Interview. Jacques Girault, historien, répond à nos questions autour du Manifeste du Parti communiste. Sans concessions...
La fédération PCF des Bouches-du-Rhône, invite au débat (*) à l’occasion
du 160ème anniversaire du Manifeste du Parti communiste. Rencontre avec Jacques Girault, docteur d’Etat (thèse sur le Var rouge), professeur émérite d’Histoire à l’Université de Paris XIII,
spécialiste de l’histoire sociale, politique et culturelle de la France (XIXeme-XXeme siècles), de l’histoire du mouvement ouvrier.
La Marseillaise : Le manifeste du Parti Communiste est-il toujours d’actualité ? Pour résumer, sa célèbre première phrase : "un spectre hante l'Europe : le spectre du communisme ", a-t-elle encore un sens de nos jours ?
Jacques Girault : En 1848, les débuts de l’organisation capitaliste et les rapports sociaux posent la question de leur évolution et de leur disparition. Marx démontre que le capitalisme porte en lui le communisme comme issue. Depuis, le capitalisme perfectionne ses règles fondamentales. Marx, après, cherche à comprendre son fonctionnement et les luttes à mener pour changer les rapports sociaux. Ces derniers n’ont pas subi que des amendements. Les contradictions demeurent. L’organisation communiste, certaine pour Marx, inspire théoriciens et luttes sociales. Le marxisme fournit toujours les moyens d’analyser, de lutter et d’espérer.
Quelles idées fortes contenues dans le manifeste du Parti communiste vous semblent-t-elles utiles à la compréhension du fonctionnement du capitalisme contemporain ?
Je retiens du manifeste et de l’œuvre de Marx l’idée que la contradiction dans les rapports sociaux de production trouve une solution par un bouleversement révolutionnaire. Les classes sociales antagoniques ne peuvent que s’affronter. Cette radicalité explique la permanence des luttes pour un changement.
La fédération PCF des Bouches-du-Rhône, invite au débat (*) à l’occasion
du 160ème anniversaire du Manifeste du Parti communiste. Rencontre avec Jacques Girault, docteur d’Etat (thèse sur le Var rouge), professeur émérite d’Histoire à l’Université de Paris XIII,
spécialiste de l’histoire sociale, politique et culturelle de la France (XIXeme-XXeme siècles), de l’histoire du mouvement ouvrier.La Marseillaise : Le manifeste du Parti Communiste est-il toujours d’actualité ? Pour résumer, sa célèbre première phrase : "un spectre hante l'Europe : le spectre du communisme ", a-t-elle encore un sens de nos jours ?
Jacques Girault : En 1848, les débuts de l’organisation capitaliste et les rapports sociaux posent la question de leur évolution et de leur disparition. Marx démontre que le capitalisme porte en lui le communisme comme issue. Depuis, le capitalisme perfectionne ses règles fondamentales. Marx, après, cherche à comprendre son fonctionnement et les luttes à mener pour changer les rapports sociaux. Ces derniers n’ont pas subi que des amendements. Les contradictions demeurent. L’organisation communiste, certaine pour Marx, inspire théoriciens et luttes sociales. Le marxisme fournit toujours les moyens d’analyser, de lutter et d’espérer.
Quelles idées fortes contenues dans le manifeste du Parti communiste vous semblent-t-elles utiles à la compréhension du fonctionnement du capitalisme contemporain ?
Je retiens du manifeste et de l’œuvre de Marx l’idée que la contradiction dans les rapports sociaux de production trouve une solution par un bouleversement révolutionnaire. Les classes sociales antagoniques ne peuvent que s’affronter. Cette radicalité explique la permanence des luttes pour un changement.
Dernier ouvrage publié : Au-devant du bonheur. Les Français et le Front populaire,
Paris, Cide, 2006.
Les régimes totalitaires que furent les pays de l’ex bloc de l’Est, la situation des droits de l’homme en Chine aujourd’hui, la dictature Nord-Coréenne… N’est-ce pas là autant d’éléments qui ternissent durablement l’idée même du communisme ?
