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International - Article paru le 13 juin 2008 dans l'Humanité

Méditerranée : le projet Sarkozy a du mal à prendre le large

Euroméditerranée . À quelques semaines du sommet de lancement de l’Union pour la Méditerranée, plusieurs pays de la rive sud ne font plus mystère de leurs réticences.

Le projet d’Union pour la Méditerranée (UPM) est-il mal parti ? À un mois du sommet qui doit lancer officiellement l’UPM, le moins qu’on puisse dire est qu’il règne un climat d’incertitude sur ce sujet. L’Élysée, qui compte en faire un évènement marquant, allant jusqu’à inviter les dirigeants des pays du Sud, dont le Syrien Bachar Al Assad, aux cérémonies du 14-Juillet, a pris très au sérieux le rejet de l’UPM par le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et craint que d’autres États ne suivent son exemple.

Échaudés par l’échec du processus de Barcelone lancé en novembre 1995, les pays du Sud l’ont été de nouveau quand la Commission européenne a retoqué le projet d’UPM de l’Élysée, pourtant très en deçà des véritables enjeux. En effet, l’Union méditerranéenne, telle que conçue initialement par l’Élysée, ne devait inclure côté européen que les pays de l’Europe du Sud. L’Élysée voyait grand. Il n’était nullement question que ce projet se borne à redynamiser le processus de Barcelone mais de bâtir un espace sociopolitique autour de projets concrets et viables, en mesure de structurer un partenariat semblable à ce qui existe en Asie, assurait le président français dans une intervention devant des étudiants tunisiens, lors de sa visite dans ce pays. C’est la raison pour laquelle le projet initial de Sarkozy, du moins tel qu’il était esquissé dans ses grandes lignes, avait séduit notamment les pays du Maghreb et l’Égypte, et bénéficié de leurs appuis.

Les pays du Sud, du moins certains, n’ont pas bien accepté que ce soit la Commission européenne qui ait le dernier mot. Qui plus est, certains à l’instar de l’Algérie, ne semblent pas pressés d’y adhérer. « La Suisse n’est toujours pas membre de l’Union européenne et la Grande-Bretagne n’a toujours pas signé les accords de Schengen et n’a pas adhéré à la zone euro. Pourtant, ces deux pays sont bien européens. L’Algérie est un pays méditerranéen, mais il a le droit de prendre son temps avant de faire pleinement partie de l’UPM », a estimé sous le couvert de l’anonymat une source proche du gouvernement algérien, citée par le journal en ligne Tout sur l’Algérie. Et, surtout, la perspective d’un accord pour un partenariat renforcé entre l’UE, pratiquement en lui accordant un statut équivalent à un État membre, a irrité plus d’un État du Sud, même parmi les plus modérés.

Tout compte fait, l’absence de la Libye et, probablement de l’Algérie qui, en raison de leurs ressources énergétiques, ne sont pas en position de demandeurs en matière d’aide financière comme le sont l’Égypte ou le Maroc, risque de porter un sérieux coup au projet d’UPM. L’Élysée en est conscient. Aussi s’efforce-t-il de lever le minimum d’obstacles afin que tous les dirigeants du Sud soient présents à Paris le 13 juillet. Ainsi, le fait qu’en raison de la gravité de la crise politique qui agite le gouvernement d’Ehoud Olmert va, selon toute vraisemblance, se traduire par un report de la visite que doit effectuer Nicolas Sarkozy en Israël le 22 juin prochain, tombe peut-être à point nommé. Une visite en Israël à moins de trois semaines de la tenue du sommet de l’UPM, alors que toute perspective de paix est bloquée et que la colonisation de la Cisjordanie se poursuit, s’ajoutant aux tractations entre Tel-Aviv et Bruxelles, aurait été mal ressentie par certains pays arabes. En bref, l’Élysée a quelques soucis à se faire.

Hassane Zerrouky

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Tag(s) : #Politique
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