Une « révolution verte » à tout petits pas
Réduire les émissions d’énergie dans le bâtiment, augmenter la part du renouvelable, consommer bio : le projet de loi d’orientation Grenelle 1 présenté mercredi reprend les principales propositions émises en octobre dernier. Le texte, à peine bouclé par le gouvernement, soulève cependant doutes et insatisfactions. Décryptage.
Climat : l’écotaxe « à l’étude »
La France s’engage à diminuer de 20 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020 et à porter la part des énergies renouvelables jusqu’à 20 %. Sur l’objectif, tout le monde est d’accord. Les Verts et la Fondation Nicolas Hulot regrettent cependant que la fameuse taxe carbone, destinée à encourager l’utilisation du renouvelable (solaire, éolien, etc.) au détriment des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon), soit seulement « à l’étude » jusqu’à fin 2008. La taxe était pourtant devenue un symbole - contesté - du Grenelle de l’environnement.
Bâtiment : qui paiera la rénovation ?
L’un des points clés du texte. En effet, le secteur produit à lui seul près du quart des émissions de gaz à effet de serre. Objectif affiché par le gouvernement : réduire la consommation énergétique du parc existant de 38 % d’ici à 2020. Pour les constructions neuves, le texte entend imposer la norme « basse consommation » (moins de 50 kWh par an et par mètre carré) en 2012.
L’État entend donner l’exemple : 120 millions de mètres carrés de bâtiments publics seront réhabilités. Les particuliers sont aussi incités à suivre le mouvement. « Quand vous isolez, vous consommez moins de chauffage et votre facture se réduit », explique Jean-Louis Borloo, ministre de l’Écologie. Sur l’esprit, là encore, difficile de ne pas approuver. Certains regrettent cependant le flou qui entoure la mise en oeuvre de ces dispositions. À commencer par l’absence totale de précision sur le coût de la rénovation des fameux 120 millions de mètres carrés. Une précédente version du texte la chiffrait pourtant à 24 milliards d’euros.
En clair, dès qu’il s’agit de parler argent, le projet de loi reste dans le vague. « Il n’y a aucune précision sur les outils que l’État mettra à disposition des propriétaires pour les aider à rénover leurs bâtiments », peste Yannick Jadot, de Greenpeace.
Transports : priorité au rail
Un mot d’ordre : privilégier le rail. L’État désire ainsi créer 2 000 kilomètres de voies ferrées pour les TGV (trains à grande vitesse) d’ici à 2020. Il est aussi question de multiplier par six les transports urbains en site propre (hors Île-de-France) en quinze ans. Coût total de l’opération : 18 milliards d’euros.
« Le programme ne comporte aucune nouveauté et il n’est pas prévu d’accélération ou de moyens supplémentaires », dénoncent les Verts. « Certains projets comme la ligne Montpellier-Perpignan ne sont encore pas chiffrés, ni en termes de budget ni de calendrier. »
Même déception pour ce qui concerne l’essor des transports urbains. « Les moyens prévus (2,5 milliards d’euros) ne sont pas à la hauteur de ces objectifs », affirme le parti écologiste.
France nature environnement (FNE) regrette de son côté la disparition du projet de taxe sur les vols aériens intérieurs.
Dernier point qui fâche les organisations, le manque de précision au sujet du moratoire sur les nouvelles autoroutes. Il n’est toujours pas question d’une liste de projets gelés ou abandonnés.
Agriculture : objectif bio
L’objectif est de porter la part d’agriculture bio à 6 % des surfaces en 2013, contre 2 % actuellement, et à 20 % en 2020. Il est aussi question de parvenir à 15 % de produits bio dans la restauration collective publique en 2010 et 20 % en 2012. Dernier objectif : le retrait du marché des produits phytopharmaceutiques (pesticides) les plus « préoccupants ».
Cyprien Boganda
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