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Politique - Article paru le 11 juin 2008 dans l'Humanité

Une rue Bastien-Thiry à Aix-en-Provence ?

Révisionnisme . Maryse Joissains, maire (UMP) d’Aix-en-Provence, parle sérieusement de dédier une rue à l’organisateur de l’attentat du Petit-Clamart.

Une rue Bastien-Thiry à Aix-en-Provence ? Ce n’est là ni une plaisanterie ni un simple fantasme d’ultras de l’Algérie française, mais le projet sur lequel planche la députée maire

UMP d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains. « Personnellement, je n’ai rien contre, a déclaré celle-ci à l’Express le 21 mai dernier. Après tout, on ne peut pas lui reprocher de mauvaises actions. Il a simplement agi selon ses convictions. On ne peut pas dire qu’il a été indigne dans son comportement. » Chef du commando de l’OAS qui mitrailla la DS présidentielle où avait pris place le général de Gaulle le 22 août 1962, au Petit-Clamart, ce polytechnicien, catholique traditionaliste, condamné à mort par une cour militaire et fusillé le 11 mars 1963, est exalté comme un « héros » par les cercles d’extrême droite et de nostalgiques de l’Algérie française. C’est aujourd’hui une élue UMP, impliquée dans le combat pour le rétablissement de la peine de mort pour les auteurs d’actes terroristes, qui se dit prête à honorer sa mémoire. Elle justifie ce sinistre projet en ces termes : « Il a (…) été exécuté par le pouvoir, comme le duc d’Enghien l’avait été par Bonaparte. C’est pourquoi je fais instruire le dossier, dont m’ont saisie les anciens combattants (sic). Personnellement, je ne connais pas assez son histoire : j’étais jeune, à l’époque. Alors je dis : pourquoi pas ? Je n’ai pas d’opposition de principe. D’autant qu’il y a beaucoup de pieds-noirs à Aix. »

Alors que le projet est à l’étude depuis deux ans, Maryse Joissains s’est bien gardée d’en faire un étendard lors de la dernière campagne des municipales, consciente, sans doute, des possibles conséquences d’une telle provocation. Ce qui ne l’empêche pas aujourd’hui de prétendre faire de la figure de Jean-Marie Bastien-Thiry l’objet d’un « consensus », selon ses termes.

Consensus. Un tel cynisme glace le sang des opposants à la réhabilitation de l’OAS. « J’ai été soufflée d’apprendre que madame Joissains avait l’intention de dédier une rue à Bastien-Thiry. Le simple fait d’évoquer un tel projet est absolument scandaleux », s’indigne Anne Torunczyk, de la section aixoise de la LDH. « S’il devait faire l’objet d’une délibération du conseil municipal, nous nous éléverions avec la plus grande véhémence contre ce projet, prévient Alexandre Metvedowsky, chef de file de la gauche aux municipales, et conseiller général (PS). Cet homme qui a porté atteinte aux institutions de la République ne mérite aucun honneur. » Militant écologiste, ancien conseiller municipal, Cyril Di Méo estime que ces déclarations sont motivées par la volonté « d’occuper le terrain de l’extrême droite ». « Tout, dans la posture populiste de Maryse Joissains, trahit cette volonté de séduire l’électorat du FN », analyse-t-il.

Chez les gaullistes historiques, on digère mal l’idée d’un hommage public à un homme qui n’a rien du « résistant » dépeint par ses apologistes. « Le commando dirigé par Bastien-Thiry a mis en danger la vie du chef de l’État, mais aussi celles des personnes innocentes, non concernées par l’affaire algérienne, qui ont essuyé le feu des fusils mitrailleurs », rappelle le général Kessler, directeur général de la Fondation Charles-de-Gaulle. Pour lui, « le député maire qui envisage une telle initiative manque, au minimum, de jugement et de connaissance historique ».

La dérive idéologique à laquelle l’UMP est en proie n’est sans doute pas étrangère à ce manque de discernement. Le 24 mai dernier, si l’on en croit le Canard enchaîné, c’est le président de la République lui-même qui, fustigeant ses prédécesseurs, s’en prenait au général de Gaulle dans des termes peu amènes. « Moi, je ne fais pas du de Gaulle, je ne suis pas sur son registre, aurait lancé Nicolas Sarkozy aux députés UMP. De Gaulle a dit : "Je vous ai compris", et il a trahi l’Algérie française. Moi, je fais ce que j’ai dit, je fais ce que j’ai promis. » (1). Une déclaration qui colle parfaitement aux oeillades que la droite lance, au plus haut niveau, aux nostalgiques de l’Algérie française. Et qui autorise toutes les falsifications.

(1) Le Canard enchaîné du 28 mai.

Rosa Moussaoui

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Tag(s) : #Politique
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