Seize sans-papiers contre un géant du déchet
Au cas où le doute subsisterait, Nicolas Renard, jeune militant CGT, tient à le répéter : « Les sans-papiers ne prennent le boulot de personne ! Ils prennent les boulots dont personne ne veut, les pires. » Autour de lui, le décor confirme. Sur le site de traitement des déchets de Romainville (Seine-Saint-Denis), où un comité de soutien appelait hier à la régularisation de seize travailleurs en grève depuis mardi, les détritus s’amoncellent dans l’allée. Interdiction d’entrer dans le bâtiment. Mais il suffit de grimper sur la rambarde de l’Algeco à l’extérieur pour apercevoir une colline d’ordures derrière les murs. Et se faire une idée des conditions de travail ici.
La direction « surprise »
« On n’a le droit qu’à une visite médicale par an », souligne Konaté. Il est intérimaire depuis 2004, une période bien supérieure à la durée légale de dix-huit mois. « Je sais que, depuis tout ce temps, ils auraient dû m’embaucher, poursuit-il. Mais ils savent que je n’ai pas de papiers. Il y en a d’autres comme nous dans l’usine, mais ils n’osent pas nous rejoindre. » Une situation comme tant d’autres dans le large mouvement des sans-papiers. Sauf que, cette fois-ci, l’employeur se distingue par sa taille.
Le site est une délégation de service public, auparavant attribuée à Veolia, qui dépend du Syctom (syndicat intercommunal en charge du traitement et de la valorisation des déchets ménagers). Depuis février, c’est la multinationale ibérique Urbaser qui a récupéré le marché. « C’est une entreprise pointée du doigt par les Commissions ouvrières espagnoles (syndicat majoritaire chez Urbaser), explique André Fadda (CGT). Ici, elle a effectué un montage très malin pour se débarrasser de la situation précédente. Juste après la période Veolia, Urbaser a commencé par arrêter une partie de la production pendant une semaine, pour que certains intérimaires ne puissent plus prétendre à une requalification en CDI. » Depuis le début du conflit, Urbaser se défausse ainsi sur Veolia, reproche le syndicat. Mardi, Claude Margeut, directeur du site, s’est dit « surpris de cette situation », affirmant « ne pas être au courant de la situation irrégulière de ces salariés ».
La préfecture interpellée
Quel que soit le gérant du site, certains travaillent là depuis une dizaine d’années. « 1992, pour les plus anciens », selon Konaté. « Actuellement, la direction n’a proposé de solution que pour six d’entre eux, explique Jean-Albert Guidou (CGT). On est loin du compte. » D’autant que Urbaser aurait en même temps déposé, puis retiré, un référé en justice pour obtenir l’expulsion du piquet de grève. Pour l’instant, la lutte est encore jeune et les visages sont encore frais. « On va continuer, que ça se passe bien ou pas », affirme Konaté.
En attendant, la préfecture a été interpellée et des contacts ont été établis avec le Syctom. La direction d’Urbaser viendra aujourd’hui sur le site. Elle serait d’accord pour une réunion tripartite.
Mehdi Fikri
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