Inacceptable
Le député-maire de Nice aura donc voulu apporter sa pierre aux mauvais coups de l’été.
S’appuyant sur l’état déplorable d’une partie des locaux de la place Saint-François à Nice, qui abritent les Unions départementale et locale de la CGT ainsi que différents syndicats professionnels, il décrète leur expulsion. Et, à cet arbitraire, il ajoute la provocation de proposer en remplacement un local de 200m2 non habilité à recevoir du public ! C’est profiter d’un problème technique réel pour tenter d’imposer un choix politique à la fois injuste et misérable.
Les déclarations et réactions que nous publions dans ce numéro montrent plusieurs faits. La responsabilité première des municipalités successives dans l’état actuel des bâtiments. La possibilité de continuer d’utiliser une majeure partie des bâtiments concernés pendant la réhabilitation des autres parties. Et donc le caractère injustifiable de cette expulsion globale et brutale.
Mais plus profondément trois dimensions rendent inacceptable cette expulsion.
Une dimension de démocratie. S’attaquer ainsi à une Bourse du Travail c’est porter atteinte non seulement au mouvement syndical, mais aux libertés du mouvement social et des travailleurs : libertés qui sont inséparables des moyens de les exercer. Monsieur Estrosi qui ne cesse de vouloir se présenter comme l’homme de la « rupture » avec le mandat antérieur et le « maire de tous les Niçois », met là fâcheusement ses pas dans les plus mauvais pas de son prédécesseur. Et de tous ceux, immédiats ou lointains, qui n’ont eu de cesse de vouloir rayer du paysage local une Bourse du Travail qui existe depuis plus de 110 ans dans ces lieux.
Une dimension de liberté syndicale. Faut-il rappeler à monsieur Estrosi ce qu’écrivait son « mentor », Nicolas Sarkozy, dans une tribune publiée dans Le Monde le 19 avril dernier indiquant qu’il souhaitait des « organisations professionnelles, syndicales et patronales, plus fortes et plus responsables » et reconnaissant « les Français sont très attachés au syndicalisme (…) pour que leurs intérêts soient mieux défendus »(1) Face aux organisations patronales dont on connaît les moyens et les réseaux, s’attaquer ainsi, un 29 juillet, aux outils d’une organisation syndicale est misérable. D’autant plus condamnable qu’il s’agit d’outils permettant un rayonnement interprofessionnel, aux travers des Unions départementale et locale. Dimension interprofessionnelle si précieuse à l’heure de la décentralisation mais aussi de l’éclatement du salariat dans de petites unités et dans la précarité.
Une dimension de patrimoine et de civilisation. Le « patrimoine » ce n’est pas que des « vieilles pierres ». Le patrimoine c’est de l’humain, des repères, une culture, du lien social que des femmes et des hommes ont su tisser au fil des générations. La Bourse du Travail de Nice fait partie de ce patrimoine local et départemental. Et même de notre pays, comme une des 5 Bourses du Travail historique de France. Respecter la personnalité Nice, c’est permettre que le mouvement social puisse continuer de battre dans ce cœur de ville qu’est la Place Saint François.
Cette tentative d’expulsion estivale est donc pire qu’un dérapage : c’est une faute et une mauvaise manière faite à la démocratie et à l’histoire vivante de la ville. Le Patriote est né des combats d’une période où d’autres déjà avaient prétendu fermer la Bourse du Travail. Il s’associe aux démarches pour une véritable rénovation des bâtiments de la Place Saint François dans le respect de leur destination présente et future au service des travailleurs. Au delà de des affinités syndicales personnelles de chacun, c’est un engagement qui concerne tous les démocrates.
Jean Paul Duparc
(1) Bien sur, on n’ignore pas aussi combien ce président piétine allègrement ses engagements, y compris quand il ne respecte pas un accord national signé sur le temps de travail.
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