jeudi 7 août 2008, par Lidice Mozes / "le Patriote"
Une chose est certaine, Christian Estrosi, maire de Nice, s’attire les foudres des syndicats et des militants de gauche avec cette décision aussi soudaine qu’inattendue. Car derrière la lettre d’expulsion envoyée la semaine dernière à la CGT se cachent, peut être, d’autres projets. « Nous nous interrogeons sur les vrais intentions de la mairie : est-ce dans le but de fragiliser le syndicat ou tout simplement est-ce le besoin de se préserver en cas de souci du à la vétusté des bâtiments ? ». D’après Didier Turrini, secrétaire départemental de la CGT, la première des questions serait la plus plausible.
Dans tous les cas, depuis la visite de la commission de sécurité qui a constaté que les normes de sécurité n’étaient plus respectées, la Bourse du travail a été fermée au public par arrêté municipal et cela jusqu’à la réfection des travaux. Mais quoi qu’il en soit, l’arrêté est pris très au sérieux et un conseil d’administration réunit en urgence a décidé d’agir sous le conseil des juristes du syndicat.
Tout d’abord un vice dans la procédure est évident. En effet, la mairie adresse la lettre à l’attention de l’Union Locale de la CGT et sa représentante, mêlant ainsi dans une même décision deux bâtiments qui concernent, certes, le même syndicat mais possédant deux activités bien distinctes (l’Union locale d’un coté et l‘union départementale de l’autre).
Mais au-delà des vices dans la procédure, la CGT veut démontrer que la vétusté des bâtiments, arguments avancés par la mairie, n’est pas une raison valable pour mettre dehors et dépouiller de ses droits l’organisation.
Déjà en 1996 Jacques Peyrat s’était attaqué de la même façon au syndicat et une décision du tribunal administratif avait débouté la mairie à cause d’un vice de procédure. Quelques années plus tard Christian Estrosi revient à la charge et cela est pris pour certains comme une attaque directe et malvenue. Jean Yves Brelivet, membre du secrétariat des PTT, siégeant à l’UD se souvient de la campagne électoral d’Eric Ciotti, bras droit du maire, qui a promis aux commerçants du quartier un autre visage de la Bourse du Travail.
Pour l’heure, un rendez vous avec le chef du cabinet du maire a eu lieu, l’occasion de présenter à l’organisation syndicale deux propositions de relogement. Un premier local se trouvant sur le boulevard Jean Jaurès d’une surface de 180m² qui ne peut pas accueillir du public et un autre sur le Boulevard Dubouchage de 200m². « Ces propositions sont largement insuffisantes. Sur la première proposition il faudrait autant des travaux pour la mise en conformité que sur le bâtiment de l’aigle d’or(1) », assure Didier Turrini. A tout cela s’ajoute la surface des locaux actuels qui représente près de 1600m², des salles de réunion, des bureaux qui logent plusieurs associations : des installations inexistantes aussi bien dans le local du Bd Jean Jaurès que sur celui situé sur le Bd Dubouchage. « On veut nous cantonner à un syndicat de bureaucrates et ce n’est pas notre but », s’insurge Didier Turrini. Il est persuadé que les activités organisées ces derniers temps, de plus en plus attrayantes pour les jeunes, dérangent certains. D’après ce dernier, il est très étrange que les bureaux du service de nettoiement de la CANCA, situés dans le même bâtiment que la CGT, n’aient jamais été molestés. « Ces bureaux n’ont jamais été pointés du doigt et au jour d’aujourd’hui ils reçoivent encore du public », explique le secrétaire départemental de la CGT, persuadé de l’incohérence de la mairie à ce sujet.
Dégradation volontaire ?
Les élus de l’association départementale des élus communistes et républicains dans un communiqué de presse, manifestaient leur « colère », en rappelant au maire de Nice que la Bourse du Travail était une des cinq bourses historiques en France. Dans leur lettre, les élus communistes pointent du doigt la politique de la mairie qui a « laissé se dégrader ses bâtiments, pour pouvoir à terme les récupérer en en évacuant les représentants des travailleurs ». Ils demandent, par ailleurs, au maire de Nice de réunir une table ronde avec les syndicats concernés et les services de la Ville, afin de trouver une issue rapide et garantir le retour de la CGT dans les locaux une fois les travaux de réfection finis.
Une demande d’entretien avec le maire de Nice a été rédigée cette semaine et plusieurs propositions sont envisagées. Une partie des bureaux pourrait être repliée dans un bâtiment pendant que les travaux nécessaires sont faits dans l’autre.
De nombreux témoignages de soutien sont, depuis, arrivés à la CGT de la part des associations, des partis politiques et d’autres syndicats. De leur coté les syndicalistes restent les yeux ouverts. « Même si beaucoup de personnes sont en vacances et la mobilisation est moins importante, nous avons un réseau de vigilance qui est très fort et les militants, même en vacances, restent prêt à agir en cas de problème », explique Jean Yves Brelivet. Les prochains jours seront décisifs et le bras de fer risque d’être long, car la CGT n’est pas prête de quitter les lieux.
(1) Bâtiment qu’abrite l’Union départementale de la CGT
Encadré
A l’occasion de la commémoration qui a lieu chaque année suite à la disparition à la fin de la guerre du résistant Virgile CORBANI, secrétaire de l’UD CGT 06, la CGT propose un rassemblement sur la Place St François le 28 août à 17 heures.
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