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1848 / 2008, 160ème anniversaire du manifeste du Parti communiste :

PCF 13

Intervention de Jacques Giraud


14 mai 2008

En 1848, Marx et Engels, face aux débuts de l’organisation capitaliste et des rapports sociaux, posent la question de leur évolution et de la disparition du capitalisme. Ils estiment que le capitalisme porte en lui le communisme comme issue. Marx et Engels, par la suite, cherchent à comprendre son fonctionnement et les luttes à mener pour changer les rapports sociaux. Ainsi se constitue le marxisme enrichi périodiquement par les militants, par les organisations communistes et socialistes, par les luttes ouvrières, par les chercheurs de diverses disciplines.

Selon Marx et Engels, l’organisation communiste inspire théoriciens et luttes sociales. Le marxisme fournit pendant plus d’un siècle les moyens d’analyser, de lutter et d’espérer.

S’en réclament deux grandes familles politiques, les socialistes et les communistes. Je me bornerai ici au rapport, pour les seuls communistes, entre la conception doctrinale et le développement des organisations.

Les conceptions doctrinales résultent de la rencontre entre des réflexions intellectuelles dans le monde et les manifestations des organisations politiques ; en découlent ce qu’il est convenu d’appeler les lignes politiques. De 1919 à 1943, une instance internationale conquiert la prééminence, l’Internationale communiste. Les sections nationales doivent répercuter dans les divers pays la ligne.

Mais cette impulsion ne va pas sans difficulté. Ainsi, pour le seul cas français, lors du congrès de Tours en décembre 1920, la majorité accepte la politique de l’Internationale communiste sans pour autant abandonner la tradition révolutionnaire française. Paul Vaillant-Couturier indique, avant la lecture du manifeste favorable à l’IC, que « l’œuvre qui s’impose à notre Parti est énorme ». Le nouveau parti doit poursuivre l’exemple des grands ancêtres et s’en montrer digne. Vaillant-Couturier en cite quatre : Babeuf, les hommes de juin 1848, la Commune, Jaurès. Comment concilier cette tradition nationale et la nouveauté qu’entendent définir l’Internationale et sa section nationale ? Nous avons ici une des explications des premières années de la vie politique difficile du communisme français. Ces caractéristiques se manifestent en grande partie, sous une forme différente, moins autoritaire, jusqu’à la fin de la guerre froide, à la fin des années 1950.

Dans cette période, une rencontre se produit entre la ligne politique et la société française. Comptent beaucoup pour comprendre la vie d’un mouvement politique les mécanismes de son implantation. S’implanter pour une force politique vise à organiser les fondements d’une influence plus ou moins durable.

Une mise en garde s’impose. Souvent vient comme explication la distinction entre facteurs favorables et facteurs défavorables. Il y aurait des corrélations menant à des déterminismes ayant valeurs explicatives. A mon avis, sans nier le rôle de l’environnement, une force politique doit tenir compte d’autres éléments, parfois mesurables, parfois de nature plus difficile à définir, relevant de la conjoncture ou d’une réponse adaptée de l’organisation aux questions qui se posent dans la société.

Détaillons un peu à partir d’un balayage des quatre-vingts dernières années du communisme en France et dans le Sud-Est.

L’implantation se mesure : les élections, les sondages d’opinion à partir des années 1950 fournissent des photographies permettant de déterminer les modifications.

Les élections se diversifient du conseil municipal à la présidence de la République. Les enjeux politiques diffèrent et pourtant des continuités, des bastions ou des zones de faiblesse se développent.

L’opinion mesurée par les instituts de sondage ou approchée par les études de sciences politiques permettent de déceler les continuités, les résistances, les effets de la mémoire, les conséquences des dissidences ou de anciennes fidélités. Un seul exemple : l’assimilation durable faite par l’opinion publique entre militants porteurs des idées communistes et les éléments d’une ancienne fidélité, maintenant rejetés, du passé d’un communisme conquérant.

L’organisme implanteur se modifie. La création de cellules associant dimension locale et professionnelle constitue l’originalité du communisme français. Elles contribuent à la politisation populaire en diffusant une ligne politique. Ces phénomènes collectifs, malgré leur cohérence, se conjuguent avec des individus très variés, du militant en passant par l’adhérent sans carte ou le sympathisant.

L’implantation se produit dans un milieu social, stable pendant des dizaines d’années, qui, depuis les années 1960, connaît des bouleversements. Le monde ouvrier et la paysannerie constituent d’abord les principales forces de la société française. Les conséquences des bouleversements sociaux du dernier demi-siècle ont été insuffisamment analysés. Pourquoi ? là se pose la question de la formation théorique des militants, de la dimension idéologique. Les changements ont été mal perçus au moment où ils se produisaient, – et là se pose la question de la recherche en sciences humaines et sociales, qui, a longtemps été considérée, et théorisée par le Comité central d’Argenteuil en 1966, comme dépendante de la ligne politique. Certes des modifications se sont produites par la suite, mais les énergies, les intelligences avaient d’autres sujets. Bref le renouvellement de la demande sociale s’accélère. Les mécanismes constitutifs de l’implantation se compliquent, se craquellent.

L’implantation s’est traduite par des créations de zones exemplaires, par des initiatives de municipalités en matière de logements, de santé, de cadre de vie, de culture, accompagnées par les réalisations des comités d’entreprises, le plus souvent dirigés par des militants communistes. Les éléments matériels de la nouveauté, de l’innovation, de la transformation sociale concrétisent ce qui relevait de l’idéal, de l’utopie, de l’espérance. Les communistes les ont incarnés. Leur radicalité explique leur permanence dans les luttes pour un changement. Depuis, des imitations, souvent réussies, inspirées par d’autres forces politiques diminuent la portée réelle des interventions communistes.

Je me garderai bien de formuler une certitude de continuité ou d’échec en utilisant mes connaissances historiques qui m’assureraient une autorité. La démarche d’un Historien peut faire comprendre le rapport entre les propositions, les actions et les perceptions contemporaines des communistes. L’histoire fait partie d’une formation idéologique indispensable que ne devraient pas négliger les militants politiques à tous les niveaux de responsabilité.

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Tag(s) : #Histoire
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