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PCF : Le Livre Blanc de la Défense et de la sécurité nationale

Intervention de Jean-Paul Lecoq

Député communiste et républicain
Département de la Seine-Maritime
Groupe de la Gauche Démocrate et Républicaine


26 juin 2008

Déclaration du gouvernement suivie d’un débat
Jeudi 26 juin 2008 - 2ème séance

L’intitulé de ce rapport est bien étonnant lorsque l’on se réfère aux effets belliqueux que son application va produire.

Le Gouvernement et le Chef de l’État donnent l’illusion d’un volontarisme politique, intègre et réformateur, qui cache mal les intérêts économiques et financiers qu’il sert et les régressions politiques qu’il engendre.

Derrière les arguments d’un nécessaire renouvellement matériel et d’une redéfinition stratégique de la Défense et de la sécurité nationale, se dissimule, en fait, une logique guerrière.

Il suffit pour s’en convaincre de se pencher sur la volonté présidentielle de faire participer la France au commandement militaire intégré de l’OTAN.

Il suffit également de se référer au discours du 17 juin du Président de la République, dans lequel il souhaite que la France soit : – je le cite – « capable de projeter 30 000 hommes, 70 avions de combats, 1 groupe aéronaval et 2 groupes maritimes » et qu’elle soit « capable d’entrer en premier sur un théâtre d’opération, d’y assumer la responsabilité d’être nation-cadre ».

N’est-ce pas là, l’affirmation d’une volonté de domination du monde par les armes ?

N’est-ce pas là, l’intention inavouée d’être à l’image de Georges Bush sur la scène internationale ?

Mais oui, c’est là que réside l’enjeu principal de ce rapport !

Et devant un tel acharnement à vouloir céder la France aux Etats-Unis, les députés communistes et républicains, à la lecture de ce rapport, s’indignent des choix faits pour y parvenir.

Avant tout, notons que le déni de démocratie devient une attitude habituelle de la part du Gouvernement :

La composition de la Commission du Livre Blanc témoigne d’un mépris de la volonté populaire.

Les partis politiques y étaient-ils présents en proportion de leur représentation pour y exprimer une volonté nationale ? NON !

Le Gouvernement n’a pas cru devoir y inviter des parlementaires communistes. Le pluralisme habituellement revendiqué aurait risqué, ici, de contrer une volonté présidentielle déjà bien arrêtée et que ce rapport ne fait qu’entériner.

Quant aux parlementaires socialistes qui se sont accommodés de cet état de fait, ils ont abandonné la Commission, percevant l’hypocrisie.

Ne restaient alors que les parlementaires des Groupes UMP. Quelle aubaine !

Dans ces conditions, quelle certitude avons-nous, alors, qu’il ne s’agit pas d’une commission fantoche qui répond, en apparence, aux besoins de transparence et de réflexion que requière l’établissement d’une nouvelle doctrine de défense et de sécurité pour la France ?

Les voix pacifistes ont-elles été entendues ? NON.

Parmi les auditions de représentants de la société civile, aucune n’a permis de saisir les arguments pourtant riches des associations et ONG de défense de la paix.

Quelle en est la raison ? Est-ce que le Gouvernement n’établit aucune relation entre la défense et la paix ? Est-ce que sa conception de la Défense est essentiellement offensive et guerrière ?

Je le crains et je le démontrerai tout à l’heure.

Les élus locaux ont-ils été consultés à propos des fermetures d’établissements militaires ? NON !

Ils ont été mis devant le fait accompli alors que leurs territoires vont en subir de graves conséquences :
- en matière d’emploi,
- en matière de développement économique,
- de services publics,
- de désertification géographique…

Certes, la politique de défense n’est pas une branche de la politique d’aménagement du territoire, comme aime le dire le président Sarkozy.

C’est vrai qu’on ne peut pas prendre cette seule considération pour décider de l’implantation des structures de défense.

