mercredi 30 juillet 2008 / "le Patriote"
Plus d’un an après l’éclatement de la « bulle financière » aux Etats Unis, les répercussions de cette crise financière dans « l’économie réelle » se multiplient. Gouvernements et directions des firmes orientent toutes leurs décisions pour faire supporter par le travail et les salariés les coûts multiples de cette crise multiforme du capital. Cela fait voler en éclat les discours lénifiants que ces gouvernants nous ont infligés sur les économies, européenne ou française, soit disant « à l’abri » de cette crise. Les remèdes imposés au corps social aggravent les violences du système par leur obsession de préserver le profit des actionnaires et de la rente.
Des USA à l’Espagne
« Fannie Mac » et « « Freddie Mac », ces deux géants du crédit immobilier vont coûter cher au contribuable américain, surtout si il est modeste. « Freddie Mac » a accumulé 1900 milliards de prêts et garanties de crédit divers pour à peine 2 milliards de fonds propres. Soit un rapport de 1000 pour un ! En tout, près de 5200 milliards d’engagements pour ces deux géants. Leurs faillites est évitée par leur « nationalisation » où l’Etat est appelé à la rescousse pour les refinancer. Ainsi va ce système où les travailleurs paient deux fois : par leur travail pour créer les profits privés de leurs employeurs, et aussi en cas de pertes de ces mêmes employeurs, quand celles ci sont « socialisées » et prises en charge par la collectivité du pays. Dans la suite de ces crises financières, les marchés immobiliers américain, britannique et espagnol sont en pleine récession. Or en Espagne, immobilier et construction représentent 18% du PIB. La croissance est revue à la baisse. Le taux de chômage repasse au dessus des 10% de la population active. Un grand groupe comme Saint Gobain, fournisseur de matériaux de construction, accélère ses suppressions d’emplois dans le monde : près de 9000 pour l’année 2008.
Banques et institutions financières aspirent les refinancements abondants mis à leur disposition par les banques centrales et les détournent vers les marchés financiers et le colmatage de leurs pertes spéculatives. Elles restreignent les crédits aux particuliers et aux entreprises non financières. Ce que les économistes appellent un « crédit crunch », ( raréfaction et renchérissement du crédit pour l’économie réelle) se met en place. Ainsi la baisse en France de 11% du volume des crédits immobiliers distribués au premier semestre 2008.
Les pauvres plus pauvres
Alors que la crise alimentaire ne fait plus la « Une » des journaux, l’ONU, au travers du Programme Alimentaire Mondial, vient à nouveau de tirer la sonnette d’alarme : dans les semaines qui viennent, rien que dans 5 pays de l’Est africain, 14 millions de personnes sont menacées de famine. Et ces derniers mois le nombre de personnes sous alimentées est passé de 854 millions de personnes à 900 millions de personnes dans le monde.
La CNUCED (1) met un « paradoxe » en évidence : les 50 PMA ( pays les moins avancés) ont connu une croissance forte ces dernières années mais « le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar ou moins de 2 dollars par jour était plus grand en 2005 qu’en 2000 ». Alors même que ces PMA exportent des matières premières dont les cours ont augmenté fortement induisant une augmentation apparente importante de la richesse de ces pays. Mais cette croissance « ne correspond généralement pas à un processus de développement partagé » comme le dit pudiquement la CNUCED. Ces pays ne maîtrisent ni la commercialisation, ni la monnaie de facturation, ni les profits générés par ces ressources naturelles. Ce type de développement, extraverti et dépendant de quelques matières premières, n’irrigue pas le tissus économique en profondeur.
En France
Commençons par une « bonne nouvelle » ( !) : alors que le nombre de contribuables assujettis à l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune) a augmenté de 5,6% avec 548.000 personnes, le montant de l’ISF versé au fisc a lui diminué de 6% ( 3,7 milliards d’euros). Explications d’Eric Woerth, ministre du budget, « de nombreux redevables ont profité des nouveaux allègements ».
Dans le même temps, selon la dernière « Enquête Revenus » de l’INSEE, la pauvreté ne recule plus en France depuis 2002. Elle touche près de 8 millions de personnes, dont beaucoup de « travailleurs pauvres », victimes de manières dégradées de travailler : temps partiels imposés, CDD, …..Montrant aussi que la baisse des chiffres officiels du chômage cache un élargissement du sous-emploi et du mal-emploi. Le futur RSA ( revenu de solidarité active) pourrait étendre encore cette situation, surtout si il est financé par un redéploiement de la PPE ( prime pour l’emploi) : des travailleurs un peu moins pauvres payant pour les plus pauvres qu’eux).
