La parole des femmes battues se libère
Les femmes battues par leur conjoint (ou leur ex) représentent un quart des victimes de violences volontaires. C’est le résultat d’une étude publiée hier par l’Observatoire national de la délinquance (OND) qui fait part d’une « forte accélération » des faits constatés : en 2007, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 47 573 faits de « violences volontaires sur des femmes majeures par le conjoint ou l’ex-conjoint », soit 31,3 % de plus qu’en 2004. La France compte-t-elle plus de femmes battues ? Ou celles-ci s’expriment-elles davantage ? Si l’étude ne tranche pas cette question, elle révèle une amélioration de la prise en compte, par les associations et la justice, des femmes victimes de violences conjugales.
Des associations indispensables
« De plus en plus de femmes viennent nous voir, confirme Sabine Salmon, présidente de Femmes solidaires, qui compte quarante permanences d’accueil en France. Les victimes osent davantage parler de ce tabou et le sortir de la sphère privée. » La prévention opérée par ces associations y est pour beaucoup. Ainsi, le rapport explique le taux élevé de violences conjugales en Seine-Saint-Denis par une « politique active de lutte contre les violences conjugales » avec une « incitation à déposer plainte » (lire ci-dessous). Les enquêtes, qui médiatisent ces violences, permettent aussi de libérer la parole. « Tout cela est très récent, rappelle Sabine Salmon. La première étude (1) date seulement de 2000. On y apprenait qu’une femme sur dix était victime de violences conjugales. Aujourd’hui, six femmes meurent chaque mois sous les coups de leur conjoint. » En mars 2007, un numéro d’urgence (3919) a été mis en place.
Une chaîne pénale plus réactive
Les dernières évolutions législatives expliquent une bonne part de la hausse brutale des plaintes en 2007 (+ 16 %). La loi du 4 avril 2006 a élargi la notion de violence conjugale aux ex-conjoints et ex-concubins. De même, des faits qui n’étaient pas enregistrés précédemment comme des délits, car ayant entraînés une incapacité totale de travail inférieure ou égale à huit jours, le sont devenus. Le ministère de la Justice ajoute que « les parquets ont donné des instructions aux services enquêteurs afin que soit établie de manière systématique une procédure ». Même en cas d’absence ou de retrait de plainte de la part de la femme violentée. À cela s’ajoute une lente sensibilisation de la police au phénomène. « Il est possible que les services de police et les unités de gendarmerie aient été conduits à repérer de façon de plus en plus exhaustive les faits de violences par conjoint », note l’OND.
En matière de violences conjugales, le silence reste encore la règle. La première enquête de victimation de l’OND, en 2007, montre que seulement 21 % des femmes déposent plainte. Même s’il s’améliore, l’accueil dans les commissariats demeure insuffisant. « Il faut insister pour trouver dans le bon commissariat une personne à l’écoute, témoigne une victime sur un forum. C’est très dur car les policiers ne sont pas formés pour. » L’étape du dépôt de plainte franchie, le parcours du combattant continue. Depuis la réforme du divorce en 2004, c’est théoriquement au mari de quitter le domicile conjugal en cas de plainte pour violences. « Mais, sur le terrain, nous avons des difficultés pour faire appliquer cette loi, souligne Sabine Salmon. Nous manquons d’hébergements d’urgence. Or ces femmes doivent avoir un lieu où elles puissent être en sécurité, bénéficier d’un accompagnement psy et réfléchir, tout simplement. »
(1) Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (ENVEFF).
Marie Barbier et Laurent Mouloud
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