On ne peut pas négliger pour autant le fait que leur disparition est préjudiciable à plusieurs titres et notamment en terme d’emplois. Et in fine, il s’agit de la vie de milliers de personnes.

Mais le Gouvernement a estimé accessoire ces conséquences humaines. Il n’a proposé aucun plan de reconversion ou de compensation pour ces territoires, ni aucune concertation préalable avec les acteurs locaux.

De même, les personnels militaires et civils de la Défense ont-ils été consultés, via leurs syndicats, pour la suppression de près de 54000 postes en 7 ans ? NON plus !

A l’image de ce qu’a été la réforme de la carte judiciaire, la réforme de la carte militaire fait fi des préoccupations des professionnels directement concernés.

Les Fédérations syndicales s’étaient pourtant unies pour adresser à Nicolas Sarkozy une lettre commune dans laquelle ils exprimaient leurs inquiétudes.

Si le haut de la hiérarchie militaire a été entendue sur des considérations d’ordre technique et de stratégiques, les personnels civils et militaires, eux, ont été négligés et leurs familles oubliées.

Les Fédérations syndicales avaient pourtant prévenu : « Les conséquences sociales et économiques pour l’emploi et les salariés du Ministère de la Défense, ceux des sociétés nationales que sont NEXTER, l’ancienne Direction des Constructions Navales et la Société Nationale des Poudres et Explosifs, ceux des entreprises sous-traitantes et les collectivités locales, seraient catastrophiques » !

Un groupe anonyme d’officiers supérieurs et de généraux –groupe dénommé SURCOUF- a même été jusqu’à fustiger les décisions présidentielles.

A présent, j’en arrive à dénoncer le contenu même de ce Livre Blanc ; et je ne vous cacherai pas que les causes de désaccords avec ce projet sont nombreuses.

Je les évoquerai rapidement pour pouvoir m’attarder davantage sur ce qui rend la doctrine de défense du Gouvernement inacceptable : c’est une doctrine militariste et atlantiste qui rejette la nécessité d’une politique mondiale solidaire ; d’une politique de paix, de coopération et de conciliation.

La guerre ne peut pas être considérée comme un moyen pour arriver à une fin. Ce n’est que l’ultime échec des rapports entre les peuples.

Le Livre blanc cède à la facilité de l’argument des économies budgétaires : en apparence du moins !

Car cet argument répond à la conception conflictuelle des rapports entre les peuples, sous-jacente dans ce rapport, et qui n’est pas la nôtre.

L’argument comptable est avancé, mais pas pour de bonnes raisons.

Certes, le budget dévolu à la Défense consacrera 377 milliards d’euros à son armée d’ici 2020, alors que tant d’autres priorités existent.

Mais si une réduction budgétaire doit être opérée, c’est par l’anticipation et l’aménagement dans le temps de dispositifs transitoires.

Je pense que l’on doit rattacher cette coupe sombre dans les effectifs de la défense à deux phénomènes très inquiétants.

Le premier est celui de la légalisation du mercenariat dont l’encadrement juridique ne leurre personne.

En légalisant les sociétés militaires privées :
- On fait de la guerre et de la mort un marché lucratif.
- On ouvre la brèche à une barbarie et une sauvagerie dans laquelle l’humanité ne pourra que s’engouffrer. Ceci est inacceptable après tant d’efforts consacrés à la pacification des relations internationales et à la protection des droits de l’Homme.
- On s’oriente vers une déresponsabilisation des États en contexte de guerre, alors que des décennies de luttes ont été nécessaires pour leur faire appliquer un régime de responsabilité et les sanctionner.
- On bafoue les instruments juridiques pacificateurs tels que la Charte des Nations Unies, le droit international de la guerre et les Conventions de Genève.

C’est le règne de l’arbitraire que l’on nous promet !

Pire encore, on s’attaque à l’un des pouvoirs régaliens de l’État. Le droit de disposer de la violence légitime. C’est très grave !

Or, en confiant cette aptitude à intervenir dans les conflits armés à des entreprises privées qui se substituent aux États, nous sapons les bases mêmes de la souveraineté du peuple et de la démocratie.

Cela laisse augurer que nos valeurs républicaines de respect des Hommes, de liberté et d’égalité seront bafouées.

Ce sont les lobbies industriels qui, désormais, imposeront un ordre mondial, avec le risque que la Nation française passe sous domination étrangère lorsque ces industries seront multinationales.

Bref, les États vont pouvoir, en toute impunité, confier la guerre au secteur privé dont les appétits financiers sont voraces, qui n’a que faire de la sécurité du peuple, pourvu que ça rapporte vite et beaucoup ! Je n’ose l’imaginer !

Comme je n’ose imaginer le nucléaire civil aujourd’hui confié à EDF qui passerait dans le giron des spéculateurs. Soustrait au contrôle de l’Etat, le danger serait bien réel.

Le second phénomène qui justifie la suppression massive des effectifs du Ministère de la Défense est donc bien également marchand.

Oui, il s’agit d’ouvrir davantage encore le marché juteux de la guerre aux monopoles financiers.

Tôt sera fait de démontrer que les entreprises nationales, dont les compétences des personnels ne sont plus à démontrer, sont inefficaces et qu’il faut ouvrir le marché à la concurrence internationale.

Mais personne ne prendra alors soin d’expliquer que leur inefficacité provient des suppressions de personnels et de choix douteux.

C’est ici la même politique libérale de casse des services publics qui s’opère, afin de faire croire à nos concitoyens, que les services publics sont inaptes à satisfaire les besoins de la population.

Est-ce un hasard si les plus grands industriels de l’armement terrestre se sont réunis à Villepinte la veille de la présentation du Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale ?

Est-ce un hasard si la commission du Livre Blanc a tant insisté sur l’accès aux ressources énergétiques ?

Rien n’est moins étonnant que la concordance entre certains intérêts économiques des pays occidentaux et l’effort militaire que l’on consacre à leur protection.

Je voudrais alors dénoncer ici la véritable philosophie du Livre Blanc. Elle se décompose en deux branches.
- Première branche : c’est une philosophie capitaliste appliquée au secteur de la guerre.

Elle vise à instrumentaliser les moyens de la Défense nationale, afin d’atteindre des objectifs marchands comme l’accès à des ressources énergétiques étrangères, l’ouverture de marchés nouveaux, notamment au Moyen-Orient, une fois les populations locales occupées et soumises à la loi du capitalisme.
- Deuxième branche : c’est une philosophie manichéenne qui se fonde sur un soi-disant conflit de civilisations.

Après que Georges Bush se soit livré à la bataille « du bien contre le mal », Nicolas Sarkozy et les pays européens se livreront, avec les Etats-Unis, à la bataille « des bons contre les mauvais ».

Entendons que les mauvais sont ceux qui contestent le bien fondé du capitalisme des pays occidentaux, ceux qui luttent pour une autre conception des rapports entre les hommes que celle axée sur la concurrence, la primauté du plus fort, la stigmatisation de l’Autre.

L’ennemi « nouveau » est inventé et même nommé : la Chine, la Russie ou encore du Moyen-Orient qui refusent de se soumettre à la logique et aux dictats des États Occidentaux.

Deux nouveaux blocs se dessinent et Nicolas Sarkozy fait choisir à la France un camp qui risque de la mettre en péril.

Cette grille de lecture du Livre blanc permet de comprendre ce qui se cache entre ses lignes :

Tout d’abord, l’étroite association qui est établie entre les notions de défense et de sécurité nationale doit nous interpeller.

Le nouveau concept de « sécurité globale » qui en émerge semble apporter aux questions de sécurité nationale des réponses purement militaires.

Les interventions militaires ne seraient plus réservées aux seuls risques de conflits armés. D’autres types de menaces les justifieraient.

