68 votre mémoire au pouvoir dans l'Humanité
Le lycée, le transistor et les distributions de poissons
Laurent Trémentin, Nanterre
En 1968, j’avais dix-sept ans et j’étais en première dans le grand lycée du centre-ville de Brest. Fils d’un enseignant syndicaliste (SNES & FEN) membre fondateur du PSU, et très engagé contre la guerre d’Algérie, mon enfance s’est déroulée dans une ambiance très politisée.
Dès les premiers jours du mouvement étudiant parisien, j’écoutais sur mon transistor les reportages en direct des manifestations et des soirées de barricades qui suivaient.
Cela discutait dur entre lycéens de cet établissement le plus « bourgeois » de la ville, qui accueillait beaucoup de fils et filles d’officiers de marine, très éloigné(e)s de mes idées de gauche ! Les « grands » de terminale, uniquement préoccupés par leur baccalauréat, avaient décidé d’occuper le lycée, et refusaient de laisser rentrer les élèves de seconde et de premières Mais nous étions plus nombreux qu’eux, et parmi nous se trouvaient quelques JC, dont le cercle était très actif dans l’établissement (dont mon camarade Paul Lespagnol, malheureusement trop tôt disparu), nous avons donc forcé les portes, et après quelques horions et échanges de coups, tous les élèves du second cycle ont pu organiser l’occupation du lycée : le mouvement lycéen a pu commencer à se développer, comme partout en France.
À Brest, les salariés de l’Arsenal, de la Thompson-CSF et d’autres entreprises s’étaient mis aussi en grève. Mon lycée se trouvait en face de la Maison du peuple, vaste édifice qui accueillait les organisations syndicales brestoises et quelques organisations politiques de gauche. De la cour du lycée, nous assistions aux meetings quotidiens qui y étaient organisés : j’étais très impressionné par ces milliers d’ouvriers en bleu de travail qui arrivaient avec leurs banderoles et qui scandaient leurs revendications dans des dizaines de mégaphones.
À la fin mai, les paysans et les pêcheurs des environs de Brest ont organisé des mouvements de solidarité active envers les grévistes : j’ai ainsi pu participer à des distributions de légumes et de poissons à des familles ouvrières qui manifestement n’avaient que ça à manger le soir même !
C’est là que j’ai découvert les réalités de la classe ouvrière et du monde du travail, et je pense que cela m’a fortement influencé pour la suite de mon parcours politique et syndical, puisque j’ai adhéré au PCF en 1974, puis à la CGT en 1976… J’y suis toujours !
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)