Sarkozy en VRP à Tunis
Nicolas Sarkozy, accompagné d’une forte délégation du Medef conduite par sa présidente, Laurence Parisot, entame à partir d’aujourd’hui une visite d’État de trois jours. Probable signature d’un accord cadre de partenariat sur le nucléaire, similaire à ceux paraphés avec le Maroc, l’Algérie et la Libye, probable vente d’une vingtaine d’Airbus à Tunis Air pour un montant de 300 millions d’euros, discussion en vue d’un possible accord sur la gestion concertée de l’immigration et la lutte contre l’immigration clandestine, coopération contre la menace terroriste djihadiste et, surtout, la question du « Projet pour une Union de la Méditerranée » figureront au menu des entretiens avec son homologue tunisien, le président Ben Ali.
Quant aux sujets qui fâchent - les droits de l’homme - on assure côté Élysée, qu’un « dialogue confiant est peut-être plus productif que des proclamations publiques dont on sait qu’elles ont le don de provoquer une crispation ». Autrement dit : la Tunisie n’étant pas le Tibet, Paris s’efforcera de ne pas irriter le chef d’État tunisien et tentera de lui arracher quelques concessions - libération d’un ou plusieurs détenus - afin de sauver la face.
Pour les défenseurs des droits de l’homme et la société civile tunisienne (voir ci-dessous), cette visite ne doit pas être une forme de soutien au régime de Ben Ali. « Ce serait la pire des choses pour les démocrates et les opposants » a assuré l’ancien président de la Ligue des droits de l’homme tunisienne (LTDT) Moncef Marzouky.
En effet, à un an et demi de l’élection présidentielle tunisienne à laquelle postule le président Ben Ali pour un cinquième mandat, la visite de Nicolas Sarkozy tombe à point nommé. Le président tunisien qui, dit-on, aura à coeur d’évoquer un certain nombre de dossiers, tentera d’arracher de la part de Paris qui présidera l’UE à compter de juillet, que Tunis abrite le siège de « l’Union pour la Méditerranée », voire que Ben Ali en soit le secrétaire général !
Si la capitale tunisienne est choisie, cela donnerait du baume au coeur à un chef d’État dont le régime est régulièrement épinglé pour ses atteintes aux droits de l’homme. La petite Tunisie, qualifié de bon élève par les institutions financières, disposant d’un taux de croissance remarquable, en tout cas supérieur à celui du Maroc, se veut un acteur actif de cette « Union pour la Méditerranée » dont Sarkozy veut faire un axe de sa politique géostratégique. D’ailleurs Paris n’a pas perdu de temps et a commencé, dit-on, à distribuer les rôles.
L’Élysée souhaite que ce projet soit coprésidé par un président de la rive sud de la Méditerranée, fonction qui serait attribuée au président égyptien Hosni Moubarak. Au Maroc, il est possible d’attribuer le secrétariat général. Quant à l’Algérie, principal partenaire économique de la France, elle ne figurerait pas dans les plans de Sarkozy
Qui plus est, pour Paris comme pour ses partenaires de l’UE et Washington, il faut aider la Tunisie qu’al Qaeda s’efforcerait de déstabiliser en lui apportant le soutien nécessaire afin qu’elle contienne la menace djihadiste sur sa frontière ouest. Tunis ne manque jamais d’ailleurs de faire observer discrètement que le terrorisme islamiste n’existe pas sur son territoire et qu’il provient d’Algérie ! Ainsi en est-il du rapt des deux touristes autrichiens - Wolfang Ebner et Andrea Kloiber - enlevés en février dans le sud tunisien et toujours détenus par la Branche d’al Qaeda au Maghreb islamique (BAQMI). L’État tunisien n’a rien trouvé de mieux que de se défausser sur son voisin algérien, en affirmant qu’ils ont été enlevés en Algérie !
Hassane Zerrouky
Article paru dans l’Humanité du 28 avril
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