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Politique - Article paru le 18 août 2008 dans l'Humanité

Le besoin d’un autre financement de l’économie

Les leviers de commande classiques ne répondant plus, émerge la nécessité d’une politique alternative.

L’économie « réelle » de l’Europe est donc en passe de figurer parmi les premières victimes des conséquences du krach financier et bancaire qui s’est propagé à toute la planète à partir de l’été dernier. Au coeur de la crise : un mode de financement de l’activité économique qui, depuis une vingtaine d’années, fait la part de plus en plus belle aux marchés financiers. Jusqu’à faire surgir de monstrueuses enflures spéculatives sur l’Internet, puis l’immobilier, puis le pétrole et les matières premières. C’est lui qu’il convient de remettre en question si l’on veut éviter une plongée durable dans la récession avec son cortège de suppressions d’emplois et de misère sociale.

Les commandes classiques de la Banque centrale européenne (BCE) ne répondent plus face au défi actuel. Qu’elle augmente les taux d’intérêt, pour tenter de juguler une inflation (qu’elle a elle-même alimentée en injectant des milliards d’euros de liquidités pour venir en aide aux banques prises au piège de la spéculation), et la BCE étouffe la croissance. Qu’elle baisse ses taux d’intérêt, et le crédit meilleur marché disponible, confisqué par les plus gros opérateurs, a toutes les chances de financer de nouvelles opérations spéculatives.

Dans ce contexte, la force de l’idée de sélectivité du crédit, avancée de longue date par les économistes communistes, apparaît de plus en plus nettement. Il s’agit d’un côté de favoriser les investissements utiles destinés à l’emploi, à la formation, à la recherche, aux grands projets de protection de l’environnement par l’octroi de crédits très bon marché, voire bonifiés par les autorités régionales, nationales ou européennes. Quand de l’autre, au contraire, les opérations financières des entreprises seraient d’autant plus pénalisées par des taux d’intérêt élevés qu’elles portent une dimension ouvertement spéculative.

L’importance de ce défi de la sélectivité du crédit est telle que d’autres économistes progressistes évoquent désormais à leur tour une démarche voisine de celle des communistes. Des convergences peuvent donc s’établir sur ce type de réponse à la crise. On imagine combien il serait capable d’induire un tout autre type de société, une tout autre qualité de démocratie, puisque ce sont les salariés et leurs représentants dans les entreprises, les élus à tous les niveaux qu’il faudrait doter des pouvoirs nouveaux, nécessaires pour sélectionner effectivement les crédits à octroyer en fonction des besoins humains, sociaux, environnementaux, etc. afin de s’émanciper peu à peu de la dictature des marchés financiers.

B. O.

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Tag(s) : #Economie
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