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International - Article paru le 27 août 2008 dans l'Humanité

Pourquoi la campagne d’Obama marque le pas

États-Unis . Le candidat démocrate, pénalisé par la dégradation du climat international et l’ambiguïté de son programme, cherche un second souffle à la convention de son parti à Denver.

Tout semblait joué pour le candidat Obama. Une campagne habile et séduisante à l’unisson de l’extraordinaire aspiration au changement qui monte de la société après huit ans de présidence Bush. Le slogan « Change, yes we can » (Changer, oui nous pouvons le faire), répété à chaque meeting, a vite résonné aux quatre coins des États-Unis et même de la planète, suscitant un immense espoir. Et il est vrai que la figure de Barack Obama constitue, à elle seule, une rupture symbolique dans l’histoire du pays. N’est-il pas le premier candidat noir américain à la présidence ? L’aspirant démocrate à la Maison-Blanche continue de cultiver ce symbole pour asseoir son image d’homme du changement. Demain à Denver c’est par un meeting géant dans le stade de foot de la ville, le jour même du 45e anniversaire du célèbre « I have a dream » (J’ai fait un rêve) de Martin Luther King qu’il formulera le discours dit d’acceptation du mandat que vont lui donner les délégués de la convention démocrate pour briguer le poste de président à l’élection du 4 novembre.

Le discrédit du président républicain en exercice (il bat record sur record d’impopularité) est tel que la grand-messe démocrate dans la capitale du Colorado semblait, il y a encore quelques semaines, ne constituer qu’une formalité, l’occasion d’une grande fête pour propulser définitivement le candidat Obama sur l’autoroute électorale qui devait le conduire à la Maison-Blanche. Et voilà que l’exercice s’annonce beaucoup plus compliqué. Plusieurs sondages donnant John McCain au coude à coude avec Barack Obama, voire même le dépassant, sont venus doucher l’euphorie démocrate.

Quelles sont les raisons de ce resserrement ? Pourquoi en dépit de sa campagne flamboyante le candidat Obama marque-t-il le pas ? C’est paradoxalement là où se focalisent les plus fortes attentes de changement, sur la politique extérieure et l’économie, que le candidat démocrate apparaît aujourd’hui en difficulté.

La stratégie de la tension internationale favorable à McCain

Alors qu’il pouvait surfer initialement sur le ras-le-bol de la population à l’égard de la guerre en Irak et de l’aventurisme de l’administration Bush, le regain de tensions internationales observées durant cet été a quelque peu brouillé les cartes. Le conflit géorgien a fourni notamment l’occasion à John McCain d’exploiter le climat entretenu de retour de la guerre froide et de résurgence de « l’ogre » russe pour marteler que lui seul possédait l’étoffe (il fut « héros » de la guerre du Vietnam) et l’expérience d’un vrai futur « commandant en chef ».

Les responsabilités de Washington dans le déclenchement de la crise géorgienne, qui apparaissent de plus en plus nettement (voir l’Humanité d’hier), tout comme la propension de l’administration US à pousser le bras de fer avec Moscou, semblent indiquer, en fait, combien la provocation de l’attaque de l’allié géorgien contre l’Ossétie du Sud sert une véritable stratégie de la tension de la Maison-Blanche. Dont l’un des objectifs est sans doute très étroitement lié à la proximité de l’échéance électorale.

Un recentrage à double tranchant

Pour contrer cette offensive, Barack Obama s’emploie à fournir des gages pour démontrer qu’il est, lui, le meilleur garant de la sécurité et de « l’affirmation du leadership des États-Unis », comme il l’a affirmé à plusieurs reprises. D’où sa décision d’appeler Joseph Biden, un colistier chenu, président de la commission des affaires étrangères du Sénat, à l’expérience et au profil international « insoupçonnable » puisqu’il fut notamment l’un des inspirateurs de la décision du cabinet Clinton de bombarder la Serbie via l’OTAN, en se passant de l’autorisation de l’ONU, à la fin des années quatre-vingt-dix en pleine crise kosovare.

Mais ce recentrage est naturellement à double tranchant. Car si la manoeuvre peut dissuader certains électeurs de céder aux sirènes sécuritaires de McCain, elle pourrait aussi achever de dérouter la base la plus militante du candidat Obama, issue du mouvement anti-guerre. D’autant que sur d’autres grandes questions à caractère plutôt sociétal, qui taraudent la société états-unienne, comme la peine de mort, le permis de port d’arme, l’avortement ou encore les écoutes téléphoniques (dont le renforcement vient d’être annoncé dans le cadre du Patriot Act sous couvert de lutte contre le terrorisme), les fluctuations, voire le suivisme du candidat Obama, ont eu de quoi dérouter aussi ses plus fidèles supporters.

La persistance des divisions au sein du Parti démocrate

Le flou ou les hésitations du candidat Obama sur l’économie, considérée comme le dossier clé de cette élection , peuvent accentuer encore le malaise. Là aussi le paradoxe joue à plein puisque c’est Mc Cain qui semble avoir réussi à prendre l’avantage sur ce terrain où le bilan de l’ère Bush ne peut qu’apparaître désastreux. Il y fait certes assaut de démagogie (proposition de multiplier les forages pour diminuer le prix de l’essence ou mise en perspective d’un nouveau plan de relance sous forme de baisses d’impôts) mais il donne, en même temps le sentiment qu’il se préoccupe, lui, des affres des citoyens des classes moyennes qui subissent maintenant la crise de plein fouet. Quand Obama tarde à faire valoir des propositions concrètes.

Ce déficit de projet alimente aussi, d’une certaine manière, les divisions qui traversent toujours l’unité du parti après des primaires très serrées. Selon plusieurs enquêtes près de 30 % des électeurs d’Hillary Clinton seraient ainsi toujours réticents à accorder leur suffrage à Barack Obama.

L’ex-first lady qui n’a guère déployé jusqu’ici beaucoup de convictions dans ses professions de foi en faveur de son ex-concurrent, devait s’employer hier soir à mobiliser ses partisans mais rien n’assure que son appel soit effectivement entendu. Les syndicats et les membres de ce qu’il est convenu d’appeler la classe ouvrière blanche du nord-est et du centre du pays qui la soutenaient rechignent à porter maintenant leur suffrage sur Obama. Ou bien parce qu’ils considèrent qu’il reste en deçà de leurs attentes sur le dossier si sensible de la création d’une assurance maladie universelle (à la différence d’Hillary, Barack n’entend jusqu’ici toujours pas la rendre obligatoire ce qui limite singulièrement la portée de son projet) ; ou bien parce qu’ils cèdent carrément à la démagogie du discours protectionniste de… John Mc Cain.

Bruno Odent

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Tag(s) : #Monde
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