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TÉLÉ PUBLIQUE LA CASSE DU SIECLE

 

“Mon souhait, c’est que les groupes privés soient puissants”, vient d’expliquer Sarkozy.

 

Ses amis proches, Martin Bouygues, patron de TF1, Nicolas de Tavernost, patron de M6, Vincent Bolloré, patron entre autres de Direct 8, chaîne de la TNT, auront apprécié. Ce que l’on redoutait depuis le 8 janvier, date de l’annonce de la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, est donc advenu par la grâce du président. C’est tout bénéfice pour les chaînes privées.

 

“ Peut-on aimer le service public sans mépriser le privé ? ”, interroge encore Sarkozy. Peut-on à un tel point afficher son mépris du service public, condamné à l’obligation de résultat, avec dans la poche un portefeuille allégé ? Car, enfin, il y a quatre mois, la direction de France Télévisions chiffrait à 850 millions d’euros le manque à gagner avec la suppression de la publicité. 1,2 milliards si l’on ajoute le coût des programmes de remplacement du temps de publicité libéré.

La commission Copé aura minoré à 450 millions d’euros la perte annuelle pour le service public, sous l’effet d’un lobbying effréné des chaînes privées (TF1, M6, Canal Plus) qui étaient encore lundi chez la ministre de la Culture et de la Communication, qui estiment qu’elles ne toucheraient que 215 millions pour M6 et 250 millions pour Canal Plus. Elles minorent le bonus apporté par effet de vases communicants par la suppression de la publicité sur les chaînes publiques auquel s’ajoute le bénéfice de la deuxième coupure publicitaire. Le président du directoire de M6, qui ne cesse de pester contre le nombre de chaînes publiques et le trop plein de règles en France, affirme à qui veut l’entendre qu’au plus il gagnera 30 millions d’euros.

La plupart des analystes financiers évaluent à une somme comprise entre 96 et 130 millions d’euros le gain pour sa chaîne. À TF1 qui, c’est une constante, rafle déjà plus de 50 % de la publicité télévisée, quand bien même la chaîne est secouée par des audiences en baisse (au-dessous des 30 %). Le mouchoir est sorti depuis de longs mois. Et le moindre euro est guetté comme la pièce brillant sur un quai de gare. La perte de 26 % des ressources publicitaires de France Télévision depuis l’annonce du 8 janvier, due à la fuite anticipée des annonceurs, a même servi d’argument aux chaînes privées pour tenter de minorer encore la part à compenser. Comme les autres, TF1 a été entendue. Son gain devrait dépasser les 300 millions d’euros. 300 millions d’euros, c’est exactement la somme avancée par une étude de la CGT de France Télévisions pour estimer, sur la base du rapport Copé, le sous-financement du service public.

En asséchant à petit feu le service public apparaît crûment la volonté de le vider de son sens, de le laisser s’étioler tout en laissant croire qu’un audiovisuel public fort est nécessaire. Insolente hypocrisie quand les faits témoignent du contraire. Et comme si cela ne suffisait pas, comme si ses passages à la télévision étaient trop rares ou souffraient d’impertinence, après avoir satisfait ses amis du privé, Sarkozy entend qu’il revienne à l’exécutif, donc à lui, le loisir de désigner le président de France Télévisions. Le fait du prince, encore.

Et s’il est, pour l’heure, exclu de privatiser une chaîne publique, qu’en sera-t-il lorsqu’un Bolloré, un Lagardère – des amis – ou un Alain Minc, un autre ami proche, lui en soufflera l’idée?

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Tag(s) : #Médias
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