vendredi 13 juin 2008 / "le Patriote"
Yves Dessaux, Directeur de Recherche au CNRS, résume la situation à sa manière : « Depuis 2004, la recherche publique en France traverse une crise extrêmement grave. Cette crise possède des origines multiples, tels le non renouvellement, voire la suppression de postes techniques et scientifiques et la diminution des crédits attribués à la recherche publique, même si celle-ci est masquée par une importante entreprise de communication (certains diront de désinformation) gouvernementale. » Cette simple phrase montre bien dans quel désarroi se trouve actuellement la recherche, ne sachant pas vraiment à quelle sauce elle va être mangée, et encore moins quand. Pourtant, elle ne compte pas s’arrêter de lutter pour ne pas sombrer.
La volonté du président, Nicolas Sarkozy, de « mettre un terme à cette bizarrerie qui consiste à ce que nos meilleurs chercheurs, les plus jeunes, soient débauchés par les autres parce qu’ils sont payés trois fois plus cher ailleurs. Et ce système invraisemblable, où un vieux statut mité fait que nos meilleurs chercheurs sont trop vieux pour chercher chez nous et assez jeunes pour être rémunérés à prix d’or chez les autres, si on pense qu’il n’y a rien à faire, c’est qu’on n’a pas la même vision de la recherche française. » Pas la même vision de la recherche : c’est certain. Et si le 28 janvier, le président n’hésitait pas à affirmer que les politiques scientifiques devaient relever du gouvernement, les chercheurs ne l’entendent certainement pas de cette oreille : « Nous ne sommes pas contre les contrôles, ni contre l’évaluation, mais les laboratoires doivent conserver une marge de manœuvre pour se lancer sur un projet en temps voulu. Désormais, il va falloir soumettre nos idées à une instance nationale, attendre éventuellement qu’il y ait un appel à projet, ce qui peut prendre un an et demi » dixit Bertrand Monthubert, président du collectif Sauvons la recherche.
L’éternel besoin de réformer du gouvernement (et toujours à contre courant de ce que pense les principaux intéressés) est à la limite du tragique : « C’est sûr que, quand on reste immobile, il ne se passe rien. Mais il faut réformer. » fanfaronne la Ministre de la Recherche, Valérie Pécresse, dans une sorte de litanie.
Pour le collectif Indépendance des chercheurs, « il devient de plus en plus difficile de nier que la recherche française est gravement atteinte par la logique de la précarisation et des délocalisations », ce qui fait titrer Marianne2 : « Quand les jeunes chercheurs passent leur temps à chercher… des CDD mal payés », et d’expliquer que « Les réformes Pécresse n’arrangent rien à ce qui pourrait bien finir en crise de vocation. » Car avouons le, le transfert de la recherche publique française vers le secteur privé ne peut qu’amener une marchandisation de la recherche, menée par le profit et non plus l’intérêt public. Déjà que le monde du travail était difficile d’accès dans ce secteur, voilà qu’avec ces changements il en deviendrait clairement bloqué.
Pourtant, on peut dire que les propositions alternatives ne manquent pas, comme cette pétition « Appel pour une autre réforme du service public d’enseignement supérieur et de recherche » qui tourne sur internet et qui a déjà recueilli près de 30 000 signatures ! Les idées ? En vrac, une véritable autonomie scientifique et pédagogique par rapport au politique pour les acteurs de la recherche et de l’enseignement, un renforcement du partenariat entre universités et organismes de recherche, l’octroi aux universités d’un financement par étudiant équivalent à celui des classes préparatoires, des BTS et des écoles professionnelles, un plan pluriannuel de création d’emplois (chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs, techniciens, administratifs) afin de pouvoir renforcer l’encadrement pédagogique en premier cycle, sans recourir à des heures supplémentaires etc. Alors sauver la recherche oui, mais pas de n’importe quelle manière ! Prenons le temps de la concertation, de l’échange d’idée et écoutons les principaux concernés. Ne réformons pas pour réformer…
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