idées
Coopérations agricoles en Méditerranée
Mediterra, les futurs agricoles et alimentaires en Méditerranée, sous la direction de Bertrand Hervieu, Sciences Po, Les Presses, 372 pages, 32 euros
Après le bilan pour le moins mitigé du sommet de Paris consacré à l’Union pour la Méditerranée (UPM), ce livre consacré aux « futurs agricoles et alimentaires en Méditerranée » permet d’entrevoir les possibilités de coopération entre les pays des deux rives, mais aussi d’en saisir toute la complexité. Réalisé sous la direction de Bertrand Hervieu, ancien président de l’INRA et actuel secrétaire général du Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM), l’ouvrage passe en revue le contexte sociodémographique, géo-économique, la question des ressources naturelles, les techniques, les sciences et l’innovation, l’alimentation et l’évolution de la consommation, la gouvernance des mondes ruraux et agricoles.
On y lit que les pays du sud-est méditerranéen (PSEM) « captent 12 % des importations mondiales de céréales alors qu’ils ne représentent que 4 % de la population du monde ». Cette dépendance est appelée à croître dans les prochaines années. Pourtant, en dépit de la proximité géographique, l’Europe et surtout la France exportent peu de céréales sur l’autre rive. L’euro fort et la mondialisation libérale sont les principaux handicaps de notre pays, faute de politiques d’échanges bilatéraux que pourraient promouvoir des contrats à long terme avec un pays comme l’Algérie, gros exportateur de pétrole et de gaz.
Il s’avère qu’une coopération agricole mutuellement avantageuse n’est pas facile à mettre en place entre l’Union européenne et les pays de l’autre rive en raison de la raréfaction de l’eau sous la double pression du réchauffement climatique et de la poussée démographique. Ainsi, il faut aujourd’hui trois mille cinq cents litres d’eau pour produire les trois mille calories susceptibles de bien nourrir une personne pendant 24 heures. Du coup, dessaler de l’eau de mer pour produire des tomates au Maroc pour l’Europe n’est pas la meilleure façon de coopérer.
Cet ouvrage pose davantage de problématiques qu’il ne donne de solutions. Cela n’enlève rien à son utilité dans la mesure où le plus important est aujourd’hui d’éviter de faire de nouvelles bêtises dans le productivisme agricole et le développement anarchique du tourisme.
Gérard Le Puill
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