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International - Article paru le 3 juin 2008 dans l'Humanité

Le spectre de la faim hante le sommet de la FAO

Crise alimentaire . Gouvernements et organisations internationales sont réunis à Rome jusqu’au 5 juin pour avancer des réponses aux menaces croissantes pesant sur une partie de l’humanité.

Rome, envoyée spéciale.

Jamais l’agriculture n’aura autant déplacé les foules… de chefs d’État ! Le sommet mondial sur la sécurité alimentaire qui s’ouvre aujourd’hui à Rome au siège de l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) attend les visites d’une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement parmi lesquels Nicolas Sarkozy, le président brésilien Lula Da Silva, l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad ou l’Argentine Cristina Kirchner.

Crainte de déstabilisation de la planète

Une telle mobilisation est rarissime, mais les émeutes de la faim qui ont éclaté en début d’année en Afrique, à Haïti et en Asie inquiètent les décideurs mondiaux qui craignent une déstabilisation politique et économique de la planète. En quelques mois, la flambée des prix des matières premières, attisée par de mauvaises récoltes dues aux aléas climatiques, la croissance des agrocarburants et la spéculation financière ont mis en danger des millions de personnes à travers le monde alors que 850 millions souffrent déjà de la faim. Le sommet prévu depuis plusieurs mois par la FAO s’est donc transformé officiellement en « une conférence de haut niveau sur la sécurité alimentaire mondiale face aux défis du changement climatique et des bioénergies ».

Les 192 États membres de la FAO ont trois jours pour s’accorder sur les réponses à apporter à la crise. La FAO a déjà lancé un programme d’appui à l’agriculture dans les pays en développement, pour lequel elle a besoin de 1,7 milliard de dollars. « Les délégués qui viennent au sommet savent tous ce qui s’est passé et ce qu’il faut faire, à savoir investir à nouveau dans l’agriculture. Les divisions apparaissent sur la manière de s’y prendre », avance Abdolreza Abbassian, économiste à la FAO.

Un mois avant la conférence, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon s’est emparé du sujet et a constitué une commission extraordinaire réunissant les responsables de toutes les agences de l’ONU, mais aussi les institutions de Bretton Woods (Fonds monétaire international, Banque mondiale et Organisation mondiale du commerce). Ce sont leurs recommandations qui doivent être soumises à Rome. Évoqueront-elles un moratoire sur les agrocarburants, l’interdiction de la spéculation sur les produits alimentaires, la suppression des plans d’ajustement structurel ? À l’ouverture du sommet, on se faisait peu d’illusion au vu des pressions exercées par les gouvernements, par certaines institutions internationales et par les multinationales pour empêcher toute entrave à la libéralisation.

Le forum de la société civile se tient en parallèle

Au sein du forum de la société civile qui se tient en parallèle, on s’inquiète plutôt de ce que cette crise soit l’occasion d’aller plus loin encore vers l’ouverture des marchés. « Nous voulons rappeler aux décideurs que les mêmes procédés produiront les mêmes résultats. Ni la libéralisation, ni une nouvelle révolution verte africaine ne serviront à régler cette crise puisqu’elles sont une partie du problème », explique Ndougou Fall, président du ROPPA, un réseau d’organisations paysannes représentant plus de 40 millions de petits producteurs d’Afrique de l’Ouest. Il prévient : « Rome ne doit pas être le lieu où sera ressuscitée une OMC en crise, où seront déterrés les accords de partenariat économique, ni celui où donner une nouvelle vie à la Banque mondiale. »

On s’attend à un défilé à la tribune de la FAO, pendant trois jours, de chefs d’État et de ministres venus présenter leurs propositions pour lutter contre la faim, tout en défendant leur propre agenda. Nicolas Sarkozy, qui veut marquer les esprits un mois avant le début de la présidence française de l’UE, devait présenter en fin de matinée son « Partenariat mondial pour l’alimentation ». Le président Lula vient, quant à lui, défendre les agrocarburants, dont le Brésil est le second producteur mondial après les États-Unis.

Charlotte Bozonnet

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Tag(s) : #Monde
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