Bush, go home !
Un fauteur de guerre à Paris

France/États-Unis . George W. Bush accueilli à bras ouverts par Nicolas Sarkozy, pour travailler à un resserrement sans précédent des liens transatlantiques.
Suite de la tournée européenne d’adieux d’un président en fin
de règne : George W. Bush arrive aujourd’hui à Paris pour une visite d’État de deux jours. Après Ljubjana où il a participé au sommet Europe-États-Unis, le président des États-Unis a fait escale à Berlin puis à Rome. À chaque fois, lui qui enregistre un taux d’impopularité record au sein de l’opinion publique états-unienne aura pu vérifier combien les Européens n’étaient pas en reste : rassemblement anti-Bush et anti-guerre en Afghanistan et en Irak à Berlin, forte manifestation dans les rues de Rome. Et un immense « comité d’accueil » est prévu dans la capitale française. Il devrait déboucher sur une grande manif ce soir place de la République.
Une visite pour redorer son blason
On s’en doute : le locataire de la Maison-Blanche n’est pas venu simplement par courtoisie rencontrer une dernière fois ses plus fidèles alliés sur le Vieux Continent, dont le président français Nicolas Sarkozy qui se détache incontestablement du lot. Affaibli sur la scène intérieure par le fiasco de la guerre en Irak et les premières conséquences sociales particulièrement brutales du ralentissement, voire de la récession, dans laquelle est sur le point de sombrer l’économie de son pays et à la veille de l’échéance de l’élection présidentielle de novembre qui s’annonce plutôt difficile pour celui qu’il voudrait voir lui succéder à la Maison-Blanche, le candidat républicain, John MacCain, il a besoin de redorer vaille que vaille son blason.
George W. Bush est donc venu avec l’objectif de montrer qu’il parvient bel et bien à conforter le lien transatlantique, qu’il s’agisse de défense ou d’économie. Lors de la réunion Europe-États-Unis en Slovénie, il a réussi à obtenir la formation d’une sorte de front uni avec ses homologues européens pour accroître encore la pression sur l’Iran, menaçant ce pays de nouvelles sanctions s’il ne renonçait pas à son programme nucléaire. Et il a retrouvé à Berlin le ton va-t-en-guerre qui était le sien à la veille de la funeste invasion de l’Irak pour affirmer que « toutes les options étaient ouvertes » pour faire céder Téhéran. Entendez, y compris celle de frappes militaires. Il n’a pas hésité à remettre ainsi au goût du jour la vraie « fausse méprise » des armes de destructions massives prétendument détenues jadis par le régime de Saddam Hussein. Sachant que le seul contrôle crédible de la prolifération nucléaire appartient aujourd’hui comme hier aux inspecteurs de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA), qui, aux dernières nouvelles, ne sont toujours pas interdits de territoire en Iran.
Significativement très en phase avec Washington sur le dossier iranien, Paris est aussi devenu l’un des principaux promoteurs de la formation d’un axe militaire occidental dont l’alliance Atlantique serait le bras armé. Au sommet de l’OTAN en avril dernier, Nicolas Sarkozy a fait feu de tout bois en faveur de cette intégration euro-atlantique tant souhaité par l’équipe Bush en rompant avec des dizaines d’années de diplomatie d’inspiration gaullienne pour annoncer le retour - probablement l’an prochain — de la France au sein du commandement intégré de l’OTAN.
Sur le plan économique, la zone de libre-échange transatlantique que la chancelière allemande appelle de ses voeux ne peut aussi que combler les attentes de George W. Bush. La majorité des députés européens avait déjà adopté l’an dernier une sorte de feuille de route vers ce grand marché de part et d’autre de l’océan. De quoi accélérer encore la fuite en avant dans une mondialisation dominée par les normes des marchés financiers dont on mesure pourtant aujourd’hui les terribles avatars.
à la recherche d’une aide à sa politique
Ces orientations en matière d’économie ou de défense ne doivent rien au hasard puisqu’elles figurent explicitement dans les textes européens, en particulier dans le traité de Lisbonne. On mesure les dangers que recélerait l’avènement d’un tel bloc, jusqu’à cette « Union occidentale », souhaitée explicitement par l’ex-premier ministre français Édouard Balladur (lire page 3). Ce choix-là ne ferait qu’exacerber le risque de conflit de civilisations qui sous-tend la terrible démarche stratégique des néoconservateurs états-uniens, qui semblaient pourtant si discrédités. En l’élargissant, les États-Unis ne s’octroieraient plus seuls - s’il le faut envers et contre le monde - une mission civilisatrice planétaire. Mais ils pourraient le faire avec l’ensemble de leurs féaux occidentaux. Il faut décidément que le comité d’accueil de George W. Bush soit à la hauteur de ces immenses périls.
Bruno Odent
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