien en tout cas qui remonte le moral. « Le calendrier serré de la réforme du lycée annoncée pour décembre suscite les plus vives inquiétudes. On aimerait savoir à quelle sauce, on va être
mangés. » Déjà les profs de Jean-Moulin savent qu’à priori, huit suppressions de postes sont prévues pour 2009 qui s’ajouteront au sept de cette rentrée et aux dix de l’année précédente. Une
véritable saignée.
Enquête
Annie Menras
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