A Brasilia, les pays sud-américains font un pas vers l'intégration
régionale
LE MONDE | 24.05.08 | 14h50 • Mis à jour le 24.05.08 | 14h50
RIO DE JANEIRO CORRESPONDANT
n nouvel organisme régional est né en Amérique latine. Les dirigeants de douze pays, représentant 380 millions d'habitants, ont signé, vendredi 23 mai à Brasilia, le traité créant l'Union des nations sud-américaines (Unasur), suivant l'exemple de l'Union européenne. Ce forum de dialogue politique regroupe l'Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, l'Equateur, la Guyana, le Paraguay, le Pérou, le Surinam, l'Uruguay et le Venezuela.
La naissance d'Unasur a été surtout voulue par le Brésil. Elle marque, à ses yeux, un nouveau pas dans l'intégration régionale dont il est, de par son poids démographique et sa puissance économique, le premier bénéficiaire. Pour jouer le rôle mondial auquel il aspire, le Brésil a besoin de stabilité sur son continent. Il l'avoue sans état d'âme ni arrogance.
Dans son esprit, l'Unasur devra être un organisme souple, permettant des consultations permanentes, et une instance de "premier recours" dans la prévention des conflits. Il s'agira, autant que possible, d'éviter de saisir l'Organisation des Etats américains (OEA), dont font partie les Etats-Unis. Le Brésil juge plus souhaitable que les douze pays d'Amérique du Sud règlent eux-mêmes les problèmes de leur sous-continent.
C'est pour cela que Brasilia souhaite aussi la création d'un Conseil de défense sud-américain. Loin d'être une mini-OTAN locale, ce conseil ne scellerait aucune alliance militaire. Il serait seulement "un organe d'articulation" des politiques de défense entre les douze pays. Le projet brésilien ne jouit pas d'un consensus régional. L'Uruguay, et surtout la Colombie, étroite alliée des Etats-Unis, s'y opposent.
PRÉSIDÉE PAR MICHELLE BACHELET
Bogota, refusant l'offre de Brasilia, a jugé "imprudent" de présider l'Unasur, en invoquant ses "difficultés" actuelles avec l'Equateur et le Venezuela. La présidente chilienne, Michelle Bachelet, en assumera donc la présidence. Elle a appelé ses homologues sud-américains à "mettre l'accent sur la recherche de consensus" et à employer "toute l'énergie possible pour mettre en oeuvre l'union".
L'Unasur tiendra une réunion annuelle au niveau des chefs d'Etat. A long terme, l'Union sera dotée d'un Parlement. L'hétérogénéité idéologique du sous-continent sera le principal handicap de l'Unasur. Les pays de la gauche radicale - Bolivie, Equateur et Venezuela - estiment que le traité manque d'audace. Le président vénézuélien, Hugo Chavez, plaide pour une "OTAN de l'Amérique du Sud", une alliance militaire dirigée contre, a-t-il répété vendredi, "l'ennemi numéro un, l'empire des Etats-Unis". Ce n'est pas un hasard si la Bolivie et le Venezuela ont annoncé le même jour avoir conclu un nouveau traité de coopération militaire.
Jean-Pierre Langellier
Article paru dans l'édition du
25.05.08
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2008/05/24/a-brasilia-les-pays-sud-americains-font-un-pas-vers-l-integration-regionale_1049118_3222.html#ens_id=1045968
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