l’Humanité des débats
La santé accessible à tous
Par Olivier Bernard, médecin pédiatre (*), Catherine Giboin, économiste de la santé (*), Nicolas Guihard, chargé de plaidoyer pour Médecins du monde.
La crise globale que subit la planète depuis mi-2007, et qui s’est accélérée en ce premier semestre de l’année 2008 sous l’effet de la crise alimentaire, démontre une nouvelle fois que les populations les plus touchées sont précisément celles-là même qui devraient être l’objet de toutes les attentions. L’augmentation du prix des matières premières et des denrées de première nécessité affecte massivement des populations déjà largement démunies. Ces nouvelles difficultés viennent s’ajouter aux autres barrières financières auxquelles se heurtent déjà depuis longtemps ces mêmes populations. L’accès payant aux soins constitue de ce point de vue un des principaux obstacles financiers contribuant de manière significative à cette situation de crise généralisée.
En septembre 2000, lors du sommet du millénaire des Nations unies, les dirigeants des pays riches et des pays pauvres ont engagé leurs nations respectives dans un ambitieux partenariat mondial visant à réduire l’extrême pauvreté et les inégalités. Cet engagement s’est traduit par huit objectifs de développement, que l’on a appelés les objectifs du millénaire pour le développement, à atteindre d’ici à 2015. Trois d’entre eux concernent tout particulièrement la santé : réduire la mortalité des enfants de moins de cinq ans, améliorer la santé maternelle, combattre le VIH, le paludisme et la tuberculose.
À mi-parcours, les experts s’accordent sur un point : les engagements pris dans le cadre des objectifs du millénaire pour le développement n’ont pas permis, jusqu’à maintenant, d’enregistrer d’avancées significatives. Aujourd’hui, près de 10 millions d’enfants à travers le monde - un enfant toutes les trois secondes - meurent tous les ans de maladies qui auraient normalement dû être évitées ou soignées (paludisme, pneumonie, diarrhée, rougeole…). Malgré l’existence d’un vaccin depuis plus de quarante ans, la rougeole, par exemple, continue pourtant d’entraîner la mort d’environ 300 000 enfants chaque année.
Pour expliquer cette situation, il est important de souligner que l’accès payant aux soins, introduit à la fin des années quatre-vingt, a largement amputé la capacité des populations à se soigner. Quand on sait que la réalisation d’une césarienne en urgence nécessite dans de nombreux pays le paiement d’un forfait élevé par le patient ou son entourage avant la réalisation de l’acte opératoire, on comprend que le temps mis à collecter une telle somme (vente de denrées de première nécessité bien souvent pour obtenir une telle somme d’argent) est à l’origine d’un retard dans la réalisation de la césarienne et conduit au décès de la mère et du nouveau-né.
Aujourd’hui, ce constat est de plus en plus partagé et a abouti, notamment en 2005, à un engagement fort et symbolique des pays du G8 en faveur de la gratuité des soins de santé primaires (SSP). Depuis, plusieurs gouvernements du Sud (majoritairement en Afrique) se sont engagés dans cette voie, via la mise en oeuvre de politiques plus ou moins extensives d’accès gratuit aux SSP.
Alors que la communauté internationale semble redécouvrir le spectre de la famine et des mouvements sociaux en réponse à la vie chère, il est important de souligner que des solutions existent. Dans le secteur de la santé, grâce à la volonté conjuguée de certains gouvernements africains, de bailleurs et d’ONG, des réponses ont été proposées et mises en oeuvre. Ainsi au Niger, la mise en place d’une politique de gratuité des soins pour les enfants de la naissance à cinq ans et pour les femmes enceintes a permis de multiplier par quatre le recours des moins de cinq ans aux soins curatifs et un doublement des soins préventifs pour les femmes enceintes. Comme le soulignait récemment l’UNICEF, la gratuité des soins de santé pour les enfants de moins de cinq ans a permis de baisser de moitié la mortalité par paludisme des enfants de cette tranche d’âge.
Le 7 mai s’ouvrira, à Paris, une conférence internationale sur la couverture du risque maladie dans les pays en développement. Il nous semble essentiel de réaffirmer l’impérieuse nécessité d’oeuvrer en faveur d’une santé accessible à tous, y compris aux plus défavorisés. L’aide internationale doit pouvoir jouer à cet égard un rôle d’appui précieux. Pourtant, malgré l’engagement de consacrer 0,7 % de leur richesse nationale à l’aide au développement, l’aide publique au développement globale affiche, pour la deuxième année consécutive, un net recul, et s’élève aujourd’hui à 0,28 % du PIB mondial. L’aide de la France s’inscrit également à la baisse (0,39 % en 2007 contre 0,46 % en 2006). L’augmentation constante du coût de la vie dans les pays pauvres doit amener les pays donateurs à poursuivre leur effort dans le soutien au système de santé des pays du Sud. L’accès gratuit aux soins pour les populations vulnérables (notamment les enfants et les femmes enceintes) est l’une des réponses à apporter.
(*) Respectivement membre du conseil d’administration et trésorière de Médecins du monde.
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