Toute la question réside dans l’interprétation et la définition de ce qui constitue une menace pour la sécurité nationale et les intérêts vitaux de la France.

Souvenons-nous de la décision de Jacques Chirac de déclarer l’état d’urgence contre les insurrections en banlieue en décembre 2005.

Pour pousser au bout cette logique : A quand l’envoie de troupes armées contre les manifestants qui bloquent les réseaux routiers ?

Le Livre Blanc propose, en effet, que la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, assumera la charge de la « surveillance des mouvements subversifs violents ».

Selon l’interprétation donnée à cette expression, certaines manifestations, certains groupes politiques ou syndicaux pourraient être réprimés !

De même, lorsque le Gouvernement prétend coordonner les services de renseignement et les services de la Défense, ou quand il affirme lutter contre le cyberterrorisme, qu’est-ce qui garantit au citoyen le respect de sa vie privée, de sa liberté de conscience, de ses données personnelles... ?

C’est toute la difficulté que pose la notion de résilience contenue dans le Livre Blanc.

Les députés communistes et républicains ne cherchent pas à minimiser les risques pour la paix et la sécurité qui sont mentionnés dans ce rapport car ils existent.

Il cherche seulement à dénoncer la disproportion de l’importance qu’on leur accorde sciemment et la disproportion des réponses agressives qu’on leur apporte tout au long de ce Livre Blanc.

La conception de la défense qui y est développée est une conception archaïque, régressive et indigne des relations internationales dont le XXIe siècle devrait être porteur.

On peut regretter que nos deux derniers présidents de la République n’aient pas fait le choix d’œuvrer dans cette lignée.

Ils ont, au contraire, fait le choix d’une militarisation accrue. Le Président de la République met donc tout en œuvre pour orienter la défense française vers une action militaire fondée sur la démonstration de puissance, l’exacerbation des rapports de force et la projection de forces armées à l’extérieur du territoire.

Si Jacques Chirac a opportunément refusé d’engager les troupes françaises en Irak et de suivre ainsi les États-Unis, il a pourtant mis fin à la conscription.

En rompant brutalement le lien établi entre armée et nation, en professionnalisant l’armée, il a élargi la voie ouverte à une marchandisation de la guerre.

Il a ainsi renforcé la privatisation de la guerre amorcée par la privatisation de l’industrie de l’armement.

Nicolas Sarkozy et son Gouvernement poursuivent l’œuvre de régression.

Non seulement ils s’alignent sur la politique conservatrice américaine en approuvant une intervention de forces armées françaises en Afghanistan et en Irak, mais ils souhaitent, je le réaffirme, une réintégration de la France au sein de l’OTAN.

Le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN est l’assurance que les décisions liées à la Défense française échapperont à la souveraineté nationale :

L’indépendance militaire, stratégique et diplomatique de la France se verra alors anéantie par la volonté des États-Unis d’Amérique qui, nous le savons, ne renoncerons pas à leur politique d’agression.

Il est évident qu’au sein de l’OTAN la voix prépondérante des États-Unis contraindra la France à s’aligner sur les choix de ces derniers, comme les Britanniques s’alignent aujourd’hui sur la position américaine.

C’est ce que Charles de Gaulle avait compris en 1966, quand il décida de sortir la France de l’OTAN pour qu’elle soit indépendante sur le plan militaire, notamment en matière nucléaire. Il refusait, lui aussi, la domination de la France par les États-Unis.

Nous ne pouvons pas tolérer en France une politique atlantiste qui méprise les droits des peuples et qui engage autoritairement les peuples dans des conflits armés !

Par ailleurs, une politique atlantiste risque d’exposer encore davantage notre pays aux menaces internationales.

Dans cette même logique, la promotion d’une Europe de la défense fait perdre à la France son autonomie.

La France sera tenue de s’engager dans la voie choisie par l’Union européenne, sans disposer d’une liberté de retrait en cas de désaccord.