Mais c’est le moment choisi par le Premier Ministre pour rendre public un rapport mettant en cause un SMIC « relativement élevé », aux « règles automatiques et contraignantes » et ayant connu ces dernières années une « hausse importante ». C’est aussi le moment choisi par l’Ursaff pour faire la chasse aux « privilèges » : Les cadeaux fiscaux aux plus fortunés ? Vous n’y pensez pas : la cible, ce sont ces salariés d’Air France et de la SNCF qui bénéficient de « billets gratuits », et dont l’Ursaff demande qu’ils soient soumis à cotisations sociales et intégrés dans les déclarations de revenus de ces salariés.
Faire pression sur le coût du travail
La seule voie que connaît ce système pour gérer sa crise systémique c’est de faire pression à la baisse du coût direct et indirect du travail. Les lois votées ces derniers 12 mois l’illustrent. Retraite : augmentation de 40 à 41 ans de la durée de cotisation. Chômeurs : menace de radiation dès deux « offres raisonnables d’emploi » refusées, ces offres impliquant des pertes de ressources. Licenciement : introduction du « licenciement à l’amiable » par accord de gré à gré, ce qui fait échapper au juge prud’hommal le contrôle des motifs de licenciement abusif. Durée du travail : élargissement de sa durée, heures supplémentaires ou forfait jours, et multiplication des possibilités de déroger négativement aux conventions collectives de branches. Cette tendance à vouloir « individualiser » et donc fragiliser le salarié face à l’employeur est systématique.
Dans les entreprises, Carlos Ghosn pour Renault a donné le ton de la rentrée : 6000 suppressions d’emplois pour accroître la profitabilité du groupe pour l’actionnaire.(2)
Financements et services publics dans le viseur
De « carte judiciaire » en « carte hospitalière », comme de la façon dont est conçue la nouvelle « carte militaire », il y a une inversion en profondeur de l’ambition d’aménagement du territoire pour un développement solidaire. Le risque de « désert » si vous n’êtes pas dans un pôle de compétitivité pour la rentabilité financière, s’accroît. (3) Quant aux collectivités locales, une étude vient de révéler que 30% de leurs dettes sont constitués de « crédits toxiques » (4), dont les taux remontent brutalement avec la crise financière.
Les 30.000 suppressions de postes annoncées pour la fonction publique en 2008 participent de ce mouvement en restreignant la sphère sociale. Avec, une nouveauté ( !), 900 postes qui seraient supprimés dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche, ce qui est une insulte à l’avenir, et à la situation de ces milliers de jeunes chercheurs en situation de précarité.
Enfin ce gouvernement, avant ses « congés d’été » aura fini sont parcours par l’annonce ce lundi 28 juillet, d’un nouveau volant de mesures visant à restreindre la couverture des dépenses maladies par la Sécurité Sociale. Or toutes les études montrent que non seulement ce type de mesures ne résout pas le « déficit », qui est un problème de structure et de volume de recettes, mais ils élargissent les inégalités, dégradant l’accès aux soins des plus fragiles.
Des contradictions violentes
Au lieu d’ « affamer la finance » comme ce serait possible (5), pour développer l’économie réelle à partir de l’emploi, du travail et d’ambitions sociales et écologiques, ce système et ce pouvoir ne cessent d’alimenter la « chaudière financière » et sa domination sur toute la vie sociale. Dépasser les contradictions d’une telle situation n’est pas tant une affaire technique de contraintes juridiques, institutionnelles, ou monétaires à lever. C’est principalement et d’abord une question d’un entrelacs de luttes sociales, idéologiques et politiques à mener pour construire et porter en France, en Europe et au delà, les convergences et propositions alternatives à un niveau de rapport des forces suffisant.
Jean Paul Duparc
(1) conférence des nations unies sur le commerce et le développement
(2) le bilan de Carlos Ghosn comme « manager » devrait d’ailleurs faire l’objet d’une étude : abandon pendant quatre ans des recherches sur la voiture électrique, spécialisation étroite des sites de production sur un seul modèle, développement du stress au travail dans tout le groupe, délocalisations accélérées, et enfin ce discours inquiétant sur l’avenir de la voiture : le marché des pays développés « peu porteur » car centré sur la « voiture propre », vive donc le « low cost » en direction des pays émergeants avec l’objectif de 3 milliards de voitures en 2050 contre 600 millions aujourd’hui. Est ce vraiment compatible avec la question climatique ?
(3) le Contrat de service public entre l’Etat et la Poste pour 2008-2012 comporte aussi des menaces : « l’étendue des obligations de service universel de La Poste sera posée pendant la période ». Or 94% de l’activité courrier-colis fait partie de ce service universel ? En revoir le « périmètre », est ce ouvrir la voie à une liberté tarifaire accrue ?
(4) le vocabulaire économique est généreux, on avait déjà les « obligations pourries », nous voilà avec les « crédits toxiques », formes de prêts à taux complexe et variables.
(5) Voir plusieurs articles dans l’Humanité de des derniers mois de Denis Durand
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