Fête de L’Humanité
Cali sème ses graines frondeuses
Le visage griffé, un chat dans les bras : c’est ainsi que Cali se présentait au public à l’occasion de la sortie de son premier album officiel en 2003, l’Amour parfait. La rupture douloureuse, il l’a chantée dans Elle m’a dit, avec la même puissance que l’espérance de l’amour dans C’est quand le bonheur ?
Bruno Caliciuri - son nom à l’état civil -, né un jour de juin 1968, est assurément une graine frondeuse. Ce n’est pas hasard s’il est devenu un habitué des Fêtes de l’Humanité. Chacune d’elles est pour lui un moment particulier, événement singulier de notre histoire. C’est que le chanteur est un coeur rouge par conviction. Par atavisme aussi, puisqu’il est petit-fils d’un engagé volontaire des brigades internationales qui prit les armes contre le franquisme.
À ses grands-parents, Cali dédie Giuseppe et Maria, un des titres magnifiques de son dernier album, l’Espoir, sorti en 2008, aux contours particulièrement engagés. Cali y chante Pas la guerre, à l’heure où la France envoie de nouvelles troupes en Afghanistan. Sans détour, il appelle à la Résistance : un mot qui ne pourra sembler démodé qu’aux moins conscients d’entre nous. Grand frère du peuple, insoumis, il a au ventre la rage de changer le monde, entre pessimisme souriant et optimisme contrarié. Ses rêveries envoûtent les foules. Cali est un revenant de l’amour, une âme post-romantique qui panse ses déconvenues passionnelles en musique. Il est aussi un artiste concerné par le scandale d’une société par trop injuste. Il en écrit des textes poignants aux paroles éminemment humaines. Voici un talent qui ne se réserve pas, qui vit son public comme un refuge, sûrement parce qu’il sait que cet amour-là lui restera fidèle. Il a l’élégance sauvage : poing levé et coeur debout, malgré tout.
Le virus de la musique, il l’a attrapé dès seize ans, lors d’un concert de U2. Dix ans passent, et en 1994 il lance son premier groupe : Indy ; puis un autre : Tom Scarlett. Ce n’est qu’en 2001 que Bruno Caliciuri devient le Cali que nous connaissons, avec toujours cette même conscience - aiguisée - d’un monde fané, qui constitue la clef de voûte de son oeuvre. Sous le flegme apparent, derrière le maintien chaloupé, son charisme est manifeste, ses écorchures visibles.
En 2004, il fonde avec des proches l’association caritative qui porte le même nom que son premier CD. L’Amour parfait a pour but de promouvoir la défense des droits des enfants, autant que des pères ou des mères. Rocker et militant, Cali développe, dans l’ensemble, des thèmes qui révèlent une aspiration double : à la justice et à la liberté. La quête de soi est l’une de ses préoccupations primordiales. Alors la quête de l’autre s’invite comme le pendant logique. C’est sans doute la raison qui pousse Cali à se dépenser corps et âme en concert, comme scherchait à atteindre une forme de complétude. Chez lui, l’art ressemble à la politesse du désespoir. Hypersensible, rempli d’une formidable humanité, il a fait de sa vie le prétexte de ses créations. Ses poésies aigres-douces semblent danser sur les flots de la mélancolie. Profond et léger, il apparaît comme un « chanteur étoile » de nos révolutions à venir.
Concert dimanche 14 septembre, 17 h 30.
Emmanuelle Puyt
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