France RFO : « Nous sommes héritiers de ceux qui ont mis fin à cette inhumanité »
RFO est particulièrement concernée par les commémorations de l’abolition de l’esclavage.
Walles Kotra. Pour les Antillais-Réunionais, il est question à la fois de l’esclavage et de la République. L’histoire provient de l’esclavage, mais l’avenir est notre insertion dans la République. Et cette insertion passe par une sorte de regard apaisé sur l’histoire, y compris celle de l’esclavage. Ce qui ramène à penser que l’esclavage est aussi l’histoire de la République. C’est pour cela que RFO est assez attentive à ce sujet. France Ô rediffuse beaucoup de productions des stations d’outre-mer. Et dans ces stations la commémoration de l’esclavage reste très vivace. De fait, nous finissons par diffuser beaucoup d’émissions concernant l’esclavage. Pour nous à France Ô, c’est presque une sorte de préoccupation identitaire.
Cette commémoration prendra-t-elle plus d’importance cette année ?
Walles Kotra. Je ne sais pas si la commémoration prendra plus d’importance cette année. Mais j’espère qu’on ira plus au fond des choses. Sur notre chaîne, le mouvement s’amorce avec la rediffusion du film Tropiques amers, tourné par France Télévisions. Je crois que la télévision s’intéresse plus aujourd’hui à cet aspect sombre de l’histoire. Il y a aussi ce qui se fait à l’école qui est également intéressant. Cette année, nous déplorons la disparition d’Aimé Césaire. Si, d’un côté, ce fait n’a rien à voir avec l’esclavage, d’un autre côté, c’est la perte d’un homme qui portait une parole forte. Et cela, il faut savoir le regarder debout, les yeux ouverts, et construire l’avenir.
Quelles raisons vous ont amené à être partenaire de l’Humanité pour ce hors-série ?
Walles Kotra. Ce qui est traité dans ce hors-série rejoint complètement les préoccupations de RFO. Il y a la vérité sur l’esclavage, ce qui s’est réellement passé et qui est régi par le Code noir. Il y a aussi la lutte des gens, et des esclaves eux-mêmes. Notre héritage repose sur deux bords, car nous ne sommes pas seulement du côté des victimes. Nous sommes aussi les héritiers de ceux qui ont décrété qu’il fallait arrêter cette inhumanité. C’est bien que l’Humanité fasse cette sorte de synthèse entre ces deux aspects de l’esclavage.
Quelles seront les initiatives de RFO pour faire passer le message sur la mémoire ?
Walles Kotra. Nous avons essayé d’imaginer une programmation spécifique pour le 10 mai. À ce que nous faisons habituellement, nous avons ajouté des programmes qui traitent de l’esclavage. Il y a l’Hebdo. Un programme de commentaires de l’actualité. Le 10 mai, à midi, ce programme sera consacré à la manière dont la République rend compte de la question de l’esclavage et l’intègre. Il y a également une autre émission « spécial esclavage » en première partie de soirée. C’est Studio M, de Marie-José Alie. Le thème va tourner autour de la commémoration de l’abolition de l’esclavage avec des personnes d’origines différentes. Nous rediffusons, pour la première fois sur France Ô, la série Tropiques amers, qui raconte la vie entre le maître, les esclaves, et dans l’univers de l’habitation aux Antilles. Une autre émission, du nom d’Afrikaphonie, sera diffusée dans l’après-midi. La parole est donnée à un jeune Africain qui nous interroge sur ce que représente aujourd’hui l’esclavage, la commémoration… Avec sa musique il nous interpelle. On a coproduit avec lui un documentaire sur ce cheminement et c’est intéressant qu’il fasse, avec sa musique, ce genre de reportage à « l’intérieur de nous ».
Comment appréciez-vous la demande de commémoration et de devoir de mémoire ?
Walles Kotra. On ne peut pas construire le présent et l’avenir en oubliant le passé, et pire en fermant les yeux sur ce qui s’est passé. Il faut qu’il y ait des débats. Ce qui s’est passé est notre mémoire collective aux uns et aux autres. Il faut que ce chant pour l, qui pendant longtemps est resté dans l’ombre, vienne sur la place publique. On ne peut partager l’avenir sans partager le passé.
Entretien réalisé par Fe. N.
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