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Société - Article paru le 28 avril 2008 dans l'Humanité

84 % des Français sont pour régulariser les travailleurs sans papiers

Sans-papiers . Un sondage pour l’Humanité révèle que 63 % des interrogés préfèrent la régularisation individuelle contre 21 % pour une démarche globale. Une question de mots.

L’opinion publique n’est pas insensible au sort des résidents étrangers en situation irrégulière dans notre pays. Dans un sondage réalisé par l’IFOP pour l’Humanité, 84 % des personnes interrogées sont favorables à une régularisation des travailleurs sans-papiers. C’est la méthode du cas par cas qui est préférée par une majorité à 63 % des sondés contre 21 % plutôt partisans d’une régularisation d’ensemble. Enfin, 16 % sont opposés à toute forme de régularisation. Parmi les personnes qui se disent proches de la gauche, l’écart se resserre entre les deux options puisque 49 % penchent pour le cas par cas lorsque 42 % privilégient la régularisation globale.

Sans surprise, à droite et plus particulièrement à l’UMP, le recours au cas par cas est plébiscité par respectivement 71 % et 77 % des interrogés. Quant aux sympathisants du Modem, ils se calquent sur la moyenne générale. La seconde partie de cette enquête souligne un paradoxe avec la première question posée. Interrogés sur le rôle des salariés sans-papiers dans l’économie nationale, les Français sont catégoriques : plus de deux personnes sur trois (69 %) estiment que ces immigrés jouent un rôle important, avec une pointe à 89 % chez les sympathisants du Parti socialiste. Seulement 9 % jugent que les travailleurs irréguliers occupent une place pas importante du tout.

On le voit clairement ici : ce n’est pas la réticence à l’égard de cette population qui domine. Bien au contraire, les nationaux ont non seulement conscience de la place des étrangers dans la société française, mais ils considèrent aussi comme indispensable et naturel de régler positivement leur situation administrative. Élément notoire et rassurant du sondage, la population âgée de moins de trente-cinq ans semble tomber plus difficilement dans les filets de la propagande gouvernementale.

six cents salariés sans feuille de paie

Car c’est en réalité le vocabulaire sciemment employé par les pouvoirs publics qui provoque l’inquiétude de l’opinion publique, cible régulière de l’instrumentalisation politicienne de l’immigration. L’expression « régularisation massive », associée à l’idée d’appel d’air, voire d’invasion, par le camp de Nicolas Sarkozy - lui-même ayant parlé de « catastrophe » - est un exemple de cette utilisation de la langue à des fins idéologiques et électorales. Idem pour François Fillon qui déclarait hier au sujet des régularisations qu’il n’y en aurait que « quelques centaines, pas plus » parce que le gouvernement est « totalement opposé aux régularisations massives ».

Quelques centaines, c’est justement le nombre de dossiers qui seront déposés, d’ici à ce soir, dans les préfectures. Ceux des six cents grévistes, ceux de salariés sans feuille de paie mais qui peuvent établir des liens avec les entreprises, de salariés qui ont été licenciés depuis le décret de juillet 2007 qui fait obligation aux employeurs de vérifier les papiers de leurs salariés et, enfin, ceux des femmes travaillant dans l’aide à la personne, selon le décompte de la CGT. Moins de mille, au total.

Mais au bout du compte, si une étude au cas par cas des dossiers aboutit à la régularisation de l’ensemble des demandes, où est la différence ? Et réciproquement, une régularisation globale n’induit-elle pas un examen individuel de chaque situation ? Reste à savoir s’il y aura un traitement égal de la part de chaque préfecture. Ce dont doute le porte-parole de Droits devant, Jean-Claude Amara.

Ludovic Tomas

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Tag(s) : #Société
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