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Politique - Article paru le 18 août 2008 dans l'Humanité

Editorial par Maurice Ulrich

Addiction

Se souvient-on encore qu’il y a tout juste trois mois Christine Lagarde, la ministre de l’Économie, éclatait de bonheur sur les ondes en saluant, avec François Fillon, « des performances tout à fait remarquables de l’économie française » ? Nicolas Sarkozy s’autorisait dans le même élan et avec quelque arrogance à tacler la Commission européenne, invitée à « revoir ses chiffres » quant aux prévisions de déficit de la France. Un bref intermède euphorique dû à une petite révision à la hausse du chiffre de la croissance 2007 (0,3 % de mieux) et du PIB (0,6 % au lieu de 0,5 %), ce dont s’emparait immédiatement le gouvernement pour marteler que sa politique économique était la bonne.

Mais patatras. Voilà qu’au second trimestre le PIB recule, cette fois, de 0,3 % et que François Fillon réunit, dès aujourd’hui, les ministres concernés pour tenter de trouver des réponses. C’est à vrai dire sans surprise et cela pour deux raisons intimement liées. D’abord parce que la crise économique dans laquelle nous sommes entrés est profonde et affecte désormais, bien qu’à des degrés divers, toutes les économies ; ensuite parce que les réponses, si l’on peut les appeler ainsi, du gouvernement ne sont pas les bonnes, au contraire.

La crise est profonde. Elle apparaît avec les subprimes aux États-Unis mais les subprimes sont déjà elles-mêmes une expression majeure de la crise. En clair, pourquoi des banques, parmi les plus puissantes du monde, ont-elles amené des millions de ménages très modestes à contracter des emprunts qu’ils ne pourraient pas rembourser, si ce n’est parce que les énormes masses financières circulant sur la planète ont toujours de plus en plus soif ? Le capitalisme est absolument addictif. Chaque capital individuel, chaque banque ont besoin de répondre aux attentes des actionnaires, dans une compétition exacerbée qui conduit à prendre tous les risques. Les subprimes étaient une suite de paris sur de l’argent à venir, de l’argent virtuel qui ne s’est pas réalisé. Les châteaux en Espagne étaient des châteaux de cartes. Faillites de banques, resserrement du crédit pour les particuliers comme pour les entreprises. Aux États-Unis, ce sont maintenant les remboursements d’emprunts des couches moyennes qui font défaut.

Christine Lagarde, plus prudente qu’en mai, c’est le moins qu’on puisse dire, s’en va répétant que le troisième trimestre ne sera pas bon, mais que, baisse du pétrole et baisse du dollar aidant, il ne sera peut-être pas si mauvais. Mais surtout, à partir de ce moment-là, « beaucoup de nos réformes structurelles votées dans le cadre de la loi de modernisation de l’économie commenceront à produire leurs effets ». On peut attendre longtemps. La réalité c’est que toutes les mesures prises en un an par le gouvernement Sarkozy favorisent le capital et les logiques financières contre les salaires, la consommation, l’emploi productif et ce que l’on appelle l’économie réelle. « Il faut, déclarait samedi à l’AFP un économiste de l’Observatoire français des conjonctures économiques, pouvoir distribuer de nouvelles ressources, surtout aux ménages à bas revenus, dont la propension à consommer est la plus forte, afin de faire redémarrer l’économie. » Distribuer ? Peut-être. Augmenter les salaires et le pouvoir d’achat, sûrement.

Mais il faut pour cela avoir la volonté et le courage de sevrer le capital. De pratiquer des politiques de crédit sélectives, choisissant l’emploi contre la finance. Il faut encourager l’intervention des salariés dans les gestions des entreprises, l’intervention des citoyens dans leurs finalités. La crise est profonde et mondiale. On ne peut servir à la fois les intérêts financiers et l’intérêt public.

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Tag(s) : #Politique
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