Les différents héritages du marxisme apparaissent très tôt, avec l’affrontement entre « autoritaires » (partis socialistes et communistes) et « antiautoritaires » (refus de l’Etat, de la politique, courants libertaires). En 1848, le Manifeste apportait une réponse nouvelle. Les révolutions menant à la construction de modèles se réclamant du marxisme provoquent l’espoir justifié d’une partie du monde. Ces tentatives ont souvent conduit à des tragédies, résultat des situations propres aux peuples, de l’état du développement économique, de la conception du rapport de domination politique et sociale. L’aspiration communiste, combattue dès le début, se trouve devant des épreuves dont on ne peut connaître l’issue. Il me paraît impensable que les contradictions à la domination capitaliste dans le monde cessent, que les antagonismes dans les rapports sociaux disparaissent. L’Histoire devra analyser, comprendre et expliquer les évolutions d’aujourd’hui.
Le Parti communiste Français a-t-il encore les capacités de promouvoir et de défendre une idée neuve du communisme en France et en Europe ?
Cette question appelle une prise de position que je me garderai bien de formuler en utilisant mes connaissances historiques qui m’assureraient une autorité. L’Historien peut faire comprendre le rapport entre les propositions, les actions communistes et les perceptions contemporaines. Au congrès de Tours, en décembre 1920, les partisans de l’adhésion à l’Internationale communiste l’emportent. Paul Vaillant-Couturier indique que « l’œuvre qui s’impose à notre Parti est énorme ». L’histoire du communisme en France comporte avancées et replis. Il n’a pas renié les grands ancêtres dont Vaillant-Couturier voulait qu’il se montrât digne (Babeuf, les hommes de juin 1848, la Commune, Jaurès). Les difficultés du PCF peuvent l’empêcher de jouer un rôle essentiel dans les luttes populaires. Faut-il en conclure qu’il ne peut plus jouer un rôle actif dans les changements futurs ? L’Historien ne peut le dire ! Il peut seulement constater, comme les citoyens, que les débats actuels dans la société et dans le PCF montrent que la définition du changement reste au cœur des espérances.
Les régimes totalitaires que furent les pays de l’ex bloc de l’Est, la situation des droits de l’homme en Chine aujourd’hui, la dictature Nord-Coréenne… N’est-ce pas là autant d’éléments qui ternissent durablement l’idée même du communisme ?
Les différents héritages du marxisme apparaissent très tôt, avec l’affrontement entre « autoritaires » (partis socialistes et communistes) et « antiautoritaires » (refus de l’Etat, de la politique, courants libertaires). En 1848, le Manifeste apportait une réponse nouvelle. Les révolutions menant à la construction de modèles se réclamant du marxisme provoquent l’espoir justifié d’une partie du monde. Ces tentatives ont souvent conduit à des tragédies, résultat des situations propres aux peuples, de l’état du développement économique, de la conception du rapport de domination politique et sociale. L’aspiration communiste, combattue dès le début, se trouve devant des épreuves dont on ne peut connaître l’issue. Il me paraît impensable que les contradictions à la domination capitaliste dans le monde cessent, que les antagonismes dans les rapports sociaux disparaissent. L’Histoire devra analyser, comprendre et expliquer les évolutions d’aujourd’hui.
Le Parti communiste Français a-t-il encore les capacités de promouvoir et de défendre une idée neuve du communisme en France et en Europe ?
Cette question appelle une prise de position que je me garderai bien de formuler en utilisant mes connaissances historiques qui m’assureraient une autorité. L’Historien peut faire comprendre le rapport entre les propositions, les actions communistes et les perceptions contemporaines. Au congrès de Tours, en décembre 1920, les partisans de l’adhésion à l’Internationale communiste l’emportent. Paul Vaillant-Couturier indique que « l’œuvre qui s’impose à notre Parti est énorme ». L’histoire du communisme en France comporte avancées et replis. Il n’a pas renié les grands ancêtres dont Vaillant-Couturier voulait qu’il se montrât digne (Babeuf, les hommes de juin 1848, la Commune, Jaurès). Les difficultés du PCF peuvent l’empêcher de jouer un rôle essentiel dans les luttes populaires. Faut-il en conclure qu’il ne peut plus jouer un rôle actif dans les changements futurs ? L’Historien ne peut le dire ! Il peut seulement constater, comme les citoyens, que les débats actuels dans la société et dans le PCF montrent que la définition du changement reste au cœur des espérances.
PROPOS RECCUEILLIS PAR NADJIB TOUAIBIA
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