Or, il était tout à l’honneur de la France de pouvoir faire entendre, en Europe et dans le monde, une voix dissonante.

Ce fut notamment le cas lorsqu’elle s’opposa à l’intervention de troupes en Irak, contrairement à l’ensemble des États européens.

C’est donc une fois de plus à un alignement sur la politique nord-américaine que l’on nous soumet, puisque le Traité de Lisbonne voulait imposer le respect du cadre de l’OTAN ! Vous aurez sans doute remarqué que je conjugue le verbe vouloir « au passé » justifié par le vote des irlandais.

C’est donc une fois de plus au suivisme, et dans la pire des directions, que l’on nous invite !

Or, il est illusoire de croire qu’il est possible de créer un pilier européen de la Défense au sein de l’OTAN. C’est impossible !

M. Védrine lui-même l’a souligné : Selon lui, le poids de la France au sein de l’OTAN serait le même que celui des autres alliés : il serait nul !

Le Livre Blanc doit donc admettre qu’il renferme ici une contradiction : il présente l’intégration de la France dans l’OTAN comme l’assurance d’une plus grande influence de notre pays, alors que l’influence dont il peut se prévaloir aujourd’hui sera anéantie !

Par ailleurs, une Europe de la Défense nécessite au préalable la définition d’une politique étrangère commune. Or, celle-ci n’existe pas !

Comment ose-t-on alors engager les peuples européens dans la voie militaire, alors que la voie de la paix, par la diplomatie, n’a pas encore été véritablement abordée ?

Nous refusons radicalement le virage atlantiste proposé à la France par le Président de la République !

Nous ne pouvons pas accepter qu’une telle organisation de la Défense n’émane pas d’une décision politique prise de façon démocratique !

Si, en 2006, 86 % des Français estimaient « essentielle et souhaitable une politique européenne de défense », en 2008, 87% des Français estiment en effet que l’Europe « devrait faire intervenir ses forces de défense sans l’appui des États-Unis ».

L’exagération et la déformation de la menace terroriste exacerbent les peurs à l’égard d’un phénomène terroriste insaisissable.

C’est un moyen efficace pour parvenir à une fin mercantile avec l’assentiment d’une population manipulée.

C’est le moyen de réduire en toute légitimité les libertés publiques au motif d’une menace latente et incessante.

Le Chef de l’État, à cet effet, a d’ailleurs pris la peine de préciser que « l’incertitude est fille de la mondialisation » pour justifier a priori tous les coups qu’il portera aux libertés par anticipation.

Mais de qui se moque-t-on ?

Qui orchestre la course à la mondialisation, si ce n’est lui, ses amis du MEDEF et les spéculateurs financiers à travers le monde ?

C’est pourquoi, on peut se demander quel est cet ennemi contre qui déployer tant de moyens, dont l’arme nucléaire ?

La menace est-elle si grande que nous devions poursuivre notre effort d’armement à ce point, alors que notre région n’a jamais été aussi pacifiée ?

La place primordiale accordée à l’arme nucléaire inquiète également les élus du peuple que nous sommes.

Le Livre Blanc banalise le recours à cette arme en en faisant une arme préventive, notamment face au terrorisme.

Une telle conception ne peut qu’accélérer la course à l’arme nucléaire.

Elle ne peut également que renforcer le processus de miniaturisation et d’usage opérationnel de ce type d’arme dans un conflit classique.

Alors, les effets dévastateurs et irréversibles du nucléaire ne devraient-ils pas inciter notre Chef de l’État à la plus grande prudence ?

L’effet de dissuasion à l’égard du terrorisme est plus qu’incertain.

Le terrorisme international que nous connaissons aujourd’hui est insaisissable et agit par des moyens que nous ne pouvons pas anticiper.

Utiliser la menace du recours à cette arme contre des États qui soutiendraient le terrorisme international ne ferait qu’exposer aux dangers du nucléaire - et de façon injuste - leurs populations civiles.

