L’Humanité des débats
Des lectures de la Terreur qui s’efforcent de sortir des schémas datés
Les politiques de la Terreur, 1793-1794, sous la direction de Michel Biard. PUR, Société des études robespierristes, 2008, 484 pages, 23 euros.
Les actes de ce colloque international tenu à l’université de Rouen en janvier 2007 témoignent du profond renouvellement opéré par les chercheurs dans leur façon de penser cette période de la Révolution française. À la fin des années 1960, François Furet et Denis Richet pouvaient évoquer les années 1793-1794 comme « le temps de la détresse » et, anticipant sur la Terreur, parler de l’échec de la monarchie constitutionnelle et de la perspective réformiste, comme d’un « dérapage » de la Révolution. Dans les années 1980, une façon de penser la violence révolutionnaire comme entreprise de type génocidaire - notamment à propos des guerres de Vendée - a alimenté l’idée que la Révolution française, et singulièrement son épisode terroriste, pouvait faire figure d’expérience matricielle pour les totalitarismes du XXe siècle. Plus récemment encore, Patrice Gueniffey a proposé d’étudier « la » politique de la Terreur comme une violence consubstantielle à la Révolution.
En mettant aujourd’hui au pluriel « les » politiques de la Terreur, les concepteurs de l’ouvrage ont voulu souligner la nécessité de sortir des schémas datés : il ne s’agit plus de rapporter la période à un concept, ni d’assimiler une théorie de la terreur à la Terreur elle-même, et encore moins de se contenter d’expliquer ces quelques mois de l’histoire révolutionnaire par une théorie des circonstances, bien pratique mais peu à même d’expliquer toutes les réalités du phénomène.
L’enjeu de la trentaine de communications rassemblées dans ce volume consiste donc à sortir d’une bipolarisation du champ historiographique, entre les partisans des « circonstances » et ceux qui associent terreur, violence et révolution dans un même ensemble, pour valoriser une approche nouvelle propre à rendre compte de la diversité des expériences sociales, politiques, économiques et culturelles qui furent élaborées dans ce cadre. En effet, les politiques de la Terreur ne peuvent être réduites à la simple mise en oeuvre par le gouvernement révolutionnaire d’outils répressifs dans le but d’éliminer les adversaires de la Révolution. Elles furent aussi de formidables leviers sur lesquels s’appuya la Convention nationale pour tenter de soulager la misère et la faim et répondre aux revendications populaires qui exigeaient l’extension et l’application concrète des droits sociaux. En refusant de lire la Terreur au seul prisme de la violence et de ses mécanismes, le colloque de Rouen constitue un jalon important dans la compréhension par les historiens de la réalité multiforme qui caractérisa cette période complexe.
Julien Louvrier
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