Documents humanite.fr 4-06-2008
Le PCF alerte le CSA
A Michel Boyon Président du CSA
Monsieur le Président,
L’univers des médias et tout particulièrement celui de l’audiovisuel a connu ces dernières années des bouleversements majeurs : multiplication des canaux de diffusion, irruption et massification des nouvelles technologies de communication, évolution des usages (nomadisme, vod, etc..).
Ces bouleversements ont été porteur d’avenir et de possibilités nouvelles mais ils ont aussi fragilisé un secteur d’activité déjà rendu plus vulnérable par l’aggravation des logiques de concentration capitalistique et de financiarisation de leurs critères de gestion. La course aux recettes publicitaires, a eu tendance à unifier les programmations et la conception d’une information et d’un divertissement fondé sur la recherche d’audience sans empêcher une répartition inégale de ces recettes.
Entre révolutions technologiques, attentes des citoyen(ne)s et stratégie des groupes de communication, l’avenir reste incertain dans un secteur considérés de plus en plus comme une activité commerciale comme les autres, alors qu’il se trouve naturellement au coeur de la vie culturelle et démocratique de la Nation.
Depuis quelques mois, la confusion se trouve accélérée par de nouvelles pratiques politiques et en particulier l’omniprésence du chef de l’état dans la communication journalière. Mais elle voit apparaître également le retour à des pressions politiques inadmissibles à l’égard des journalistes comme en atteste la protestation justifiée des personnels de l’A F P.
Votre mission de garant d’une certaine éthique en matière d’information s’en trouve compliquée en particulier dans votre mission de garantir le pluralisme de l’information.
Les multiples interventions du chef de l’état viennent déséquilibrer les proportions habituelles de temps de parole entre la majorité et l’opposition. C’est ce qui a conduit certaine formation politique à proposer que le temps de parole du président soit décompté différemment. Mais dans le même temps, ce déséquilibre conduit les différentes rédactions a donner du temps de parole supplémentaire à la principale formation de l’opposition.
Ainsi le déséquilibre dans l’information s’aggrave-t-il dans le rapport gauche/droite mais aussi de façon caricaturale à l’intérieur de la gauche. Les derniers chiffres que vous avez publiés sur les temps d’intervention font apparaître une véritable disparition du courant d’opinion que le parti communiste représente pour prendre un exemple qui nous concerne mais qui concerne le respect de la démocratie s’agissant d’un parti dont la presse dans son ensemble a salué le résultat lors des dernières élections cantonales et municipales, en notant qu’ils le positionnaient à la troisième place dans notre pays.
La bipolarisation de la vie politique française, que certains appellent de leur voeux se trouve ainsi confirmée voire anticiper par des pratiques éditoriales qu’il vous revient de qualifier et de corriger. Il en va du respect du pluralisme politique avant même le pluralisme de l’information et heureusement, de nombreux journalistes commencent à s’en émouvoir..
Il va sans dire que notre conception du pluralisme ne se résume pas, comme nous vous l’avons déjà signifié, au seul décompte des temps de parole des partis politiques, mais malheureusement l’absence de pluralisme dans le choix des éditorialistes, ou l’absence répétée de « paroles » citoyennes et syndicales à hauteur de leur place dans la société ne fait que confirmer et aggraver « l’excommunication » dont notre peuple est victime.
Cette situation me semble être symptomatique d’un malaise plus profond, touchant directement à l’honnêteté de l’information.
Qu’il s’agisse des lourdes incertitudes financières qui pèsent sur l’avenir du service public audiovisuel et des rédactions régionales, ou des pressions exercées sur l’Agence France Presse, tout indique que la situation actuelle ne peut perdurer. Les pressions, ou les restructurations contre nature porte atteinte au travail mené par les journalistes, et mettent en danger l’information et l’impartialité de son traitement.
Je me félicite du rendez vous que vous m’avez accordé pour mardi prochain, mais je tenais par la présente à vous indiquer quelques aspects de notre réflexion et qui seront, je l’espère, au coeur de notre échange.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments respectueux.
Marie-George Buffet, Secrétaire nationale du PCF
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