Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

ECOLES MATERNELLES

D’une mission d’enseignement vers un service de garde

vendredi 23 mai 2008 / "le Patriote"

Classes surchargées, enfants de 2 ans et demi refusés, enseignants non remplacés... Partout des voix s’élèvent pour dénoncer le malaise qui s’installe à l’école maternelle. Quelles sont les menaces qui pèsent sur la petite école ? Doute-t-on de son intérêt pédagogique, notamment en ce qui concerne les enfants de moins de 5 ans ?

 

« En maternelle, les enfants passent trois ans à faire la sieste »

 

Un inspecteur de l’Education nationale a commis un brûlot anonyme (1) : elle coûterait trop cher et on n’y apprendrait rien : « Les enfants passent trois ans à faire la sieste, à aller aux toilettes et à enfiler et retirer des chaussons », puis en conclut : « L’Education nationale paie des fonctionnaires de niveau bac +5 pour dispenser un enseignement pendant trente-cinq minutes sur trois heures. » Il explique ensuite qu’on pourrait trouver d’autres systèmes de garde moins onéreux, d’autant que l’Etat n’a pas obligation de mettre des enseignants « devant des élèves tant que ceux-ci n’ont pas atteint l’âge d’entrer au cours préparatoire ». Fidèle à l’idéologie purement comptable de la RGPP, l’auteur a calculé que l’école maternelle coûte au minimum 4,5 milliards d’euros et que, « si l’Etat ne rétrocédait que la moitié de cette somme aux communes pour les aider à implanter des structures locales d’accueil, l’économie serait de 2 milliards d’euros par an ». Ce transfert des compétences de l’Etat aux collectivités, qui ne se jamais pas « à l’euro près », est dangereux : celles-ci emploieront selon leur bon vouloir et surtout leur budget, non plus des enseignants, mais des personnes titulaires d’un CAP petite enfance et des éducateurs, en ayant souvent recours à des organismes privés. Et, comme en écho aux nouveaux programmes que Xavier Darcos, ministre de l’Education Nationale, se propose d’entériner en mai, cet inspecteur milite pour la « libération » de la grande section afin qu’elle s’arrime à l’école élémentaire. Si l’on y ajoute les directives du Bulletin Officiel Spécial N°10 - 30 septembre 2004 évoquant « l’absence d’école ou de classe maternelle », cela peut signifier à terme la suppression des petites et moyennes sections de maternelle, sans autre forme de procès. L’accueil des enfants de 2 ans n’y est déjà plus mentionné, et on observe déjà un recul considérable de la scolarisation pour cette classe d’âge (passée de 34,7% à 28,8% en 2 ans). Une suppression jamais annoncée, car ce serait la meilleure façon de mettre des milliers de parents dans la rue.

 

« Créer un service public de la petite enfance ? »

 

Pendant ce temps, le « Service Public de la petite enfance » fait partie des effets d’annonce des candidats aux présidentielles de 2007. Sorti juste avant ces élections, le rapport sur le sujet du Centre d’analyse stratégique (Premier ministre) (2) en donne des objectifs louables : « satisfaire les besoins des familles, socialiser les enfants, faciliter la conciliation vie professionnelle/vie familiale et accroître le taux d’activité des femmes, soutenir les taux de fécondité, lutter contre la pauvreté infantile et, garantir l’égalité des chances. »

Certes, mais au chapitre « le possible et le souhaitable », celui-ci évoque « le lourd impact financier d’une montée en charge de l’offre d’équipements collectifs », et propose « compte tenu des progrès réalisés depuis quelques années en matière d’accueil de la petite enfance » ….le statut quo ! Il met surtout en avant, « les dispositifs de la CNAF, étendus depuis 2004 au profit des opérateurs privés. » (voir page 7) : Ainsi, « Pousser le secteur privé à s’emparer de ce domaine pour en réduire les coûts publics est un abandon à la fois de nos principes éducatifs, de nos enfants, du droit au travail des femmes, en priorité dans les classes sociales les plus pauvres, ainsi que l’abandon d’une réelle volonté politique de prise en compte de l’enfance dans ce pays ». (3)

Renvoyer la population à des solutions individuelles privées

Dans une approche « psycho-éducative », d’aucuns affirmeront que l’école maternelle est trop contraignante pour l’enfant de deux ans et demi. Certes, le service public d’éducation doit être amélioré, mais en renvoyant la population à des solutions individuelles et privées sur des questions publiques de politiques sociales et d’éducation, ce gouvernement anéantit le principe de péréquation, chaque collectivité locale ne pouvant faire qu’avec ses moyens et/ou les intentions de ses élus. « Cela revient aussi à financer avec de l’argent public des structures de droit privé (et maintenant des entreprises), alors qu’il en manque pour le maintien d’un bien commun appartenant à tous : l’école publique. C’est aussi le glissement d’une mission d’enseignement vers un service de garde, donc non protégé dans le cadre de l’AGCS. N’importe quelle entreprise de service peut s’installer sur ce marché que devient la garde (anciennement « accueil ») de la petite enfance »(3). Les structures associatives non lucratives, qui pour le moment suppléent au manque de places en service public, vont bientôt devoir continuer à le faire sans subvention ou en « concurrence » avec des entreprises financées par les collectivités publiques.

(1)« Il faut fermer les écoles maternelles. Le plaidoyer d’un inspecteur de l’Education nationale », de Julien Dazay (éd. Michelon)

(2) Centre d’analyse stratégique, Rapport consultable sur www.strategie.gouv.fr.14 février 2007.(3)Sabine Jauffret, militante associative Sources.Loi d’avril 2003 sur les mesures gouvernementales de soutien aux financements des crèches,Loi n°2004-809 du 13 août 2004 sur la décentralisation, relative aux libertés et responsabilités locales,Le rapport Thélot (2004),La loi Borloo, n° 2005-841 du 26/7/2005, applicable en janvier 2006 relative aux aides aux familles et aux sociétés de prestations de services.

ENCADRE

 

Crèche jusqu’à cinq ans ?

 

Certes cela peut être une bonne idée que d’envoyer nos enfants en crèche jusqu’à cinq ans. Mais à condition bien sûr que tout cela soit bien encadré. L’expérience cubaine est remarquable dans ce sens. Les enfants dont les parents travaillent sont tous accueillis gratuitement en crèche à partir du quarante-cinquième jour après leurs naissance et jusqu’à cinq ans. Jeux, musiques, chansons, peinture, sport, remplissent les journées de tous petits avec un programme d’accompagnement leur apprenant, entre autres, l’hygiène et la vie en collectivité. Un service médical dans chaque crèche assure un suivi de tous les enfants.

Avec des moyens restreints, le personnel réussit à inculquer la discipline et un apprentissage très appréciable à travers le jeu. La dernière année est appelée « préscolaire ». Son but est de préparer les tous petits à l’école primaire (l’équivalent en France de la dernière année de maternelle). Les enfants arrivent ainsi aux cours préparatoire (CP), épanouis et avec les connaissances pédagogiques nécessaires à leur âges. Bien adapté aux enfants en bas âges ce système a fait ses preuves : Cuba est considéré depuis quelques années un pays de référence en matière d’éducation.

LM

http://www.le-patriote.info/spip.php?article1559

Publicité
Tag(s) : #Education
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :