Editorial par Patrick Apel-Muller
Les dégâts des « réformes »
Il est urgent d’attendre. L’été dernier, Christine Lagarde niait avec aplomb la crise que tous les observateurs voyaient se dessiner. Aujourd’hui, elle s’est retrouvée à l’heure du thé en compagnie du premier ministre et de cinq autres ministres pour « analyser les causes de cette dégradation de la conjoncture internationale ». Il est bien temps !
La France est entrée en récession et le seul horizon que le gouvernement propose, c’est la poursuite de réformes qui plombent notre économie, et même leur aggravation puisque sont à nouveau évoqués un report de la mise en oeuvre du RSA pour les plus pauvres et des coupes claires dans le budget 2009 !
Comme dans toutes les circonstances où, après des profits record, le système capitaliste se réajuste dans la casse et la crise, les experts patronaux jugent que la facture doit être adressée aux Français. À eux de payer les frasques et les extases des marchés financiers, déclare en substance l’économiste préféré du président de la République, Nicolas Baverez, qui appelle « à résister à la tentation de distribuer du pouvoir d’achat fictif », et livre la mèche : « On ne peut pas être à la fois le président du pouvoir d’achat et le président des réformes. » C’est dit : la politique de Nicolas Sarkozy ne vise pas à améliorer la situation des Français mais à remodeler la société selon les voeux du MEDEF et de sa présidente, Laurence Parisot.
Pire : tout ce qu’a entrepris la droite au pouvoir malmène les conditions de vie des Français et aggrave la crise. La stagnation ou la baisse des salaires, la chasse aux chômeurs, la réduction de l’investissement public et social étouffent la consommation, tandis que la fiscalité privilégie toujours les placements plutôt que l’activité productive et l’emploi. Résultats : la production industrielle ne cesse de reculer, les prix s’envolent (pour le gaz, il s’agit de combler les actionnaires du groupe Suez-GDF…), et le commerce extérieur se dégrade. Le chômage, que l’équipe Fillon masque derrière la généralisation de lprécaire, risque pourtant à nouveau de croître.
Quand ni l’efficacité économique ni la justice sociale ne sont au rendez-vous, que reste-t-il à François Fillon pour proclamer « une victoire idéologique de la droite » ? Sans doute, à l’Élysée, a-t-on longtemps rêvé de reproduire ce que l’écrivain britannique Jonathan Coe nommait « le coup d’État idéologique » de Margaret Thatcher, renversant les valeurs collectives anglaises et décrochant des pans entiers du Parti travailliste, ceux qui se prétendaient « sociaux démocrates modernes et libéraux ». Mais si le Château garde la main - parce que l’opposition ne la prend pas -, il ne convainc pas. La société se contracte devant la déchirure du contrat qui l’unit. Des luttes sociales en surgiront-elles ? Une mise en cause circonstanciée de la politique sarkozyenne va-t-elle se dessiner ? Il est encore tôt pour le prédire. Il faut que soit proposé à notre peuple de quoi ranimer son goût pour la politique, des idées de transformations qui se dégagent franchement du brouet conformiste, bien autre chose que des querelles d’ambitions personnelles. L’automne qui s’approche avec les congrès des formations de gauche pourrait bien être décisif.
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