Le MEDEF joue la comédie de la bronca !
Patronat . Après la décision de financer le RSA par une taxation très ciblée sur les ménages, Laurence Parisot rue dans les brancards pour mieux dissimuler les cadeaux aux entreprises
C’était devenu une habitude. Quand Nicolas Sarkozy, tour à tour ministre de l’Intérieur, puis à Bercy et président de la République, honorait de sa présence chaque année, ponctuel comme une horloge bling-bling, le grand raout de rentrée du MEDEF sur le campus de HEC en Jouy-en-Josas, il se gargarisait, à tu et à toi avec ses bons amis du patronat, de leur glisser sous l’oreiller quelques gâteries de premier choix : restriction du droit de grève, dépénalisation du droit des affaires, bouclier fiscal, abattement des charges sociales, aides publiques à l’exportation, etc. Cette année, pour la première fois depuis des lustres, Nicolas Sarkozy ne s’est pas déplacé sur le site de Polytechnique, à Palaiseau, où s’est achevée, vendredi, la traditionnelle université d’été du MEDEF. Et pis ! Au prix d’envolées lyriques sur la « justice sociale », le président de la République a choisi de taxer le capital pour financer le surcoût du revenu social d’activité (RSA) à hauteur de 1,5 milliard d’euros (lire ci-dessous). Une gifle pour les patrons ? Voire.
Quand Parisot s’étrangle…
Pendant trois jours, en marge des ateliers et des grandes conférences organisées lors de l’université d’été, Laurence Parisot a, au nom de tous les damnés de la terre et des étranglés par l’impôt, pilonné la mesure avec un culot démesuré. Mercredi, après l’intervention en grande pompe du roi Abdallah de Jordanie, la voilà qui ironise à la tribune : « Votre Majesté, vous nous dites qu’à vos yeux, dans votre royaume, vous croyez au secteur privé. Je sais que vous rencontrez dans quelques heures le président de la République. Si vous pouviez lui faire passer le message, ça serait très gentil ! » Un peu plus tard, dans les travées, la patronne des patrons prend la presse à part : « Nous n’avons plus assez de possibilités de création de richesses, écrasés que nous sommes par les prélèvements obligatoires », s’étrangle-t-elle, comme à l’agonie. Laurence Parisot remet le couvert jeudi, après l’annonce officielle de la mesure par Nicolas Sarkozy : « Il faut arrêter d’augmenter les prélèvements obligatoires. On ne peut pas aujourd’hui en France atteindre un nouvel objectif par une hausse des taxes, on est à la limite de la viabilité économique. »
Empêtré dans sa surenchère, le MEDEF, outragé et martyrisé, doit presque apparaître dans l’opinion publique comme sur le point de rameuter les très nombreux uniformes militaires qui se promènent sur le site de Polytechnique pour les inviter à marcher avec le patronat vers l’Élysée. Aux armes, citoyens-patrons ? En vérité, durant toute l’université d’été, les patrons de base ont été remarquablement indifférents à la grande comédie de la bronca. Eux, ils ont d’autres préoccupations plus immédiates : crédits bancaires, crise pétrolière, prix de l’immobilier, augmentation du coût de la vie plus fort que l’inflation (lire page 3). Et quand ils évoquent la taxation du capital pour financer le RSA, certains des participants à l’université d’été du MEDEF, en fidèles partisans de Sarkozy, admirent avant tout la maestria et la ruse du président : « Je te jure, quand il a entendu parler de cette taxe de 1,1 %, il était tout fou, le copain, narre un rigolard dirigeant de PME du Sud-Ouest à ses copains du syndicat patronal. Mais moi, je lui dis, écoute, ça permettra d’empêcher la gauche de dire que Sarkozy, tout ce qu’il fait, c’est rien que pour le capital et pour ses amis patrons ! Haha, ça vaut le coup, quand même ! »
Vendredi en fin de matinée, au cours de la plénière de clôture, entre André Glucksmann et ses Ray-Ban et le cardinal Barbarin tout foi tout flamme, Laurence Parisot s’éclipse quelques minutes.
… Le MEDEF attend les « bonnes nouvelles »
Avant de revenir, triomphale : « Écoutez, je vous dois des explications sur mon absence momentanée du podium. Il y a quelqu’un qui se doutait peut-être qu’il nous manquait, qu’on parlait de lui et qui, à ce moment-là, voulait absolument m’avoir au téléphone. Vous avez compris de qui je parle, et il vous salue ! Il m’a dit que le RSA, on allait en parler ensemble. Pardon d’avoir été interrompue par le président de la République, j’en suis désolée, mais c’était aussi une façon de nous dire à quel point il pensait à nous, les entrepreneurs… »
Au cours d’une conférence de presse improvisée, la présidente du MEDEF a lâché le morceau : « Écoutez, il va y avoir plusieurs semaines de débat budgétaire. Toutes les questions fiscales vont être débattues. Je peux toujours dire que j’aurais aimé que la suppression de l’impôt forfaitaire annuel (IFA) soit beaucoup plus rapide, mais il faut voir l’ensemble des choses. S’il y a effectivement la mise en oeuvre de manière très précise de la suppression de l’IFA, plus l’ouverture de discussions sérieuses sur la suppression progressive de la taxe professionnelle, ce sont de bonnes nouvelles pour les entreprises. Le président de la République lui-même l’a dit : « Ouvrons le débat. » Voyons quels sont les priorités, les objectifs, et voyons ensuite les ressources qu’on veut y attribuer. Il n’y a pas de choses qui soient définitives au moment où elles sont annoncées. Il ne faut pas oublier toutes les procédures, y compris législatives. » Après avoir reçu entre mercredi et vendredi une bonne dizaine de ministres du gouvernement Fillon, sans compter la belle brochette de députés UMP, le MEDEF sait qu’il a encore quelques amis : à l’Élysée, à Matignon, à l’Assemblée et au Sénat.
Thomas Lemahieu
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