Actu Humanite.fr 08-07-2008
G8 : L’Afrique est priée de rester sur sa faim
La réunion du G8 s’est ouverte hier par une rencontre avec les représentants de sept pays africains. La présidence japonaise du club des huit grandes puissances (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon et Russie) entendait ainsi marquer l’importance qu’il convenait d’accorder aux questions du développement. Il faut dire que l’actuelle explosion des cours des produits alimentaires et du pétrole exacerbe encore les difficultés des populations et des économies des pays africains, jusqu’à y provoquer des émeutes de la faim.
Derrière les sourires de la « photo de famille » et les démonstrations de politesse, un certain malaise était perceptible du côté des dirigeants des pays africains (Afrique du Sud, Algérie, Éthiopie, Ghana, Nigeria, Sénégal, Tanzanie) auxquels s’était joint un représentant de l’Union africaine (UA). Une confirmation chiffrée des engagements de l’aide promise par les Huit voici trois ans au sommet de Gleneagles en Écosse en 2005 semblait toujours aussi incertaine hier soir. Les grandes puissances avaient alors décidé de doubler leur aide annuelle à l’Afrique en 2010 par rapport à son niveau de 2004 en la portant de 25 milliards à 50 milliards de dollars. Plus grave, selon des enquêtes réalisées par l’ONU et l’UA : moins d’un quart des 25 milliards de dollars promis à Gleneagles a été effectivement versé. D’où l’exaspération à peine rentrée d’un représentant de l’UA avant l’ouverture des discussions pointant la mise en cause de la « crédibilité même des engagements internationaux ».
Du côté de la délégation française, on se livrait à une laborieuse mise au point en indiquant qu’en fait les deux parties (le G8 et les pays africains) n’auraient pas tenu leurs engagements. Et d’accuser des dirigeants africains qui n’auraient pas réalisé leur part, eux aussi, en ne faisant pas suffisamment pour « la bonne gouvernance » ou la lutte contre la corruption. D’où l’exacerbation de la discussion autour du Zimbabwe, brandi en quelque sorte par les Huit comme un bouc émissaire pour justifier ou occulter leurs propres carences en termes de soutien au développement. La controverse s’amplifiait hier du côté des ONG sur ce thème « des promesses non tenues des pays riches ». « 25 milliards de dollars sont de la roupie de sansonnet pour eux, alors que pour les pays africains c’est une question de vie ou de mort », a ainsi lancé Max Lawson, de l’organisation britannique Oxfam, dans une conférence de presse aux abords du sommet.
Seule l’urgence de la crise alimentaire a pu, elle, susciter quelques déclarations plus précises et concrètes. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, présent également à Toyako, a ainsi annoncé qu’il entendait proposer aux États membres de l’UE de créer un fonds doté d’un milliard d’euros pour soutenir le secteur agricole des pays du Sud. Ce fonds serait financé par les excédents budgétaires inutilisés de l’UE. Il serait consacré à améliorer « l’accès à la production agricole, y compris les engrais et la semence, sans doute par le biais de crédits », a précisé Barroso. D’après lui, le montant global de l’aide ainsi débloquée par l’UE pour faire face aux conséquences de la crise alimentaire atteindrait ainsi 1,8 milliard d’euros.
Bruno Odent pour L’Humanité du Mardi 8 Juillet 2007.
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