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International - Article paru le 11 août 2008 dans l'Humanité

Pourquoi l’Ossétie du Sud ?

La région considérée comme un verrou stratégique est un enjeu stratégique pour les États-Unis et la Russie. Décryptage.

Quand la Géorgie accède à l’indépendance en avril 1991, le tout nouveau président de cet État issu du démembrement de l’URSS, le fantasque Zviad Gamsakhourdia, ne trouve rien de mieux que de mettre fin à l’autonomie dont disposaient depuis les années 1920 l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud (petit territoire de 3 900 km2, peuplé de moins de 100 000 habitants). C’est alors le début d’un conflit ethnico-politique sanglant (plus de 3 000 morts et 300 000 personnes déplacées), qui entraînera la chute de Gamsakhourdia, renversé par un coup d’État en janvier 1992 avant d’être remplacé par Edouard Chevarnadze. Pour avoir dirigé la diplomatie soviétique sous l’ère Gorbatchev, Edouard Chevarnadze savait par expérience qu’il valait mieux mettre un terme au conflit, et ce sans avoir pour autant renoncé à réintégrer à la Géorgie les deux provinces séparatistes. Mais la population de l’Ossétie du Sud se prononce massivement pour l’indépendance de la province : une première fois en 1992 et une seconde fois en 1996. Depuis, grâce au soutien de la Russie, elle s’est autoproclamée république indépendante, avec pour capitale Tskhinvali, ex-Stalini durant l’ère stalinienne.

Le successeur de Chevardnadze, Mikhail Saakashvili - arrivé au pouvoir en novembre 2003 grâce à un mouvement de contestation populaire qui chasse du pouvoir Edouard Chevardnadze, la révolution des roses - inscrit la réintégration de l’Ossétie du Sud à la Géorgie, ainsi que l’intégration de cette dernière à l’Otan au rang de ses priorités politiques. Des priorités qui seront réaffirmées avec force au lendemain de sa réélection contestée à la tête de l’État, en janvier 2008 - l’opposition l’accusait alors de fraudes électorales -, et qui lui permettent de faire diversion au regard des difficultés économiques et de la corruption qui gangrène son régime : un taux de chômage de près de 15 %, une pauvreté touchant près de 50 % de la population et une corruption qui entraîne la Géorgie dans les hauteurs du classement mondial des pays les plus corrompus. Il n’empêche, il est soutenu dans son entreprise par les États-Unis, qui depuis le début des années 1990 s’intéressent fortement au Caucase, région clé et verrou stratégique entre l’Europe et l’Asie, région regorgeant de surcroît de pétrole et de gaz. Depuis fin 2001, sous prétexte de « guerre contre le terrorisme », l’intérêt américain pour cette région s’est singulièrement accru. Au point que Washington, qui fournit déjà une aide financière et militaire à Tbilissi, est prêt à ce que la Géorgie intègre l’OTAN, ainsi que l’a déclaré Condoleezza Rice, en juillet dernier à Tbilissi. Plus généralement, les États-Unis poursuivent dans cette région une stratégie qui s’inspire des idées développées par Zbigniew Brzezinski, à la fois de dépeçage de l’ex-URSS et d’encerclement de la Russie, avec à terme l’implosion de la Fédération de Russie en trois entités indépendantes : une Russie européenne, une Russie caucasienne et une Russie asiatique englobant une grande partie de la Sibérie. Après avoir démembré l’ex-Yougoslavie, cassé l’unité de l’Irak (en voie d’implosion), mis au point un plan de remodelage du Moyen-Orient pour dessiner une nouvelle carte géopolitique, Washington, avec le soutien plus ou moins tacite de l’UE, poursuit les mêmes objectifs à l’égard de la Russie. Cette stratégie menée sous couvert de démocratie et de respect des droits de l’Homme n’est pas étrangère au nationalisme à fleur de peau de la Russie et nourrit l’autoritarisme du régime du président Medvedev envers son opposition.

Autrement dit, derrière ces conflits ethnico-politiques qui font du Caucase, région multiethnique, une poudrière prête à s’enflammer à tout moment, se profilent des enjeux qui dépassent le seul cadre du conflit entre la petite Géorgie et l’ours russe ! Un enjeu énergétique - le pétrole de l’Azerbaïdjan transporté par un oléoduc reliant Bakou à Ceyhan (Turquie) via Tbilissi financé par les États-Unis et le gaz -, car la Caspienne recèle plus de 200 milliards de barils de pétrole qui ne demandent qu’à être exploités ; et un enjeu politique et géostratégique qui, sous prétexte de lutte contre le terrorisme et de menace nucléaire iranienne, veut transformer les pays de l’Asie centrale en autant de bases militaires US dirigées contre la Russie et la Chine, ses vrais adversaires, afin d’assurer durablement la suprématie des États-Unis sur le monde.

Hassane Zerrouky

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Tag(s) : #Monde
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