LA COOPÉRATION NATIONALE, UNE NÉCESSITÉ ABSOLUE
E
ntretien. Tanger a accueilli la deuxième convention internationale pour une approche territoriale du développement. Michel Vauzelle,
fait le point sur les coopérations décentralisées et l'Union pour la Méditerranée proposée par Nicolas Sarkozy.
Vous soutenez la proposition de Nicolas Sarkozy sur la
création d’une Union pour la Méditerranée. N’est-ce pas paradoxal pour un élu socialiste ?Je soutiens la proposition de Nicolas Sarkozy parce que je pense que c’est une bonne idée. Même si je ne suis pas d’accord avec d’autres aspects de sa politique. C’est une idée fulgurante dans une Union européenne qui ne s’occupe que des pays de l’Est. Ainsi à travers le processus de Barcelone, l’Europe accorde quarante fois plus de crédit à la Roumanie qu’aux régions du Sud. Pour nous, les régions de la Méditerranée, l’Algérie, le Maroc ou la Tunisie sont plus importants. Certes, ils sont entrés dans l’Union pas il me semble que ce n’est pas normal. Il y a un déséquilibre. Je pense que le pire pour l’Europe serait de devenir une forteresse. Certes, mais on a beaucoup à dire sur la méthode qu’il a employée… Nicolas Sarkozy a heureusement donné un coup de projecteur sur la Méditerranée. Mais encore une fois, sans consulter les partenaires de la France. Je pense notamment à l’Espagne et l’Italie. Après une réunion à Barcelone, il est revenu sur son idée d’Union de la Méditerranée. Il a rectifié le tir en parlant d’Union pour la Méditerranée. Le couple franco-allemand a été la locomotive de la construction européenne. Est-il en panne ? L’erreur de Sarkozy a été de faire des bisous à Angela Merkel, c’est une anecdote... Plus sérieusement, l’Allemagne joue en solitaire et tire l’Europe vers l’Est. Elle détient le leadership. Ces pays veulent du libéralisme et un système militaire fort. Et nous critiquons cette dérive atlantiste. Ce n’est pas par la démonstration de forces militaires et policières et une politique des visas restrictives que nous atteindrons l’objectif du millénaire fixé par l’ONU. L’Allemagne veut des crédits pour l’Europe de l’Est et se moque de la Méditerranée. Nous avons quelques craintes, à ce propos, sur la réunion du 13 juillet à Paris avec le président de la République. L’ambiance aujourd’hui est pro-atlantiste et ultralibérale avec notamment l’abandon des politiques sociales et de solidarité. Le mini traité européen inscrit dans la constitution le libéralisme et la libre concurrence. Aujourd’hui, partout dans le monde, le modèle français est minoritaire. J’ajoute que 20% des pays détiennent 80% des richesses produites dans le monde. On ne peut plus continuer ainsi. Que proposez-vous ? J'ai récemment rencontré des conseillers du président de la République et je pense qu'ils entendent le discours que nous, les régions du sud, nous tenons à ce sujet. Concrètement que fait la région PACA dans le cadre des coopérations régionales ? Nous avons lancé des projets avec l’Egypte et notamment Alexandrie, le Liban, Israël avec Haïfa, la Tunisie et le Maroc. Puisque nous sommes dans la région de Tanger-Tétouan, nous avons ici de grands projets de coopération sur la création de parcs nationaux comme à Bouhachem et Larache en liaison avec le Parc du Luberon et celui de la Camargue. Nous échangeons nos savoirs et nos compétences. Nos gouvernements respectifs soutiennent ces projets de coopérations décentralisées. Nous en sommes à la sixième rencontre entre les Premiers ministres du Maroc et de France. Ils veulent renforcer le rôle des régions dans la coopération décentralisée. En juillet 2004, les deux gouvernements ont signé un accord de programme d’accompagnement du processus de décentralisation (PAD) d’un montant estimé à 11 millions d’euros dont 4,6 millions pris sur les crédits du fonds de solidarité prioritaire. La région PACA intervient pour 137.000 euros, la France pour 176.000 et le Maroc pour 163.000. Soit une participation de 476.000 euros. La Région finance également les jeunes volontaires pour le progrès. Du coup, cette région attire les investisseurs dans le tourisme, elle va organiser l'exposition universelle de 2012 et crée un port de commerce appelé Tanger Mèd. Ferez-vous de la question de l’Union pour la Méditerranée une priorité pour la fin de votre mandat ? Oui, c’est une absolue nécessité.
PROPOS RECUEILLIS
PAR MAURICE BRANDI Photo DR |
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Vous soutenez la proposition de Nicolas Sarkozy
sur la création d’une Union pour la Méditerranée. N’est-ce pas paradoxal pour un élu socialiste ?