Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Société - Article paru le 4 août 2008 dans l'Humanité

« Précarité et sida, un enjeu de société »

Vice-président d’Act Up Paris, Frédéric Bladou dénonce la précarisation accrue des personnes vivant avec le VIH et s’inquiète de la privatisation progressive du système de santé.

Comment interprétez-vous l’absence de responsable politique français à la Conférence mondiale de lutte contre le sida qui se tient actuellement à Mexico ?

Frédéric Bladou. Très sincèrement comme un désengagement des autorités françaises en matière de lutte contre le sida. Pourtant, la France est un partenaire et un interlocuteur privilégié tant en matière de lutte contre le VIH qu’au niveau de la recherche scientifique. Mais il paraît clair que Roselyne Bachelot préfère être aux jeux Olympiques. L’ambassadeur chargé de la lutte contre le sida, Louis-Charles Viossat, qui sera sur place pour représenter la France, est quelqu’un qui connaît très bien les problématiques liées au VIH, mais il n’a aucun pouvoir en matière décisionnaire.

Vous avez rencontré Roselyne Bachelot la semaine dernière à qui vous avez fait part de vos inquiétudes quant à certaines directions prises en matière de politique de santé. Quelles sont-elles ?

Frédéric Bladou. Depuis un an, l’instauration des franchises médicales - qui sont un impôt sur la maladie - est la chose la plus injuste qui ait été mise en place : clairement, cela signifie que plus on est malade, plus on paie. 35 % des gens vivant avec le VIH sont en dessous du seuil de pauvreté parce qu’ils ne peuvent pas travailler. S’ils ne peuvent pas travailler c’est parce qu’ils sont très malades, qu’ils ont besoin de traitements très lourds. Et ce sont eux qui sont taxés. C’est complètement délirant.

S’agit-il de mépris ?

Frédéric Bladou. C’est du libéralisme ! Aujourd’hui le régime de santé solidaire est mis à sac par ce gouvernement. Ils voudraient mutualiser totalement notre système de santé. Roselyne Bachelot annonce que les mutuelles vont prendre en charge une partie du déficit de la Sécurité sociale et ces dernières assurent qu’elles n’augmenteront pas les adhésions des assurés au moins la première année. Mais on sait très bien qu’elles le feront dès l’année suivante. Il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles ! Un grand nombre de personnes ne peuvent déjà pas se payer une mutuelle, et si le prix de l’adhésion augmente, cela touchera encore plus de malades alors que dans le même temps de moins en moins de médicaments sont remboursés par le système général. On va arriver à un système de santé à deux vitesses tel qu’il existe dans les pays anglo-saxons, les États-Unis en tête. On ne va plus pouvoir se soigner.

Concernant la qualité des soins dispensés, observez-vous de vrais progrès ?

Frédéric Bladou. Oui. Aujourd’hui, on a le choix entre de multiples combinaisons de traitements antirétroviraux. Plus il y a de molécules qui arrivent sur le marché, plus les personnes qui ne supportent aucun traitement peuvent être prises en charge et donc soignées. On les estime à 6 % ou 7 %. La qualité des soins et des traitements s’améliore, c’est indéniable, les effets secondaires font par exemple l’objet aujourd’hui d’une réelle prise en charge.

La précarisation des conditions de vie des malades est donc essentiellement due aux difficultés liées à l’accès aux soins…

Frédéric Bladou. Actuellement, on fait des économies sur les hôpitaux. Les services de maladies infectieuses ou d’immunologie disparaissent. Ils ne sont pas rentables, donc on les ferme et les malades doivent aller se faire soigner ailleurs. Avec les résultats obtenus grâce aux traitements antirétroviraux, il est vrai que beaucoup moins de gens contractent et développent des maladies opportunistes. On a eu besoin de moins de lits d’hôpital à une période puisque les gens vivent. En revanche, il faut appréhender les nouvelles pathologies liées au VIH, aux prises de traitements très longues et au fait d’être séropositif durant des années et des années. On développe des troubles hépatiques graves, des problèmes cardio-vasculaires majeurs et certaines formes de cancer. Il va bien falloir qu’ils soient pris en charge ! Mais lorsqu’on voit que l’actuel gouvernement en est à remettre en question les remboursements de médicaments pour les personnes en affection de longue durée (ALD), on se dit que le respect de la condition des malades n’est absolument pas sa préoccupation.

Quelles sont les revendications que vous jugez les plus urgentes ?

Frédéric Bladou. En premier lieu, l’instauration d’un revenu minimum équivalent au SMIC. Ensuite, il est fondamental de ne pas toucher au régime de santé solidaire et de conserver la prise en charge à 100 %. L’accès au logement est aussi essentiel : 40 % ne disposent pas d’une habitation individuelle, et la meilleure façon de respecter son traitement, c’est d’abord d’avoir un toit. Je m’occupe de la permanence droits sociaux à Act Up et la situation est absolument dramatique. Les gens sont à la rue, ils n’ont pas assez d’argent pour se nourrir correctement. L’allongement de la vie se conjugue avec la précarité. On a vu Roselyne Bachelot se féliciter, lors de la Fête de la musique, de la stagnation de l’épidémie en France. Moi je ne m’en félicite pas, car la stagnation des nouvelles contaminations signifie qu’il y a toujours de nouvelles contaminations auxquelles s’ajoutent des conditions de vie complètement indécentes. Précarité et VIH, c’est une réalité absolue. Il ne s’agit pas seulement d’un enjeu de santé publique mais d’un enjeu de société.

Entretien réalisé par Mathilde Azerot

Publicité
Tag(s) : #Société
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :