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International - Article paru le 25 août 2008 dans l'Humanité

Une nouvelle « bavure » discrédite Washington et l’OTAN

Afghanistan . 76 civils ont été tués dans un bombardement de la coalition internationale. Les « dégâts collatéraux » dans la « guerre contre le terrorisme » ont coûté la vie à des centaines de civils.

La mort de soixante-seize civils, en majorité des femmes et des enfants, tués dans un bombardement de la coalition sous commandement américain, dans la province d’Herat dans l’ouest de l’Afghanistan, vient relancer le débat sur la nature de la guerre menée dans ce pays depuis sept ans. Selon le ministère de l’Intérieur afghan, 50 enfants de moins de 15 ans et 19 femmes figurent parmi les victimes de cette nouvelle « bavure », la plus meurtrière des forces internationales depuis le renversement des taliban fin 2001. Elle a eu lieu vendredi dans le district de Shindand, dans une zone isolée où, selon l’état-major américain de la coalition, « les insurgés sont très bien implantés ».

Les taliban profitent des crimes

Le général Mohammad Zaher Azimi, porte-parole du ministère de la Défense, avait ainsi décrit l’offensive : « Des commandos afghans et des forces spéciales américaines ont attaqué à 2 heures du matin les positions des taliban dans le district de Shindand », entre les provinces de Herat et de Farah (ouest). « Les forces internationales ont également fourni un soutien aérien et des bombardements. » Au total, 25 taliban parmi lesquels 2 commandants importants ont été tués, indiquait l’officier qui faisait aussi état de la mort de 5 civils. On était loin du compte. D’autres témoignages issus de sources locales, comme celui d’un responsable de la police dans la région Akramuddin Yawer, affirmaient que 15 maisons avaient été détruites dans le raid aérien et que 76 personnes avaient péri, en majorité des femmes et des enfants.

Vendredi soir, la Maison-Blanche réagissait avec scepticisme à ces accusations : « Les États-Unis et l’OTAN ont pris des mesures pour éviter la mort de civils. Je serais prudent avec les premières informations venant d’Afghanistan », avait déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche, Gordon Johndroe. Mais samedi, le commandement américain en Afghanistan annonçait l’ouverture d’une enquête. Hamid Karzaï s’est démarqué de Washington pour dénoncer l’intolérable attaque de la population, déplorant que ses appels pour exhorter les forces de la coalition à mieux prendre en compte les civils ne soient pas suivis d’effet. Il n’est pas nécessaire de faire de grandes analyses pour comprendre que la désinvolture avec laquelle les forces de la coalition mènent des raids contre des civils, en affirmant qu’elles attaquent des repaires taliban, nourrit le ressentiment de la population afghane à l’égard de soldats perçus comme des occupants. Au cours des quatre premiers mois de l’année 2008, environ 200 civils afghans ont été tués par les forces internationales, la plupart dans des frappes aériennes, avait indiqué à la mi-mai un rapporteur spécial de l’ONU, Philip Alston. En juillet, deux frappes aériennes des forces internationales avaient tué 64 civils, pour la plupart des femmes et des enfants venant assister à un mariage, dans les provinces du Nouristan et de Nangarhar, selon des commissions d’enquête des autorités afghanes.

3 712 civils tués en 2001

Mais personne ne connaît exactement l’ampleur des pertes causées par les bombardements dans la population depuis octobre 2001, date du déclenchement de la guerre américaine. Selon une enquête menée par un économiste de l’université du New Hampshire, Marc W. Herold, qui a rassemblé les témoignages sur le terrain de travailleurs humanitaires et de journalistes, 3 712 civils auraient été tués au cours des huit premières semaines de combats. Depuis, plus aucun bilan n’a pu être dressé. Le sénateur John McCain, candidat à la Maison-Blanche disait alors à propos des victimes innocentes : « Nous devons détruire l’ennemi sans pitié et le plus rapidement possible. Dans ce dessein, nous ne pouvons pas mener la guerre sans risque de dommages humains et politiques involontaires. Si les taliban se cachent au sein de la population locale, nous les frapperons, où qu’ils soient. Cela implique que nous toucherons également des non-militaires, un aspect regrettable mais inévitable de la guerre. » Sept ans de bombardements plus tard, quelles raisons peuvent invoquer Washington et l’OTAN pour poursuivre le carnage ?

Dominique Bari

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Tag(s) : #Monde
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