Christian Estrosi s’en prend à la CGT à Nice
Nice (Alpes-Maritimes),
correspondant régional.
C’est par le biais d’un arrêté, signé au nom du nouveau maire ultrasarkosyste de Nice, Christian Estrosi, et par le colonel de gendarmerie et adjoint à la sécurité, Benoît Kandel, que Didier Turini, secrétaire départemental de la CGT, vient d’apprendre que ses camarades et lui même étaient expulsés des trois bâtiments municipaux qu’ils occupent à titre gracieux en bordure de la place Saint-François, haut lieu du mouvement ouvrier azuréen. L’union départementale est installée au sein de l’ancien hôtel de l’Aigle d’or, attribué à la CGT à la Libération pour « service rendu à la nation ». À côté, les syndicats professionnels, dont celui du BTP, occupent l’immeuble Bona, qui jouxte la Bourse du travail, accueillant les bureaux et services de l’Union locale CGT. Dans cet ancien palais communal se trouvent une grande salle de réunion et une bibliothèque. En plus d’un siècle d’occupation par la CGT, des centaines de milliers de travailleurs ont gravi ses marches d’ardoise usées.
En fait, cet arrêté d’expulsion « à effet immédiat » au « prétexte » d’une mise aux normes de sécurité n’a pas véritablement surpris. « C’est le troisième ou quatrième en vingt ans », souligne Didier Turini, notant toutefois que la commission municipale de sécurité qui a surtout relevé la vétusté des installations électriques, était passée au lendemain d’une fête de la musique particulièrement bien réussie cette année place Saint-François. « Alors le maire veut-il se couvrir au cas où un incident se produirait à la bourse ou bien espère-t-il nous affaiblir à quelques semaines des élections prud’homales en nous empêchant de fait de tenir réunions de travail, assemblées de militants et congrès ? », s’interroge le responsable syndical qui ne s’est vu proposer par le chef de cabinet de Christian Estrosi que des locaux de remplacement éclatés en ville d’une surface totale de 400 m2, soit quatre fois moins qu’aujourd’hui, nécessitant de plus des travaux de rénovation pour un montant estimé à 200 000 euros. Une proposition rejetée par la CGT, non seulement parce que ces locaux provisoires ne peuvent accueillir du public mais parce que, souligne Didier Turini, « nous n’avons aucune garantie de retourner ensuite à la Bourse ».
En vérité, Christian Estrosi a mis ses pas dans ceux de son prédécesseur Jacques Peyrat (UMP, ex-FN) qui voulait, dès sa prise de fonction en 1995, chasser les syndicats pour transformer la bourse du travail en musée des traditions folkloriques. Une formidable mobilisation populaire l’avait ramené à la raison. Il s’en était suivi, en 2004 et 2005, deux délibérations adoptées par le conseil municipal visant à financer les travaux de réhabilitation, notamment de mise aux normes électriques, de l’ancien palais communal. Délibérations qui n’ont jamais été mises en oeuvre ! D’où la méfiance de la CGT et de Patrick Allemand, chef de file de l’opposition municipale socialiste. D’où aussi la « vive protestation » de l’association des élus communistes et républicains (ADECER) qui, dans une lettre ouverte, demande la réunion d’une table ronde CGT-maire-services techniques de la mairie, « afin que soit garanti le retour dans leurs locaux (des syndicats et unions) à l’issue des travaux de réfection ». La CGT ayant proposé un « repli » à l’Aigle d’Or de son Union locale de Nice pendant la durée de réhabilitation de la Bourse.
Une pétition, à l’initiative de la fédération nationale CGT mines-énergies a été lancée (1). Rendez-vous est pris également fin août pour rendre hommage à Virgile Corbani, secrétaire départemental de la CGT, résistant,disparu après son arrestation en 1944. Ce sera un rassemblement du souvenir et de lutte. Un de plus, et sans doute pas le dernier, qui se tiendra, bien sûr, place Saint-François…
(1) Le texte de cette pétition « pour le maintien de la CGT, place Saint-François à Nice et la rénovation des locaux » est en ligne sur : http://cgtcampus06.free.fr
Philippe Jérôme
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