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International - Article paru le 9 mai 2008 dans l'Humanité

"Une vague géante s’est engouffrée, emportant tout sur son passage"

Regroupés à Labutta, à l’embouchure de l’Irrawaddy, des villageois ont raconté à l’envoyé spécial de l’AFP l’enfer auquel ils ont survécu.

Regroupés dans la localité de Labutta, à l’embouchure du delta de l’Irrawaddy (sud-ouest), des survivants ont raconté à l’envoyé de l’AFP, souvent sans vouloir donner leur identité, comment ils avaient réussi à échapper à la furie du cyclone. « La tempête est venue dans notre village et une vague géante s’est engouffrée, emportant tout sur son passage », rapporte un homme d’une vingtaine d’années qui a marché depuis le village de Kanyinkone.

« Des habitations, des bâtiments se sont effondrés et des gens ont été emportés. J’ai survécu en m’accrochant à un gros arbre », précise-t-il avant d’ajouter : « Dans ma famille, je suis le seul survivant. Ma femme et mes deux enfants sont morts. » La localité de Labutta est entourée de 63 villages qui dépendent de la pêche et de l’extraction de sel, la région la plus affectée par la catastrophe et qui était encore inaccessible il y a quelques jours. « Les vagues étaient fortes. Elles ont arraché mes vêtements et je me suis retrouvé nu, accroché à un arbre », raconte un adolescent. Le cyclone Nargis aurait fait environ 80 000 morts rien que dans cette zone où des dizaines de villages ont été balayés, a déclaré à l’AFP Tin Win, chef d’un des districts de Labutta. Un chiffre encore impossible à confirmer auprès des autorités centrales.

« Dans ma famille proche, il n’y a plus personne, dit une femme encore en état de choc à Labutta, sans pouvoir s’arrêter de pleurer. J’ai aussi perdu de nombreux frères et soeurs. » Une autre femme, qui a vu son bébé d’un an mourir, cherchait à trouver du réconfort auprès de centaines d’autres rescapés qui se sont enfuis lorsque leurs petits villages ont été emportés par les eaux. « Nous parlons de ceux que nous avons perdus et nous pleurons mais, après, nous arrêtons d’en parler pour tenter de sortir de cette épreuve. »

À Labutta, des orphelins, des veuves, des moines bouddhistes attendent de l’aide, assis par terre, le regard dans le vide, dans des abris temporaires. Privés d’eau potable, de toilettes, de médicaments, ils ne cessent de voir leur situation s’aggraver.

Des médecins mettent en garde contre les risques d’épidémie et d’aggravation du bilan des morts. « Les gens ici ont besoin d’une aide d’urgence pour des choses de base comme l’eau, la nourriture, des médicaments et un système sanitaire immédiatement », dit un médecin de la région qui ajoute : « Ceux qui sont encore dans des villages reculés ont aussi besoin d’une aide d’urgence. Les puits sont contaminés. Les cadavres d’êtres humains et d’animaux ne sont toujours pas enterrés. Ça va être un problème gigantesque. »

Des survivants ont fait la queue à un temple bouddhiste pour obtenir la maigre ration que constitue un sac contenant de la soupe de riz. Ye Tun explique qu’il est venu d’un des villages alentour parce qu’il redoutait justement de ne pas avoir à manger. « Les maisons se sont effondrées et il y a eu de nombreux morts. Après la tempête, nous n’avons pas eu de nourriture et d’eau. C’est pour ça que nous sommes venus dans cette localité. Nous étions affamés jusqu’à présent. »

http://www.humanite.fr/2008-05-09_International_-Une-vague-geante-s-est-engouffree-emportant-tout-sur-son

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Tag(s) : #Monde
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