Ceci ne conduirait pas pour autant les terroristes à renoncer. Ils n’auraient aucune difficulté à lancer des représailles contre les populations des États attaquants.

Lorsque M. Sarkozy émet la possibilité de procéder à « un avertissement nucléaire », il expose la France à des ripostes incontrôlables, car il attise les tensions.

L’arme nucléaire n’a donc rien de dissuasif.

Elle est au contraire la cause d’une escalade en armement et en antagonismes mondiaux.

Elle n’est pas, comme le président l’affirme l’ « assurance-vie de la nation ».

Elle en est même l’opposé, lorsque l’on songe que l’intégration de la France à l’OTAN donnerait en réalité, aux États-Unis d’Amérique, un pouvoir de maîtrise de l’arme nucléaire française, quoique s’en défende notre Président.

La volonté de domination de la planète est le fait de quelques États hégémoniques qui s’approprient les ressources naturelles en sacrifiant le développement des autres pays qu’ils pillent.

Ils organisent ainsi un ordre mondial fondé sur la libre concurrence et les lois du marché à leur seul profit.

Autant dire qu’ils accordent une importance secondaire à la protection des droits de l’homme et à la question environnementale.

Il est évident que ce sont avant tout les intérêts économiques des grandes industries françaises que cette nouvelle orientation de la défense et de la sécurité nationale cherche à protéger, par opposition aux intérêts des autres États.

Il s’agit alors de monter des stratégies militaires et des opérations extérieures dans les territoires sur lesquels le Gouvernement estime avoir des intérêts à défendre.

Et cela sans même que ces opérations ne soient justifiées par une quelconque agression.

C’est donc une conception « offensive » et « non défensive » qui est retenue par le Gouvernement. Une conception agressive qui fait de certains État étrangers des cibles permanentes.

La guerre préventive, chère à notre Président de la République, répond donc bien en effet à cette logique.

Bien sûr, le discours officiel ne manquera pas de trouver des raisons appropriées pour justifier une intervention militaire à l’étranger.

Les dirigeants des Etats-Unis avaient ainsi su tromper une partie du monde, en prétextant que leur intervention en Irak était destinée à libérer les Irakiens du joug de son dictateur et rechercher « soi-disant » des armes de destruction massive.

Mais nous n’avons pas été dupes ! Et nous avons dénoncé l’atteinte au droit international, au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et au droit d’ingérence que constituait cette intervention de troupes étrangères en Irak.

De même, le respect des Droits de l’Homme sert de prétexte à des interventions militaires, alors que nous ne sommes pas capables ici de les respecter.

En témoignent le résultat des choix du Gouvernement :
- quand les salariés et les familles souffrent d’un pouvoir d’achat trop faible pour vivre décemment ;
- quand se soigner devient un luxe,
- quand l’éducation n’est plus une priorité nationale,
- quand les sans-papiers sont maltraités,
- quand la mort d’une personne au sein d’un centre de rétention est banalisée
- quand les conditions d’incarcération dans les prisons deviennent inhumaines
- Et la liste serait encore longue, hélas !

Nous refusons donc cette nouvelle conception de la défense et de la sécurité nationale et nous proposons, au contraire, d’établir les bases d’une paix mondiale inaltérable.

Pour cela, l’emploi de la force, doit plus que jamais demeurer du ressort du Parlement.

Plus encore ! Davantage de pouvoirs doivent être donnés aux représentants du peuple pour qu’ils participent activement aux choix gouvernementaux en matière de défense et qu’ils contrôlent l’activité de ce dernier en la matière.

A cette fin, on doit exiger que le Chef de L’État et le Gouvernement reçoivent systématiquement des autorisations du Parlement en matière de défense et de sécurité.

Nous devons alors refuser qu’en contrepartie soient accrus les pouvoirs présidentiels en matière de Défense et de sécurité intérieure.

