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G. SÉGUY : « POUR GAGNER PLUS, IL FAUT LUTTER PLUS »

Q
uarante ans après, les succès sociaux du mouvement de mai 68 restent uniques dans le vingtième siècle.

 

Georges Séguy est formel sur la question des avancées sociales issues de mai 1968 : « Elles furent supérieures à celles connues en 1936 » sous le Front populaire. Il est vrai qu’avec des « millions de grévistes », l’ancien secrétaire général de la CGT note que « la pression sur le gouvernement et le patronat était telle que le pouvoir a dû faire des concessions importantes ».

Des succès liés à l’ampleur

du mouvement social

Ainsi, la revendication du passage du salaire minimum à 600 francs par mois « a été résolue dans les dix premières minutes des négociations de Grenelle » rappelle-t-il. Soit une augmentation de plus de 30% « qui avait toujours été repoussée » dans les très nombreux conflits sociaux sur les salaires qui avaient déjà animés les premiers mois de l’année 1968. Quant au salaire minimum des salariés agricoles (Smag) il devait alors progresser de 54% !
Une facilité de négocier face au pouvoir et au patronat dont se souvient également Jean-Louis Moynot, membre du secrétariat de la CGT à cette époque et l’un des participants au Grenelle.
Celui qui avait adhéré à la CGT le 1er mai 1962, alors qu’il était jeune ingénieur aux Chantier navals de La Ciotat, avait lui-même était « surpris que le président du CNPF n’oppose pratiquement pas de résistance sur le terrain des augmentations de salaires et que le Premier ministre, Georges Pompidou, les accepte à peu de chose près ». Une situation directement liée selon lui à ce qui demeure « avant tout la plus grande grève du vingtième siècle ».

Il est vrai qu’en 1967 et début 1968 « l’intransigeance du pouvoir gaulliste vis-à-vis des revendications sociales » avait alimenté un « profond » mécontentement général rappelait récemment Georges
Séguy lors d’une table ronde organisé au siège de la CGT. « En 1968, la France grondait » rappelle-t-il pour expliquer l’essor des luttes de mai et juin de cette année-là, non seulement dans le monde salarié mais aussi dans les facs.
Car si les entreprises étaient sous la pression de luttes depuis l’année passée, Georges Séguy témoigne que « depuis le début de l’année 1967, le Syndicat national de l’éducation supérieure et l’Unef ont engagé la lutte pour la modernisation de l’enseignement supérieur ». Et tout ce climat tendu du fait de la « surdité » du pouvoir constituait le ferment de l’explosion sociale. Un mouvement social de grande ampleur dont l’issue historique au niveau de la satisfaction des revendications serait liée à la façon dont furent conduites les luttes.
L’ancien secrétaire général de la CGT - aujourd’hui président de l’Institut d’histoire sociale de la CGT - estime ainsi que « si la France a été paralysée pendant quinze jours, c’est parce que les travailleurs ont été maîtres de bout en bout de leur mouvement ». Un aspect d’ailleurs confirmé par Jean-Louis Moynot qui estime que « l’autogestion de la grève » par les salariés dans chaque entreprise a été un aspect totalement « déterminant ». Si « le mot d’ordre de grève générale avait été lancé d’en haut il n’y aurait pas eu dix millions de grévistes », affirme-t-il.
Sur le Grenelle, au-delà de l’augmentation spectaculaire du salaire minimum et des salaires, Georges Séguy rappelle la reconnaissance du droit syndical dans les entreprises et bien d’autres avancées marquées par la modernité comme le dossier de l’emploi et de la formation qui inspira deux grands accords interprofessionnels dans les années qui suivirent. Il s’agit de l’emploi (1969 et de la formation continue (1970) qui donna naissance à la loi de 1971.
Alors, comment expliquer l’acharnement de l’actuel président de la République face à 1968 ? Georges Séguy en donne, à sa manière, une piste sérieuse. Il dit d’abord avoir « sursauté » devant sa télévision lors du discours du candidat Nicolas Sarkozy le 29 avril 2007. Si l’ancien dirigeant national de la CGT dit comprendre que « les évènements de mai 1968 aient laissé un douloureux souvenir dans la mémoire des réactionnaires et spécialement dans celle du patronat », il relève que « c’est la première fois que j’entends un homme politique comme Nicolas Sarkozy , aujourd’hui président de la République, condamner dans des termes aussi rétrogrades ce moment mémorable de notre histoire sociale nationale ».

Ce qui dérange Nicolas Sarkozy

Et pour Georges Séguy ce n’est pas un hasard si l’actuel chef de l’Etat zappe les grèves ouvrières dans son discours sur mai 68. « Il sait très bien ce qu’il fait. Il censure, dans ses propos, la grève ouvrière parce que cela contredit son attaque contre mai 1968. Il ne peut pas à la fois clamer son amour pour les ouvriers et vilipender ceux-ci quand ils font accomplir un bond en avant à leur propre condition et à la société. L’ouvrier qu’il respecte c’est celui qui se lève tôt et se défonce pour son patron, même si celui-ci le met dehors un jour. Ce n’est pas celui qui se couche tard pour préparer l’action qui aidera les autres à se défendre et à vivre mieux. Son slogan « Travailler plus pour gagner plus » est trompeur. Pour gagner plus, il faut lutter plus. Je mets au défi quiconque, au vu de l’histoire, de démontrer le contraire ».
Analyse et témoignages
Pierre Bastien


« La France grondait »
Porteur de progrès
Editorial
« Je veux être celui par lequel la France renouera avec ses valeurs universelles » clamait le candidat Nicolas Sarkozy à Bercy le 29 avril 2007. Les belles paroles que voilà. Mais de quoi parle-t-on ? Du cadeau de 15 milliards d’euros aux plus riches, à travers le bouclier fiscal ? Des retenues d’un euro sur les consultations médicales et de 50 centimes sur les boîtes de médicaments et de l’augmentation du forfait hospitalier ? De l’allongement de la durée de vie au travail avec les 41 ans de cotisation qu’il voudrait imposer ? De la réforme de la justice qui ferme les tribunaux de proximité ? Des suppressions de postes dans la fonction publique et plus particulièrement dans l’Education nationale ? Des travailleurs immigrés expulsés du jour au lendemain ?
Bref, les valeurs de la République, quoiqu’en pense le président de la République ont été portées par Mai 68. Il n’est qu’à lire les acquis sociaux et leur résultat immédiat comme le recul du chômage en moins d’un an. Ces acquis fondent le triptyque républicain : Liberté, Egalité, Fraternité.
En fait, la devise de Nicolas Sarkozy, pour plaire à ses sponsors et au Medef pourrait être « feu sur les acquis de Grenelle ».
En revanche, le monde du travail se doit, aujourd’hui, de les préserver. Non pas par conservatisme mais parce que les logiques mises en œuvre par mai 68 sont porteuses d’avenir, de progrès humain et de développement de la civilisation.
Maurice Brandi

http://journal-lamarseillaise.com/index.php?option=com_content&task=view&id=5351&Itemid=127
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Tag(s) : #Politique
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