68 votre mémoire au pouvoir
Le joli mot solidarité…
Jacqueline Morette, Bagneux (Hauts-de-Seine).
Quand on me parle de Mai 68, le premier mot auquel je pense est « solidarité ». Adhérente à la CGT depuis octobre 1961, j’étais agent administratif depuis plusieurs années à la mairie de Bagneux dans les Hauts-de-Seine. Les « communaux » comme on nous appelait à cette époque ont été en grève pendant trois semaines. Je dis grève car nous avons participé à toutes les manifestations syndicales, délégations et autres, nous avons constitué un comité de grève, mais je dis toujours qu’après trois semaines nous étions plus fatigués qu’à l’habitude.
Qui dit « service public » dit aide aux citoyens, aux Balnéolais. Tout ce temps, nous avons été plus préoccupés du sort des grévistes et de leurs familles que de nos propres revendications. À l’époque, à Bagneux, de grosses entreprises étaient présentes : la Thomson, Huré… Les salariés étaient en grève. Ainsi nous assurions l’aide alimentaire aux familles de grévistes, nous assurions la confection et la livraison des filets alimentaires, nous prenions en charge la restauration des enfants dans les écoles, la surveillance de sécurité dans les installations municipales, la distribution de bons d’essence aux médecins, ambulanciers et autres… Il y avait pénurie nationale. Nous avions bien évidemment le souci de tout ce qui relevait de l’état civil : les naissances, les mariages, les décès… Nous étions fatigués mais heureux d’avoir aidé.
Je me souviens du soutien de nombreux artistes qui venaient chanter dans les usines ; de Mouloudji venant inaugurer notre nouvelle salle des fêtes, en plein mois de mai, la salle était archi-comble, les familles de grévistes étaient là, il a fallu assurer l’installation technique et la sécurité.
Bien sûr, vers la fin de notre grève, non seulement des revendications nationales, telles que l’augmentation importante des salaires, des reclassements catégoriels, de nouveaux droits syndicaux ont été satisfaites, Henri Ravéra, maire de l’époque, et son équipe municipale soutenaient nos revendications nationales, mais localement, ils nous ont accordés une semaine de congé supplémentaire en hiver, deux semaines de congé maternité supplémentaires, cinq jours de congé supplémentaires pour les anciens déportés ou internés de la Seconde Guerre mondiale, la création d’un comité des oeuvres sociales et d’un comité d’hygiène et de sécurité, ainsi que la création d’une commission mixte du personnel.
Je n’oublie pas qu’à ce moment-là la vie des femmes, des jeunes filles a bien changé. Elles ont acquis de nouveaux droits. Les vieux principes d’éducation ont « presque » disparu. Beaucoup de ces acquis sont remis en question aujourd’hui, il s’avère indispensable que les femmes restent très vigilantes. Rien n’est jamais acquis.
Alors, pour terminer, mon Mai 68 a moi, ça a été SOLIDARITÉ !
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