Et ce n’est certainement pas la création d’un Conseil de défense et de sécurité nationale et d’un conseil consultatif sur la sécurité nationale auprès du Président de la République, tous deux composés de personnalités, qu’il aura nommées, qui vont nous rassurer.

La souveraineté et la démocratie doivent rester le fondement de la Défense et de la sécurité intérieure. C’est au peuple que doit revenir la maîtrise de son territoire et de sa destinée.

On ne doit plus tolérer l’irrespect flagrant du droit international par nos gouvernements.

Nous devons être intransigeants sur le respect par nos pays des accords qui les lient et des valeurs qu’ils renferment. Le double contrôle citoyen et parlementaire doit ici être permanent.

La France doit instaurer un service citoyen car le domaine de la Défense ne doit pas échapper aux citoyens.

Bien au contraire, ce sont eux qui donnent vie à la Nation et qui doivent prendre les décisions qui sont déterminantes pour eux.

Et il est essentiel de revenir à une gestion publique des industries de l’armement pour garantir une autonomie de la défense et de la politique étrangère de la France.

Les armes ne sont pas des marchandises comme les autres.

Enfin et surtout, la paix internationale ne peut être garantie que si l’on donne à chaque peuple le pouvoir de s’autodéterminer et les moyens de son développement, dans le respect des données culturelles locales.

Nous devons être porteurs d’une politique mondiale solidaire :
- qui ne profite pas des faiblesses des uns,
- qui n’attise pas les rivalités locales pour en tirer un profit égoïste,
- qui ne se nourrit pas de la pauvreté pour enrichir encore davantage les plus riches.

C’est donc en réglant les dysfonctionnements profonds de ce monde que nous parviendront à une situation de paix.

L’enjeu majeur est le règlement de la question de la pauvreté, de la faim, de l’exploitation nationale des ressources naturelles aujourd’hui pillée par les États occidentaux.

L’enjeu majeur est celui d’une application effective des Droits de l’Homme pour que les humiliations, les asservissements, les frustrations des hommes ne dégénèrent pas en actions désespérées de type terroriste.

Il faut alors ouvrir un véritable débat public sur la politique de défense. Ce n’est pas qu’une question d’experts ou de renouvellement de matériel.

Je demande l’ouverture d’États généraux de la Défense. Un moratoire est nécessaire.

Le Gouvernement doit prendre le temps de poser le débat et d’approfondir la réflexion nationale. Des interrogations subsistent.

Mais les décisions les plus appropriées, les plus démocratiques et les plus respectueuses du droit international ne peuvent pas être prises dans la précipitation.

La politique d’usure parlementaire qu’il mène actuellement avec un rythme de réformes effrénées ne peut pas être sans conséquence sur le bon fonctionnement de nos institutions et l’avenir de notre nation.

La primauté donnée exclusivement à la sécurité nationale constitue un repli nationaliste.

Dans un contexte où la mondialisation accroît la misère d’une majorité de gens sur la planète et où l’Europe se construit contre les peuples, cela devrait nous conduire à plus de solidarités, de coopérations, d’amitié entre les peuples, des valeurs que les députés communistes et républicains sont fiers de porter.

C’est un principe de paix qu’il faut poser et non une stratégie armée qu’il faut développer.

De ce fait, Mesdames et Messieurs les ministres, avec le Président de la République, renoncez à cette logique guerrière et engagez-vous à promouvoir le désarmement multilatéral.

Pour conclure, je souhaite réaffirmer haut et fort notre conception de la paix.

Sachez que cette conception est aux antipodes de celle prônée par le Président Sarkozy.

La paix n’est pas l’absence temporaire de guerre.

Ce n’est pas un état apaisé des relations.

C’est un état permanent de respect des peuples et de leurs différences, de coopération et d’interdépendances assumées.

Et permettez-moi de conclure avec Jean Jaurès quand il expose sa conception de la paix :

« L’affirmation de la paix est le plus grand des combats ».

Cette citation est toujours d’actualité et nous la faisons nôtre.

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Tag(s) : #Politique
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