Editorial par Patrick Apel-Muller
Sortie de route
Nicolas Sarkozy est joueur et apprécie la collision de nouvelles. Alors même que Renault annonçait la suppression de près de 6 000 emplois en Europe et une réorganisation brutale de ses sites de production, le président de la République annonçait une réforme du permis de conduire. La sortie de route est en effet brutale pour une société dont l’État reste un très gros actionnaire et qui a enregistré des profits en hausse notable pour le premier semestre 2008.
En dépit d’une croissance stagnante et de la baisse du pouvoir d’achat, le constructeur automobile ne craint pas une chute de ses ventes. Il prévoit même un gain de 5 % dont bien des sociétés se réjouiraient. Mais Renault ne parle que de « profitabilité ».
En imposant une réduction des coûts de structure de 10 % - cela concerne 47 000 salariés en Europe - et en sabrant dans les effectifs de production, le PDG Carlos Ghosn veut servir des dividendes plus copieux aux actionnaires. En 2006, il s’était engagé sur le fait de maintenir l’emploi et d’atteindre une marge opérationnelle de 6 %. Il ne garde dans l’habitacle que le second, jetant dans le décor des milliers de salariés et leurs familles.
L’ossature même de l’entreprise va être perturbée par ce choix. C’est pourtant cette même logique qui privilégie les résultats financiers qu’on trouve à l’origine des ratés du constructeur. Plus assez de recherche et de nouveaux modèles, une gamme qui vieillit, des choix qui privilégient des productions dans les pays de main-d’oeuvre à bas coût…
Nicolas Sarkozy ne s’en émeut pas. Non plus que de la suppression de 54 000 emplois sur la carte militaire des suppressions qui va se superposer à celle de la justice et à celle des hôpitaux pour démembrer des territoires entiers - que La Poste a commencé à délaisser et où l’école se contracte sous l’effet des milliers de suppressions de postes. La liste n’en restera pas là si le gouvernement persiste, impavide, dans son fanatisme libéral. Déjà le pays est considéré en quasi-récession : l’activité du secteur privé est tombée à son plus bas niveau depuis six ans et des charrettes de licenciements s’ensuivent, les défaillances d’entreprises ont augmenté de 9 % en un an, le moral des ménages est au plus bas.
L’argent public détourné vers la finance et les entreprises du CAC 40, le pouvoir d’achat écrasé, le crédit attribué plus chichement et sans favoriser l’emploi, la liberté de nuire laissée aux spéculateurs qui gonflent les prix des carburants, des matières premières, de l’agroalimentaire, les droits sociaux réduits, la recherche négligée…, tout concourt à asphyxier la consommation qui constitue toujours le moteur de la croissance nationale. Nicolas Sarkozy fait la démonstration qu’une politique qui privilégie les plus riches et les actionnaires est inefficace économiquement, et plus encore par gros temps.
Les salariés qui demandent des augmentations de salaires, les élus qui veulent contrôler les fonds publics, les militants de gauche qui réclament un autre usage du crédit et la prédominance de l’intérêt général, les syndicats qui revendiquent plus d’investissements dans la recherche-développement et moins dans les stock-options ne répondent pas seulement à un esprit de justice. Ils incarnent la modernité face aux défis de l’heure.
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)