Actus humanite.fr 14-08-2008
Patrick Artus : une "croissance en panne pour longtemps"

Patrick Artus, responsable des études de la banque Natixis, est professeur à l’Ecole polytechnique et professeur associé à l’université Paris I-Panthéon-Sorbonne. Il est notamment l’auteur de "Le capitalisme est en train de s’autodétruire“, et "Comment nous avons ruiné nos enfants". Il vient de publier une analyse intitulée "Pourquoi, pendant plusieurs années, on ne peut pas attendre de croissance en France, en Italie et en Espagne".
En démarrant ainsi son analyse économique début août, Patrick Artus, économiste de la banque Natixis et habitué aux analyses
contredisant le pouvoir (il est par ailleurs membre du conseil économique rattaché à Matignon), met les pieds dans le plat. Dans une communication plutôt à destination des investisseurs, il
détaille ainsi le "piège qui se referme" selon lui sur le pays, pour en conclure à une croissance en panne pour plusieurs années.
On est loin des assurances d’une Christine Lagarde qui ce matin encore écartait toute idée de récession, en se retranchant derrière une définition stricte. ""Toute personne qui crierait au loup
à la récession aurait un trimestre d’avance", a dit la ministre de l’économie sur France Inter, rappelant qu’une récession correspond à une contraction du PIB durant deux trimestres
consécutifs. Or, la France n’en est qu’au premier argumente la ministre. Le produit intérieur brut de la France a reculé de 0,3% au deuxième trimestre 2008, première baisse depuis le quatrième
trimestre 2002, a annoncé jeudi l’Insee. La ministre donne donc rendez-vous au troisième trimestre…
Pour Patrick Artus, le piège "est clair".
Dopée jusqu’ici par l’immobilier (notamment grâce à des mesures de type loi Robien), la croissance va stopper avec la crise financière et immobilière et la hausse des prix des matières
premières.
L’euro, poursuit-il, va continuer en outre sa hausse par rapport au dollar. Or, la France, en raison du poids des biens de "milieu de
gamme" dans sa production économique, va voir, par le jeu des parités monétaires, ses marges bénéficiaires à l’exportation comprimées. Car sur ces biens "milieu de gamme", elle est en
concurrence directe avec les pays émergents. "Ceci réduit l’offre de biens et dégrade la croissance, rend les exportations non profitables ; or les exportations sont le seul moteur
subsistant possible de la croissance", assure Patrick Artus.
A l’inverse analyse-t-il, l’Allemagne, plus productrice de biens de haute technologie, est à l’abri du phénomène.
Mais c’est dans le constat final que l’économiste se fait sévère. Dans le débat croissance/récession, l’économiste a choisi. "Vouloir
soutenir la croissance par les transferts publics ne peut alors que faire rapidement apparaître des déficits publics impossibles à accroître durablement".
Au-delà d’aides ponctuelles à des catégories en grande difficulté, il nous semble donc impossible de soutenir la croissance à court terme. Le pire serait évidemment que les soutiens à
l’activité conduisent à des distorsions : par exemple subventionnement des prix de l’énergie, des matières premières… ; bonification de taux d’intérêt".
"Aucun remède raisonnable n’existe à court terme", assène-t-il, "les remèdes à long terme sont à peu près connus : accroître la
productivité, aider les entreprises à monter en gamme (recherche, éducation, soutien aux PME innovantes…), mais ne peuvent pas avoir d’effets avant plusieurs années". Essayer de "sauver" la
croissance à court terme, dans la seule visée de la cote de popularité, "ne pourrait qu’épuiser les finances publiques".
Paul Zanni pour humanite.fr
Téléchargez ci-dessous l’analyse économique de Patrick Artus (en format pdf)
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